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Les fossoyeurs de Radio-Canada

Les fossoyeurs de Radio-Canada
PHOTO D'ARCHIVES, DANIEL MALLARD

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Les fossoyeurs de Radio-Canada ont décidé d’enterrer Second regard. Il ne leur reste plus qu’à faire de même avec La semaine verte et Découverte, puis il ne restera plus rien de ce qui faisait la grandeur et la pertinence du diffuseur public.

Place au divertissement, au papotage de vedettes, à leur verbiage insignifiant ! Place à Pénélope McQuade, Sébastien Diaz, Pierre-Yves Lord, Jean-Philippe Wauthier et autres champions de la parlotte futile.

Second regard, à l’antenne depuis près de 45 ans, n’est pas l’émission la plus écoutée de Radio-Canada. De toute façon, le dimanche à 13 h 30 sur la chaîne principale ou à RDI le samedi à 21 h 30, il n’y a jamais foule pour une émission dont les sujets ne sont ni l’humour ni les confidences éculées d’une vedette.

Animée depuis 1995 par Alain Crevier, Second regard a fait beaucoup de chemin, suivant en cela l’évolution de la société québécoise. À l’époque de Madeleine Poulin, Myra Cree et Jacques Houde, qui en furent les premiers animateurs, l’émission traitait uniquement de questions religieuses sans pour autant que l’archevêché de Montréal s’en mêle. Ce n’est pas faute d’avoir tenté de le faire.

MARC THIBAULT VS LE CARDINAL

C’est un vrai pied de nez qu’avait fait Marc Thibault (le père de Sophie) au cardinal Paul Grégoire lorsqu’il dirigeait le service des émissions éducatives et religieuses à Radio-Canada. Homme audacieux et un brin iconoclaste, Thibault avait décidé de passer outre à la tradition voulant que l’archevêché exerce un certain droit de regard sur les émissions religieuses, qu’elles soient diffusées par Radio-Canada ou Télé-Métropole.

Avec les années et l’émancipation religieuse des Québécois, Second regard est passée des débats et des affaires religieuses à des entretiens sur des enjeux éthiques, philosophiques et spirituels. C’est ainsi qu’on a pu voir à l’antenne des conversations très relevées avec l’abbé Pierre, Mathieu Ricard, Hubert Reeves et Guy Rocher, sans parler d’Anne Hébert, de Kent Nagano, de Nancy Houston et même de Céline Dion.

Il y a quelques jours, Pierre Duffault, ancien animateur de Radio-Canada aujourd’hui retraité, m’envoyait un courriel que je cite ci-après.

« Depuis quand avons-nous regardé un opéra diffusé à Radio-Canada ou une autre chaîne ? Depuis quand avons-nous vu un télé-théâtre, une soirée de ballet avec des danseurs canadiens ? Un quizz du style Tous pour un, un Format 60 à la Pierre Nadeau ? Un Music-Hall ? Un Univers des sports ? Notre monde est malade, termine-t-il, et jamais la télé ne l’aura si bien illustré à longueur de semaine avec des émissions qui n’ont qu’un objectif : le fric et la facilité. »

UNE ATTITUDE INCONCEVABLE

Sans partager le pessimisme de Duffault, mais comprenant sa nostalgie d’une télévision d’État qui soit moins superficielle, force est d’admettre qu’il est inconcevable que Radio-Canada ne puisse se différencier de la télévision privée alors qu’il compte sur plusieurs centaines de millions d’argent public. C’est scandaleux que le diffuseur public relègue à ses chaînes spécialisées payantes ses quelques émissions qu’on pourrait qualifier d’éducatives et de culturelles, même si leur niveau a peu à voir avec celles que mentionne Duffault dans son courriel.

Pendant qu’on décroche le crucifix à l’Assemblée nationale, Radio-Canada met fin à Second regard, mais garde à l’antenne la messe du dimanche. Cherchez l’erreur.