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Insatisfait content

Insatisfait content
Simon Clark/Agence QMI

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Le projet de loi 21 du ministre Jolin-Barrette relativement à la laïcité de l’État québécois insatisfait à peu près tout le monde, toutefois il ne sera pas abhorré par tous. Pour la plupart des partisans d’une laïcité affirmée de l’État et de la neutralité de ses représentants, le projet de loi constitue un grand pas dans la bonne direction malgré ses incohérences. Pour les tenants d’une laïcité ouverte incarnée exclusivement par les institutions sans restriction pour les personnels du secteur public de pouvoir refléter leur appartenance religieuse, le projet de loi s’avère une calamité.

Tout en ayant certaines réserves sur la teneur du projet de loi, force est d’admettre que le gouvernement Legault a fait tout un exercice de compromis pour tendre vers un consensus signifiant. Le sondage Léger lui donne raison alors que près des trois quarts de la population accueillent favorablement ses orientations. Qui plus est, le jeune ministre a adopté un ton serein qui détonne des attaques à l’emporte-pièce de groupes hurlant au racisme ou à la xénophobie. Il semble miser beaucoup plus sur le gros bon sens en optant pour la mobilisation de la population québécoise plutôt qu’une coercition débridée.

Je ne crois pas que le débat sur la laïcité sera définitivement réglé avec ce projet de loi et que le gouvernement pourra enfin s’occuper de véritables problèmes comme le prétendent certains commentateurs. D’abord, il ne faudrait pas minimiser l’importance de l’enjeu de la laïcité en sachant que le débat turlupine le Québec depuis plus d’une décennie. On ne peut que saluer la détermination du gouvernement à le faire progresser en posant maintenant certains jalons qui réduiront la pression à court terme. Ensuite, on doit reconnaître que les gouvernements successifs n’ont pas arrêté de s’occuper d’économie, d’éducation ou de santé malgré le débat persistant sur la laïcité. 

La résistance de certaines institutions publiques annonçant qu’elles ne respecteront pas la loi si elle venait à être adoptée se révèle très préoccupante. Les mêmes réticences chez des groupes de la société civile laissent tout aussi perplexe. Un gouvernement démocratiquement élu appuyé par une large frange de sa population est tout à fait légitimé de vouloir préciser les pourtours de la laïcité de l’État québécois. Il le fait d’ailleurs avec beaucoup de réserve et nous sommes très loin de la disparition de tous les signes religieux dans l’espace public. Les chartes doivent protéger de la dictature de la majorité, toutefois elles ne sauraient justifier la dictature d’une minorité. Chose certaine, il faut espérer que la loi qui sera adoptée contiendra minimalement le texte du projet de loi déposé et que le gouvernement ne succombera pas à la proposition saugrenue de certains groupes de le retirer. 

Comme je l’ai déjà mentionné dans d’autres chroniques, j’aurais souhaité que l’interdiction s’applique à l’ensemble des employés du secteur public, mais je comprends la prudence du gouvernement à circonscrire l’interdiction du port de signes religieux. Cependant, pour plus de cohérence, je l’élargirais à l’ensemble du personnel oeuvrant dans les établissements scolaires au lieu de la limiter au personnel enseignant et au personnel de direction. Toujours dans cet esprit de cohérence, la clause grand-père aurait une durée limitée entre trois et cinq ans. 

Je conçois qu’il était difficile d’étendre l’interdiction aux écoles privées dont un très grand nombre ont un projet éducatif à caractère religieux et pour la plupart d’obédience chrétienne, mais il aurait été de bon aloi de conditionner leur financement public à leur laïcisation. 

Je souhaiterais que les responsabilités d’application de la loi soient plus précises tout en saisissant que le flou du projet de loi en cette matière paraîtra moins heurtant à court terme et que le gouvernement compte sur l’adaptation progressive des employés visés.

Le ministre Jolin-Barrette n’a surement pas crû qu’il contenterait tous les Québécois avec son projet de loi, il peut cependant être satisfait de lui-même et constater qu’il dispose d’un vent favorable pour mener à bon port son projet.