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Il aurait promis des fonds de la Caisse en échange d’un prêt privé

Un cadre d’Otéra Capital et ses associés ont réussi à toucher 69 000 $ d’un entrepreneur en construction

Edmondo Marandola a été suspendu par la Caisse en février, après que notre Bureau d’enquête eut révélé qu’il œuvrait en parallèle comme promoteur immobilier.
Photo tirée de Facebook Edmondo Marandola a été suspendu par la Caisse en février, après que notre Bureau d’enquête eut révélé qu’il œuvrait en parallèle comme promoteur immobilier.

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Un cadre de la Caisse de dépôt aurait fait miroiter des financements du bas de laine des Québécois à un entrepreneur en construction en échange de prêts privés.

Il y a maintenant plus d’un mois qu’Otéra Capital a suspendu Edmondo Marandola avec solde. La Caisse a pris cette mesure à la suite de nos révélations sur les problèmes d’éthique qui affectent sa filiale de financement immobilier.

Dès 2016, l’économiste a fait l’objet de graves allégations dans une poursuite civile. L’entrepreneur en construction Karol Fortin a dû le traîner en cour pour se faire rembourser des dizaines de milliers de dollars que lui avaient empruntés Edmondo Marandola et deux de ses associés en décembre 2014 et février 2015.

Dans son témoignage sous serment, le promoteur allègue qu’en retour de sa générosité, Edmondo Marandola lui laissait entendre qu’il pourrait l’aider à obtenir des prêts de construction d’Otéra.

« Au mois de décembre 2014, il m’a dit : “Écoute, Karol, peux-tu me prêter de l’argent ? J’ai eu ton financement...” », a-t-il raconté devant le tribunal.

Promesse de financement

Au même moment, Edmondo Marandola lui faisait parvenir un courriel portant sa signature et le logo de la Caisse.

« C’est avec plaisir que nous sommes présentement à l’analyse de votre dossier mentionné en rubrique pour fin de financement transitoire, communément appelé prêt de construction », indique le message, dont notre Bureau d’enquête a obtenu copie.

En tant que directeur d’analyse du risque chez Otéra, Edmondo Marandola n’a pourtant aucune responsabilité dans l’octroi de prêts ou le recrutement de clients.

Comme « le gars de la Caisse » semblait capable de lui obtenir un prêt de son employeur, Karol Fortin a accepté de lui faire des prêts, question de rester en bons termes avec lui, a-t-il expliqué au juge Jimmy Vallée, à Saint-Jérôme.

Fin février 2015, deux semaines après son plus gros prêt à un associé d’Edmondo Marandola, l’entrepreneur recevait une nouvelle correspondance de l’économiste.

« Le contenu de la lettre, c’est qu’il me fait une offre de financement », a assuré Karol Fortin dans son témoignage sous serment.

Mais le prêt d’Otéra n’est jamais venu. Et en décembre 2015, Edmondo Marandola et ses partenaires devaient toujours 40 000 $ sur les 69 000 $ empruntés à Karol Fortin.

L’entrepreneur a obtenu un jugement pour faire saisir le salaire de Marandola chez Otéra, en 2016.

« Ça lui a pris tellement de temps pour me rembourser que j’ai dû faire le nécessaire », a-t-il dit lorsque joint par notre Bureau d’enquête. Il n’a pas voulu commenter davantage.

Par courriel, Edmondo Marandola se défend d’avoir utilisé son statut chez Otéra pour obtenir des prêts privés.

« Il n’y a eu aucune insinuation d’un prêt [...] Pour ce qui est d’ingérence, il n’y en avait aucune, car le dossier fut référé et il n’y a eu aucune participation de ma part au processus décisionnel », écrit Marandola.

Mais il reconnaît avoir participé à une rencontre entre Karol Fortin et Ginette Pépin, chef des prêts de construction chez Otéra.

Otéra sur la sellette

La filiale n’a pas voulu commenter les allégations de Karol Fortin en cour.

« Une enquête indépendante demandée par la Caisse est actuellement en cours, répète la vice-présidente, Affaires juridiques, chez Otéra, Mélanie Charbonneau. Considérant ce fait, nous ne ferons aucun commentaire. »

► Un courriel compromettant

En décembre 2014, au moment où il tente de convaincre Karol Fortin de lui prêter de l’argent, Edmondo Marandola lui envoie un courriel lui assurant que son dossier est à l’étude pour un prêt de construction d’Otéra.

Edmondo Marandola a été suspendu par la Caisse en février, après que notre Bureau d’enquête eut révélé qu’il œuvrait en parallèle comme promoteur immobilier.
Photo courtoisie

Il joue les courtiers hypothécaires

En plus de faire miroiter du financement de son propre employeur, la Caisse de dépôt, Edmondo Marandola a joué les courtiers hypothécaires en approchant au moins un autre prêteur privé pour le constructeur Karol Fortin.

L’économiste n’a pourtant jamais détenu de licence de courtier.

« Si nous pouvons leur faire une proposition conditionnelle au financement de la Banque Laurentienne, ce serait très apprécié », écrit-il dans un courriel de mars 2015 à un prêteur, que notre Bureau d’enquête a obtenu.

Le message porte sa signature en tant que « directeur » chez Otéra et arbore le logo de la Caisse, même si le bas de laine des Québécois n’était aucunement impliqué dans le projet de financement.

Le prêteur privé qu’il a contacté n’a pas investi lui non plus dans les projets de Karol Fortin. Le constructeur a finalement déniché son financement chez un autre prêteur, sans l’aide d’Edmondo Marandola.

Des révélations troublantes

Otéra Capital, la filiale de financement immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, est ébranlée par une série de révélations de notre Bureau d’enquête.

♦ Le 5 février, nous rapportions que Martine Gaudreault, vice-présidente d’Otéra, était en couple et en affaires avec un prêteur privé longtemps lié au clan mafieux Rizzuto et d’autres proches du crime organisé. Elle a été suspendue avec solde.

♦ Alfonso Graceffa, PDG d’Otéra et chef des unités d’affaires à la filiale immobilière Ivanhoé-Cambridge, s’est retiré de ses fonctions le 8 février. Nous avions révélé qu’il avait bénéficié de 11 prêts totalisant 9,2 M$ en provenance de MCAP, une filiale d’Otéra. L’argent a servi à financer des immeubles d’appartements de compagnies dont il est actionnaire.

♦ Otéra a aussi suspendu Edmondo Marandola le 19 février, lorsque nous avons questionné la Caisse sur son implication dans un projet de résidence pour personnes âgées avec des associés au parcours trouble. Marandola est pourtant en faillite depuis 2006, et son créancier, la Banque Royale, perçoit 30 % sur chacune de ses payes d’Otéra. En 2015, l’économiste a aussi signé un acte d’emprunt pour le mafioso Giuseppe Focarazzo.


► Vous avez des informations sur ce qui se passe à la Caisse de dépôt ? Contactez-moi à l’adresse hugo.joncas@quebecormedia.com ou au 438 396-5546.