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Opioïdes: Washington complice du Big Pharma

Opioïdes: Washington complice du Big Pharma
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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600 villes, comtés et tribus autochtones dans 28 États américains intentent une poursuite contre la famille Sackler, propriétaire du géant pharmaceutique Purdue Pharma, le fabricant de l’OxyContin l’accusant d'avoir créé la crise des opioïdes qui dévaste actuellement les États-Unis. L’action en justice allègue que les Sackler ont fait fortune en utilisant un marketing trompeur pour vendre un produit addictif et potentiellement mortel.   

En 2007, Purdue Pharma et trois de ses cadres supérieurs avaient déjà plaidé coupables à des accusations d’avoir induit le public en erreur à propos de l’OxyContin. Elle a dû débourser 634,5 millions de dollars pour régler au civil et au criminel. Compte tenu des milliards de dollars de bénéfices réalisés, ces règlements sont un coût dérisoire à payer pour faire des affaires. L’entreprise a même annoncé l’année dernière qu’elle ne commercialisera plus l’OxyContin. Il était temps de passer à autre chose, le mal étant fait. Les immenses profits distribués, Purdue Pharma envisage actuellement de déclarer faillite.   

Comment en est-on arrivé là ? Avant les années 1990, l’utilisation d’opioïdes comme traitement de la douleur était réservée à ses manifestations les plus sévères, telles que celles liées au cancer. La profession médicale est alors consciente des fortes similitudes entre les opioïdes et l’héroïne et ce n’est qu’en dernier recours, qu’ils sont prescrits. Ces pratiques changent à la suite du matraquage publicitaire de Purdue Pharma pour lancer son OxyContin, faussement présenté comme un médicament non addictif révolutionnaire pouvant traiter la plupart des symptômes de la douleur, même les plus bénins.   

Les autres membres du Big Pharma ont rapidement développé des produits similaires.   

Résultats : les États-Unis sont submergés par un tsunami d’opiacés : 80 % des opioïdes dans le monde sont consommés aux États-Unis, qui ne représentent que 5 % de la population mondiale. Les surdoses y ont tué plus de 72 000 personnes en 2017, soit une augmentation d'environ 10% par rapport à l'année précédente. Juste pour ce qui est du « marché légal », quelque 300 millions d’ordonnances d’opioïdes on été rédigées en 2015 aux États-Unis, qui comptent quelque 325 millions d’habitants.   

Ce qui est à la fois horrible et scandaleux c’est que Washington a laissé le «Big Pharma» engranger des profits au détriment l’intérêt public et au mépris flagrant du bien-être des citoyens. Une étude de chercheurs de l’université Harvard, «The Epidemic Opioid: Fixing a Broken Pharmaceutical Market», expose la complicité de Washington avec le Big Pharma pour dissimuler à la profession médicale et au grand public le fait que ses drogues pouvaient créer des dépendances fatales. La Federal Drug Administration a laissé les pharmaceutiques commercialiser des opioïdes avant même qu’elle ne les autorise, et elle a ensuite toléré leur vente pendant des années pour, finalement, les approuver.   

Les effets terribles de ces négligences se sont propagés au nord de la frontière. Le Canada anglais est le deuxième plus grand consommateur d’opioïdes après les États-Unis. Les campagnes publicitaires, largement diffusées dans les médias américains, dont sont friands les Anglo-canadiens, y sont pour quelque chose. On estime que plus de 4000 Canadiens sont morts des suites de consommation d’opioïdes en 2017. Soulignons cependant que le taux de mortalité lié aux opioïdes était largement inférieur au Québec: 1,7 décès pour 100 000 habitants en 2016, alors que la moyenne canadienne était de 7,9 décès.   

Dans les années 1980, la war on drugs (guerre contre la drogue), visait les centres-villes en déclin et les zones à faible revenu, largement habitées par des Noirs, des non-Blancs et des pauvres. Maintenant la crise des opioïdes touche les banlieues blanches de classe moyenne. D’où la mobilisation générale. La crise des opioïdes reflète l’angoisse des Américains blancs, tout comme d’ailleurs leur solide appui à Donald Trump.   

La répression tardive des ordonnances médicales abusives d’opioïdes ne semble qu’accroître et diversifier l’épidémie chez les Blancs. L’OxyContin n’étant plus disponible, une énorme demande se développe pour le fentanyl et ses dérivés produits clandestinement.   

Les États-Unis font face à des crises concomitantes de santé mentale et de consommation de stupéfiants qui se renforcent mutuellement en une spirale infernale aggravée par les politiques nationales aberrantes du seul pays développé à ne pas avoir de système de santé publique.