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Taxi et télé, même combat?

Michael Geist
Photo courtoisie, Université d'Ottawa Michael Geist

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Je ne connais pas grand-chose à l’industrie du taxi, mais j’en sais un bon bout sur l’industrie de la télévision.

Jusqu’à ce jour, j’ai résisté à la tentation d’appeler un Uber, même s’il m’a fallu souvent attendre pour joindre un taxi traditionnel. Question de principe ! Jusqu’à la fameuse série The Crown, j’avais refusé de m’abonner à Netflix. Question de principe encore ! Pris de remords, je me suis désabonné après avoir visionné la série.

À première vue, il me semble qu’il n’y a rien de commun entre le taxi et la télévision. Pourtant, suite à l’introduction du projet de loi 17 par le ministre François Bonnardel, j’ai découvert beaucoup de similitudes.

Le taxi, comme la télévision, est hautement réglementé. Pour transporter des personnes, il faut un permis qui n’est pas valide partout. Un chauffeur qui emmène un client à l’aéroport de Dorval, par exemple, doit revenir au centre-ville allège. Il n’a pas le droit de prendre un autre client à l’aéroport. Même chose à l’aéroport de Québec. Des territoires désignés protègent les taxis d’une concurrence indue.

DES « BULLIES » VENUS DES USA

Il y a quelques années, un « bully » américain nommé Uber s’est installé dans nos villes. Sans payer taxes et permis, faisant fi de tout territoire protégé, prétendant offrir un service de meilleure qualité, il a semé le bordel dans le taxi. Si le projet de loi du ministre Bonnardel est adopté, le taxi deviendra une espèce de marché libre. Tout un chacun, moyennant quelques heures d’entraînement, pourra transporter des clients à sa guise.

Suite à l’invasion d’un autre « bully », cette fois nommé Netflix, un bouleversement identique se produit dans l’industrie de la télévision. À l’heure actuelle, les distributeurs de télé par câble ou satellite se partagent un territoire découpé selon la loi du premier occupant et protégé par le CRTC. Forts d’une licence obtenue à coup de millions de dollars, les grandes chaînes de télévision se font une saine concurrence, obéissant, parfois de mauvais gré, aux obligations que leur impose le CRTC, tribunal administratif fédéral.

FAUT-IL DÉRÉGLEMENTER LA TÉLÉ ?

Comme pour Uber, Netflix et les autres géants du net se moquent des règles établies. Ils n’ont aucune obligation réglementaire, ils ne paient aucun impôt et ce n’est que tout récemment qu’ils ont accepté de percevoir la TVQ. De toute façon, elle ne leur coûte rien, puisqu’elle est défrayée par l’abonné.

Si nos distributeurs de télévision et nos chaînes de télévision s’insurgent contre les géants du net, s’ils réclament à cor et à cri qu’ils soient soumis aux mêmes règles qu’eux (comme l’ont réclamé les chauffeurs de taxi pour Uber), plusieurs clament que c’est l’occasion rêvée de déréglementer la télévision.

Parmi les plus ardents promoteurs de la déréglementation se trouve même Peter Menzies, un ancien vice-président du CRTC. Mais celui qui crie le plus fort, c’est Michael Geist, qui occupe la Chaire de recherche sur internet et le commerce en ligne de l’Université d’Ottawa. Il est très influent auprès du gouvernement fédéral.

Si le ministre du Patrimoine en arrivait au même genre de déréglementation que François Bonnardel pour le taxi, je ne donnerais pas cher pour notre télé et encore moins pour la télé anglophone.