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Tués en allant déterrer de l’argent

Une survivante relate les meurtres de deux motards des Rock Machine au procès du couple accusé

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«Je me suis rendue près de [mon copain] Steven, couché au sol, et j’ai entendu trois autres coups de feu. Puis, Steven a cessé de respirer...» 

La matinée du 1er décembre 2016 devait ressembler à une sorte de chasse au trésor pour Rachel Wickenheiser, son ami de cœur et leur camarade, qui étaient deux membres des Rock Machine. 

Les motards et la femme de 29 ans devaient aller aider un présumé trafiquant, Richard Hunt, et sa conjointe Mélanie Binette à déterrer une somme d’argent enfouie sous un terrain boisé à Vaudreuil-Dorion, en Montérégie. 

Le butin devait permettre à Hunt de rembourser une dette aux motards qui l’employaient, Joseph Fluet et Steven Lamarsh. 

Armés de simples pelles, les Rock Machine ont plutôt été accueillis par une salve de coups de feu tirés par Hunt, selon la thèse de la Couronne. 

Rachel Wickenheiser a relaté les détails de ce que la poursuite a qualifié de « guet-apens » et a raconté comment elle s’en est sortie vivante, hier, à l’ouverture du procès pour double meurtre du couple Hunt et Binette. 

«La veille, nous avons tous passé la soirée à faire la fête au condo de Richard et Mélanie à Coteau-du-Lac. On a bu de l’alcool, consommé de la drogue. On était heureux», a témoigné en anglais la femme originaire de la Saskatchewan. 

Cachette fatale 

Le jour fatidique, il était convenu que Hunt, 40 ans, partait en premier au boisé où il prétendait avoir enterré un magot, à Vaudreuil-Dorion. Sa conjointe de 30 ans allait ensuite guider les motards et la témoin vers la cachette de fric. 

«Richard n’était pas là. Dès que les gars ont commencé à creuser, il y a eu des coups de feu. Steven et Joe m’ont pris par les bras et on a couru vers les véhicules. Mais je suis tombée», a relaté Rachel Wickenheiser aux douze jurés. 

Quand Lamarsh s’est arrêté pour aider sa copine à se relever, le tireur embusqué a atteint celle-ci d’un projectile qui lui a traversé une jambe à la hauteur du genou. 

Lamarsh, aussi originaire de l’Ouest canadien, est ensuite tombé sous les balles et ne s’est pas relevé. 

«J’ai vu Steven couché par terre et j’ai pu reconnaître Richard près de lui, a déclaré Wickenheiser entre deux sanglots. Richard tenait quelque chose dans ses mains, mais je n’ai pas vu ce que c’était. Puis il est parti dans la même direction que Joe.» 

Sur l’adrénaline 

C’est à ce moment qu’elle s’est approchée de son copain et qu’elle l’a entendu pousser son dernier souffle, avant d’entendre au loin la détonation des balles qui ont tué Fluet. 

Wickenheiser s’est ensuite cachée dans les bois avant de traîner le pas jusqu’à l’autoroute 40 où elle a fait « du pouce » jusqu’à ce qu’une automobiliste la fasse monter à bord. 

 — Comment avez-vous fait pour sortir de là avec votre blessure? lui a demandé la procureure de la Couronne, Hélène Langis. 

 — J’ai eu une grosse poussée d’adrénaline, a répondu la témoin en essuyant une larme. La balle a bousillé mon genou. Je marchais en boitant, mais je savais que si je m’arrêtais, je ne pourrais plus continuer après. 

À l’hôpital le lendemain 

Rachel Wickenheiser s’est fait reconduire jusqu’à Montréal. Ce n’est que le lendemain qu’elle est allée à l’hôpital. 

«J’avais peur des policiers. Je ne me sentais pas en sécurité», a-t-elle prétexté. La Sûreté du Québec l’a interrogée après avoir été alertée par le personnel médical. 

Assis côte à côte dans le box des accusés, Mélanie Binette et Richard Hunt ont écouté ce témoignage sans broncher, en prenant des notes. La première portait une blouse blanche et un tailleur, alors que le second arborait complet et cravate. 

Mercredi, les avocats de la défense contre-interrogeront la témoin. Le procès, présidé par le juge Eric Downs, a été transféré de Salaberry-de-Valleyfield au centre de services judiciaires Gouin, à Montréal.