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La guerre entre jeunes et vieux

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C’est la pire des guerres, la plus douloureuse et la plus injuste, que l’affrontement des générations.  

On l’a vu en fin de semaine au Parti québécois. Un parti déserté par les jeunes et qui ne tient encore debout que grâce à des « vieux » incapables de quitter cette institution qui les a fait rêver. Le PQ qui a été le moteur de l’exaltation dans leur jeunesse et qui a perdu progressivement son âme à la suite d’un double refus d’un peuple déchiré.  

Et voilà qu’une poignée de jeunes péquistes a voulu porter un dernier coup au parti en exigeant brutalement un quota de 50 % de militants de moins de 40 ans comme délégués au congrès « extraordinaire » de novembre prochain.  

C’est l’âgisme version 2019. Un clash qui fait surgir une haine nourrie de l’impatience irrépressible des jeunes à prendre toute la place. Des jeunes agacés par la résistance des « vieux » à dégager de leur champ de vision. Les « vieux » forment bien sûr une catégorie difficile à cerner, car à quel âge est-on vieux pour les jeunes ?  

Délire  

La mauvaise « bonne idée » d’un quota de 50 % de jeunes s’ajoute aux revendications auxquelles on n’échappe plus. Celles des minorités culturelles, de couleur, de religion, de sexe y compris la sous-catégorie LGBT+, qui se font de plus en plus pressantes dans notre paradis canadien multiculturel. 

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Les milléniaux, qui se distinguent désormais des enfants-rois, sont frénétiquement impatients. Les « vieux » qui se retrouvent parmi eux se sentent jurassiques certes, mais avant tout inutiles. Car la transmission générationnelle, cet héritage fait de valeurs, s’est dramatiquement relâchée.  

Les jeunes vivent sur la toile. Leur sensibilité est marquée du sceau de la virtualité, et la frénésie leur sert de moteur de fonctionnement.  

Déficience  

Ce sont les enfants non pas d’un divorce, mais de plusieurs ruptures. Celles de leurs parents et, plus tard, des leurs propres. Pour eux, l’école n’est pas d’abord un lieu pour la transmission des connaissances, mais un milieu de vie. Les jeunes sont leurs propres maîtres. Et comme l’école s’est révélée déficiente dans sa capacité à insérer les jeunes dans la dimension historique, ils apprennent par eux-mêmes sans s’embarrasser du passé.  

Les institutions n’ont donc pas à être respectées pour ce qu’elles ont accompli. Les jeunes péquistes n’ont pas de respect pour les vieux militants. Ils n’ont pas de reconnaissance pour le travail qu’ils ont accompli dans le parti. Les jeunes de la culture du « moi » cherchent plutôt à les instrumentaliser à leur propre profit. Cela ne les empêche pas d’être sincères. Ils ne comprennent tout simplement pas pourquoi ceux-ci ne leur cèdent pas la place qui devrait leur revenir de droit.  

L’affrontement générationnel n’est pas étranger à ce que Freud appelait « le meurtre du père ». L’enfant, on le sait, se construit par le non qu’il oppose à ses parents. Normal, car c’est la seule façon de devenir adulte. Se distancer avec dignité des « vieux » ne doit pas prendre des allures de règlement de comptes. L’irrationnel est un mauvais serviteur dans le clash des générations. D’un côté comme de l’autre, d’ailleurs. 

 

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