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Ils ont eu des permis du fédéral

Les illégaux exploitent des lacunes de Santé Canada dans la gestion du pot médicinal

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Des producteurs du marché noir profitent d’abord de la bénédiction du gouvernement fédéral pour cultiver du pot à des fins personnelles et médicales avant de se lancer dans les « usines » clandestines de cannabis.

La pègre asiatique, qui contrôle la production intérieure de pot dans la région de Montréal, semble être particulièrement efficace dans l’utilisation de ce stratagème, selon plusieurs enquêtes policières dont Le Journal a pris connaissance.

« Souvent, ces criminels utilisent à mauvais escient les certificats d’autorisation qu’ils ont eus de Santé Canada et ils les utilisent pour mieux exploiter des plantations illicites », a déploré le commandant Paul Verreault, de la Division du crime organisé du SPVM.

Ces producteurs illégaux savent aussi que le simple fait d’être détenteur d’un tel permis complique la tâche des autorités.

La police dit ne pas détenir de pouvoir d’inspection d’un immeuble bénéficiant d’une telle autorisation gouvernementale, même si elle répond à une plainte du voisinage pour les odeurs nauséabondes que ces plantations dégagent.

« On doit alors pousser notre enquête pour démontrer qu’on a des motifs qu’il y a une production illicite. C’est notre défi », a mentionné le commandant en entrevue.

Cette « situation émergente sur l’île de Mont­réal » a d’ailleurs été dénoncée devant les tribunaux par l’Unité des produits de la criminalité du SPVM, en 2018, dans des documents judiciaires liés au dossier d’un couple d’origine vietnamienne qui trempait dans la production de marijuana.

« Faille dans le système »

« Depuis quelques années, les groupes criminalisés s’adonnant à la production de marijuana intérieure exploitent une faille dans le système de Santé Canada quant à l’octroi de permis de production de marijuana à des fins médicales », écrivent les sergents détectives Patrick Bouchard et Patrick Jodoin dans ces documents consultés par Le Journal.

« Dans certains cas répertoriés jusqu’à présent, il y a surproduction de plants. [Dans une enquête du SPVM], le nombre autorisé [par Santé Canada] était de 200 plants et la production contenait 2000 plants de marijuana », précisent-ils.

L’hiver dernier, une opération du SPVM a permis d’inculper un producteur présumé de la pègre asiatique, Van Vinh Tran, qui avait obtenu des permis de Santé Canada pour produire 205 plants par année. On accuse maintenant le Montréalais de 52 ans d’en avoir fait pousser plus de 1500.

Santé Canada a réitéré au Journal que ses fonctionnaires examinent « rigoureusement » les requêtes pour production de cannabis à des fins médicales et refusent toute demande trompeuse. Le ministère reconnaît qu’« il y aura des cas où des personnes choisiront d’agir en dehors de la loi », et s’en remet alors aux policiers.