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L’épineux dossier des Alouettes

En tant que président des Alouettes, Larry Smith avait pris la parole lors du défilé des gagnants de la coupe Grey en 2010, à Montréal.
Photo d’archives En tant que président des Alouettes, Larry Smith avait pris la parole lors du défilé des gagnants de la coupe Grey en 2010, à Montréal.

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C’était il y a longtemps. Durant le premier de ses deux séjours à la présidence des Alouettes, Larry Smith avait exprimé le désir d’acheter l’équipe le jour où Bob Wetenhall voudrait vendre. Serge Savard était prêt à embarquer dans l’aventure avec lui.

Lorsque des rumeurs de vente ont commencé à circuler il y a deux semaines, Savard m’a dit qu’il n’était plus intéressé.

« C’est pratiquement du bénévolat, m’avait-il raconté.

« On n’embarque pas là-dedans en se disant que l’on va faire un coup d’argent. »

Qu’en est-il de Smith ?

« Je me plais dans mes fonctions de sénateur, m’avait-il répondu.

« Mais je garde toujours les portes ouvertes. On ne sait jamais. »

Et aujourd’hui ?

« Je ne suis en contact avec personne », m’a-t-il affirmé hier.

Le commissaire doit y voir

Smith dit suivre la situation dans les médias. Il sait que l’ancien joueur Éric Lapointe souhaite acheter les Alouettes avec un groupe d’investisseurs.

Sa position en est une d’observateur. Par contre, il connaît les tenants et aboutissants d’un tel dossier. En plus d’avoir été président des Alouettes, il a occupé le poste de commissaire de la Ligue canadienne de football.

« Je pense que Randy Ambrosie est doté d’un bon sens des affaires, dit-il en faisant référence à l’actuel commissaire de la LCF.

« Il lui incombe de jouer un rôle très important dans ce dossier. Je ne connais pas les états financiers de l’équipe, mais je sais exactement à quel montant s’élevaient les profits durant les bonnes années. »

Pas de gros profits

Pas besoin de vous dire que ça ne se compare pas au Canadien.

« Ça variait entre 500 000 $ et 1 million $ et un peu plus quand on remportait la coupe Grey, indique Smith.

« Lors des années difficiles, les pertes étaient équivalentes à ces chiffres. »

Smith se rappelle que les Alouettes ne comptaient que 1800 abonnements de saison quand Bob Wetenhall a acheté l’équipe de Jim Speros, en 1997. Les produits dérivés ne rapportaient pratiquement rien.

« J’étais nerveux quand j’ai été nommé président ! » lance-t-il en s’esclaffant.

La saison 1997 a été pénible aux guichets, même si l’équipe connaissait du succès sur le terrain. Les assistances variaient entre 6000 et 12 000 spectateurs au Stade olympique, lequel pouvait en accueillir 55 000 pour le football.

Les assistances ont grimpé de 14 000 à 18 000 personnes en 1998, année qui s’était terminée par un déménagement forcé au stade Percival-Molson durant les séries éliminatoires, en raison de la présentation d’un spectacle de U2 au Stade olympique.

Proche de la clientèle

Comme à l’époque où il jouait, Smith a dépensé sans compter pour bâtir une clientèle. Chaque année, il effectuait 200 sorties aux quatre coins du Québec. Il amusait les gens en faisant des pompes sur scène et en se surnommant le petit Larry.

Il se promenait avec une photo de Bob Wetenhall en poche, qu’il montrait aux gens pour leur dire que les Alouettes et Montréal étaient chanceux de miser sur un propriétaire comme lui.

L’équipe comptait plusieurs joueurs québécois qui étaient aimés des amateurs, en raison de leur simplicité.

Cette approche à la bonne franquette a fait place aux communications numériques. Mais la chaleur n’y est pas. Les Alouettes se sont éloignées de leur public.

Smith pense qu’il s’agit de la première chose à corriger.

Et si la ligue les achetait ?

Par ailleurs, le bruit court que la ligue pourrait acquérir les Alouettes pour les vendre plus tard.

« C’est une option, il faut être réaliste, estime Smith.

« La ligue n’était pas stable quand j’étais commissaire. On comptait des concessions en difficulté. Aujourd’hui, la ligue mise sur plusieurs équipes qui sont fortes financièrement.

« Elle pourrait acheter les Alouettes, le temps de faire remonter sa valeur, avance Smith.

« Rendu à ce stade, le potentiel de vente serait meilleur. Il y aurait des investisseurs intéressés. Tout ce que j’espère, c’est que ça se termine bien. »

Le stade n’aide pas

Si le déménagement des Alouettes au stade Percival-Molson fut une bénédiction dans le temps, l’endroit ne répond pas aux standards du sport aujourd’hui. À commencer par le confort.

Être assis sur un banc de métal sans dossier durant près de trois heures est pénible pour les gens qui souffrent du dos.

L’exiguïté des lieux minimise l’expérience client. Le stade inauguré en 1915 fait son âge.

Et quand l’équipe ne gagne plus depuis des années, ça donne ce qu’on voit en ce moment.

Les Alouettes auraient besoin d’un stade semblable à ceux qui ont vu le jour à Winnipeg, Hamilton et Regina au cours des dernières années.

« La capacité idéale se situe entre 27 000 et 33 000 spectateurs, estime Larry Smith.

« À Ottawa, le stade a été rénové pour l’arrivée du Rouge et Noir. Une tour à condos et des commerces ont été bâtis autour. »

Tentative avec les Expos

C’est devenu le modèle à suivre pour toutes les équipes sportives professionnelles en Amérique du Nord. C’est ce qui se dessine dans Griffintown avec le retour possible d’une équipe de baseball à Montréal.

La société Claridge, qui souhaite faire l’achat d’un terrain dans le bassin Peel, et la compagnie immobilière Devimco vont travailler conjointement pour faire jaillir un nouveau quartier dans ce coin de la ville qui était autrefois industrialisé. Le secteur subit une métamorphose remarquable.

Smith a d’ailleurs une histoire intéressante à raconter relativement au projet de stade que les Expos voulaient réaliser à deux pas du Centre Bell.

« Durant mes années au poste de commissaire de la Ligue canadienne [de football], je voulais ramener une équipe à Montréal, relate-t-il.

« J’avais rencontré Claude Brochu à quelques reprises afin qu’une nouvelle équipe de football montréalaise puisse évoluer au stade que les Expos cherchaient à bâtir. »

On sait ce qui est arrivé.

Si le projet de ramener une équipe de la MLB à Montréal devient réalité et qu’un stade est construit au bassin Peel, ça pourrait faire un beau domicile pour les Alouettes.

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