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Alex Harvey laissera un héritage pour son sport

La communauté du ski de fond salue la carrière du fondeur québécois

Alex Harvey a doublé son bonheur aux finales de la Coupe du monde, dimanche, en terminant deuxième à la poursuite de 15 km en style libre après avoir réussi le même coup la veille à l’épreuve en départ groupé de 15 km.
Photo Didier Debusschère Alex Harvey a doublé son bonheur aux finales de la Coupe du monde, dimanche, en terminant deuxième à la poursuite de 15 km en style libre après avoir réussi le même coup la veille à l’épreuve en départ groupé de 15 km.

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Un aspect de l’impact que laissera Alex Harvey sur le sport, on l’a perçu dans le visage des centaines d’enfants qui l’attendaient pour le toucher ou lui envoyer la main à la dernière journée de sa carrière.

«Alex nous a tracé un beau chemin. C’est inspirant de voir quelqu’un qui a grandi sur la même rue que moi, qui a été élevé au mont Sainte-Anne tout comme moi et qui a prouvé qu’il pouvait se rendre à ce haut niveau. C’est motivant pour moi et je n’imagine pas à quel point ça doit l’être aussi pour les jeunes qui sont venus ici», a déclaré Frédérique Vézina, qui a terminé 62e à la poursuite de 10 km chez les dames.

L’héritage des pères

Il y a une autre valeur aux paroles de cette skieuse issue de la Côte-de-Beaupré comme Harvey. Le ski de fond a mobilisé plusieurs familles de cette région ayant défriché ce sport. Son père, Jocelyn Vézina, a longtemps fait partie de l’équipe canadienne de ski de fond. Dans les mêmes sentiers, il y avait aussi Yves Bilodeau et Guido Visser, qui ont participé à des Jeux olympiques, et surtout un certain Pierre Harvey.

Alex Harvey a doublé son bonheur aux finales de la Coupe du monde, dimanche, en terminant deuxième à la poursuite de 15 km en style libre après avoir réussi le même coup la veille à l’épreuve en départ groupé de 15 km.
Photo Didier Debusschère

«Ce sont surtout les vieux de la vieille qui m’ont inspirée, illustre Frédérique Vézina. Tous ces gars-là se sont rencontrés dans le ski, ils sont encore amis, ils ont du plaisir ensemble et ils skient encore. Ils continuent de bouger, et c’est là que je trouve toute la beauté.»

La vaste chorale réunie sur les plaines d’Abraham pour cette issue s’est jointe à la communauté internationale du ski de fond afin de souligner les adieux d’un athlète qui aura marqué l’histoire sportive du Canada.

«On est “focus” dans notre sport et on se dit que dix ans de carrière, ça peut paraître court, mais c’est super long quand tu t’investis à fond là-dedans. Il vient un moment où, dans la tête, tu as envie de faire autre chose. C’est compréhensible», affirme Maurice Manificat, un vétéran de la Coupe du monde qui lui a rendu un hommage pour «son panache».

Alex Harvey a doublé son bonheur aux finales de la Coupe du monde, dimanche, en terminant deuxième à la poursuite de 15 km en style libre après avoir réussi le même coup la veille à l’épreuve en départ groupé de 15 km.
Photo AFP

«On se demande : pourquoi il s’arrête?» poursuit le multiple médaillé en Coupe du monde et championnats mondiaux.

«Ça, ce sont des décisions personnelles de chacun. Sinon, je suis admiratif, c’est impressionnant ce qu’il a fait. Comme on dit en français, il ne payait pas de mine, on ne se doute pas qu’il peut gagner et faire des podiums. Mais parfois, il sort des courses et tu te demandes comment il fait. Il a un incroyable finish, il a une gestion de la course très tactique, c’est pour ça que c’est impressionnant. C’est un grand athlète.»

Les mercis de Klaebo

Si Johannes Hoesflot Klaebo se souvenait de Québec pour y avoir signé sa première victoire dans une épreuve de distance, il y a deux ans, ce retour sur les plaines d’Abraham lui a permis de révéler la carrière florissante qui l’attend. Et de révéler l’aide obtenue par un dénommé Alex Harvey dans l’obtention de son deuxième globe de cristal de suite, qui a créé une diversion avec son rival Alexander Bolshunov dans la course de dimanche.

Alex Harvey a reçu les félicitations de son bon ami norvégien Emil Iversen, cinquième à l’épreuve de dimanche.
Photo Didier Debusschère
Alex Harvey a reçu les félicitations de son bon ami norvégien Emil Iversen, cinquième à l’épreuve de dimanche.

«Bolshunov et Harvey étaient vraiment forts aujourd’hui (dimanche). Je pense que Bolshunov a fait la majeure partie du travail», a concédé le Norvégien.

«C’est très cool d’avoir encore Harvey sur le podium. Je suis très heureux et c’était vraiment important pour moi qu’il devance Bolshunov aussi. Je l’ai remercié après la course.»

Harvey: «C’est possible»

Pour une millième fois dans les derniers jours, le nouveau retraité a répondu sagement à la question de l’héritage qu’il croyait laisser dans cet univers des deux planches.

«La chose la plus importante, c’est de croire qu’on peut atteindre un haut niveau, tant dans le sport que dans toute chose qu’on entreprend dans la vie. C’est possible en tant que Québécois, Canadien et Nord-Américain, même si la Coupe du monde se joue majoritairement en Europe et avec les pays scandinaves qui dominent. Oui, c’est possible pour des Canadiens.»

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a tenu à vivre les derniers instants dans la carrière d’un athlète qu’il a accompagné à titre de partenaire financier.
Photo Didier Debusschère
Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a tenu à vivre les derniers instants dans la carrière d’un athlète qu’il a accompagné à titre de partenaire financier.

 

Résultats poursuite style libre

Hommes (15 km)

1. Johannes Hoesflot Klaebo, Norvège, 29 min 5 s

2. Alex Harvey, Canada, + 2,8 s

3. Alexander Bolshunov, Russie, + 2,9 s

Femmes (10 km)

1. Stina Nilsson, Suède, 23 min 55 s

2. Therese Johaug, Norvège, + 12,9 s

3. Ingvild Flugstad Oestberg, Norvège, + 15,1 s

Coupe du monde classement final

Hommes

1. Johannes Hoesflot Klaebo, Norvège, 1717 pts

2. Alexander Bolshunov, Russie, 1617 pts

3. Sjur Roethe, Norvège, 974 pts

13. Alex Harvey, Canada, 604 pts

Femmes

1. Ingvild Flugstad Oestberg, Norvège, 1654 pts

2. Natalia Nepryaeva, Russie, 1431 pts

3. Therese Johaug, Norvège, 1322 pt

65. Emily Nishikawa, Canada, 55 pts

 

Nouvelle vie, nouveaux défis

Le ski est terminé. Maintenant, Alex Harvey s’attaque à la fin de ses études en droit à l’Université Laval, puis il y aura son mariage en juin, dans la région de Charlevoix. Une nouvelle vie s’amorce.

«Après les moments vécus en fin de semaine et durant ma carrière, où j’ai atteint un niveau d’extase, ça va être difficile de récréer ça dans ma vie de tous les jours. Ce sera mon plus gros objectif. Il va falloir que je mesure mieux mes attentes, même si je sais que de nouveaux défis m’attendent et qu’ils devraient m’aider à me motiver. Ce ne sera pas autant d’émotions et d’adrénaline que lundi et dimanche, quand j’ai tout laissé sur la piste, que j’ai été parmi les trois meilleurs sur le podium, et avec une foule qui criait mon nom depuis quelques heures», a projeté l’athlète de 30 ans, qui s’est prêté à une séance d’une vingtaine de minutes devant les médias trois heures après la fin de la course.

Même pas médaillé aux Jeux du Québec !

Plus de vingt ans après avoir enfilé des skis pour la première fois, Alex Harvey tourne la page sur une carrière fructueuse qu’il n’avait pas imaginée.

«Je n’étais pas parmi les meilleurs au Québec. Il y a même un running gag chez nous, c’est que je suis le seul de la famille qui n’a jamais gagné une médaille aux Jeux du Québec. Mes deux sœurs et mes parents l’ont fait, mais, moi, je n’ai jamais réussi», a-t-il souligné avec amusement.

«Je rêvais comme plusieurs ti-culs d’aller aux Jeux olympiques, mais ce n’était pas concret dans ma tête. Quand ça a débloqué, c’est allé tellement vite que ça a passé d’un rêve lointain à, un jour, me retrouver deux ou trois fois par année sur le podium au niveau international. Je me suis rendu plus loin que lorsque j’y pensais quand j’étais jeune.»

S’il avait été Norvégien...

Alex Harvey a marqué l’histoire du ski de fond au Canada et on se demande quel aurait été son statut s’il avait vécu dans un pays à la riche tradition pour ce sport, la Norvège. Le Québécois a comparé la profondeur des deux nations pour illustrer la chance qu’il a eue et qui lui a permis d’être désigné d’office pour les championnats mondiaux et pour les Jeux olympiques.

«Quand Devon [Kershaw] et moi avons gagné les mondiaux au sprint par équipe, en 2011, si j’avais été Norvégien, je ne pense pas qu’ils auraient sorti Petter Northug de l’équipe pour nous permettre d’y participer», a rappelé le quintuple médaillé à des championnats du monde.

Un tour de voiture ?

Dans l’intensité de la journée, Alex Harvey a pris quelques secondes pour aller souligner le 62e anniversaire de son père, Pierre, posté aux premières rangées de la foule. Le fiston a saisi la bouteille de mousseux que le paternel avait apporté avant d’asperger le groupe qui l’accompagnait. Sourire en coin, le fils avait évoqué plus tôt la possibilité de faire profiter son père de la voiture de luxe qui lui avait été prêtée durant la semaine.

«Il pourra faire un tour de char tantôt!», a promis le fils.