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La famille Dallaire adopte officiellement Irène, survivante du génocide du Rwanda

La famille Dallaire adopte officiellement Irène, survivante du génocide du Rwanda
Photo courtoisie

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Sylvie Dallaire et Irène Nyirawizeye de Québec sont liées par le destin. Rescapée du génocide du Rwanda, Irène a été adoptée à l’âge de 33 ans par la sœur du promoteur immobilier, Michel Dallaire. Leur histoire est racontée dans un livre qui sortira le 10 avril prochain.

La famille Dallaire adopte officiellement Irène, survivante du génocide du Rwanda
Photo courtoisie

À l’occasion du 25e anniversaire du génocide qui a fait plus de 800 000 victimes en trois mois, des Tutsis en majorité, Irène Nyirawizeye, maintenant Irène Dallaire, raconte son histoire.

Sous la plume de l’auteure Sonia Reid à qui l’on doit notamment la biographie sur Ashton Leblond, on découvre le destin d’Irène qui n’avait que 8 ans au moment des terribles événements.

Après avoir vu une partie de sa famille être décimée sous ses yeux, Irène raconte comment l’instinct de survie lui a permis d’échapper aux massacres, avec son frère et sa sœur, comment elle a atterri au Canada et comment elle a fait la rencontre de Sylvie Dallaire qu’elle croyait parente à l’origine avec son héros, le général Roméo Dallaire.

Lorsqu’elle est arrivée au Canada, elle avait 12 ans. Elle a vécu au YMCA, dans des familles d’accueil et chez son oncle à Québec, avec sa sœur Claudine. Elle avait 26 ans lorsqu’elle a rencontré Sylvie Dallaire par l’entremise de la Maison Mère-Mallet.

Choc culturel

De fil en aiguille, la confiance s’est établie et puis un jour, Irène a été invitée à une grande fête familiale à Lac-Beauport où elle a eu un choc culturel.

«C’était très intimidant. Je connaissais Sylvie et son fils, Samuel, mais personne d’autre. Je ne trouvais pas que c’était ma place. C’était un autre monde par rapport à ce que j’ai connu», dit-elle.

Sylvie Dallaire est entourée de ses deux enfants, Samuel, 26 ans, et Irène, 33 ans.
Photo courtoisie
Sylvie Dallaire est entourée de ses deux enfants, Samuel, 26 ans, et Irène, 33 ans.

«Dans L’improbable destin d’Irène», il était important de livrer un message d’espoir, car comme elle le dit si bien, «ce qui nous arrive ne définit pas ce que nous sommes.»

Même si elle estime qu’elle ne sera jamais totalement guérie des traumatismes qu’elle a vécus, Irène préfère regarder vers l’avant.

Son frère Ignace est venu la rejoindre l’an dernier. Il étudie en informatique.

L’idée d’adopter Irène a surgi lorsque Mme Dallaire a voulu lui assurer une sécurité financière en cas de décès. Pour les autres membres de la famille, cette démarche s’inscrivait dans la suite logique des choses. Irène était déjà considérée comme un membre de la famille. Mme Dallaire, qui est déjà la mère d’un grand garçon de 26 ans, Samuel, avait toujours rêvé d’avoir une fille. La démarche a été officialisée en décembre dernier.

«Mon rêve, c’était d’avoir une fille. Je n’avais pas mis de nationalité», affirme Sylvie Dallaire, qui est la directrice générale de la Fondation famille Jules-Dallaire.

Par contre, Irène a toujours sa chambre à la maison. Un jour, elle aimerait avoir des enfants.

Encouragée par Sylvie, elle a démarré sa propre entreprise, il y a deux ans, Novo-Soins Inc., qui compte plus de 25 employés. 

Un exercice difficile

S’ouvrir sur ces souvenirs a été plus difficile qu’elle le pensait.

«Surtout les trois premiers chapitres. Je reviens sur le génocide. Je reviens sur comment j’ai survécu. Même aux psychologues, je n’en ai pas raconté autant. Même Sylvie ne savait pas tout. Avec le livre, j’ai dû tout raconter. Retourner dans ces souvenirs n’a pas été une chose facile, mais en même temps, cela a été une thérapie pour moi.»

L’un des passages le plus difficile du livre est lorsqu’elle raconte que des soldats la conduisaient vers une fosse commune pour en finir. Le long du parcours, elle voyait des gens souffrants, ensanglantés, gémissants.

«Puis, comme si l’horreur n’avait pas encore atteint son paroxysme, elle reconnut le corps de son frère de deux ans parmi eux gisant au sol. (...) Lorsqu’elle arriva à sa hauteur, elle eut l’impression qu’il avait bougé, comme s’il l’avait vue et reconnue. (...) Puis, quelques mètres plus loin, elle aperçut également sa mère et sa petite sœur. Sa petite sœur sembla déjà morte. Toutefois, lorsqu’elle passa près de sa mère, cette dernière se mit à bouger. (...) En voyant bouger sa mère, les autorités la tuèrent à grands coups de machette sous les yeux d’Irène.»

Des extraits du livre :

«Après tout, le bonheur dépend de la vision de chacun. Pour une personne, être heureux peut signifier avoir de la nourriture sur la table, alors que pour une autre, c’est peut-être acheter un nouvel avion....»

«J’aime mieux être la victime que l’agresseur, croyez-moi. On a chacun notre chemin et je ne voudrais pas vivre avec leur conscience. Comme me l’a souvent répété mon oncle, au dernier jour, chacun sera face à lui-même. Si tu as fait des actes de bravoure et de charité lorsque tu étais sur la Terre, le ciel t’accueillera à bras ouverts. Les actes positifs vont te donner la clé pour entrer au paradis. Ceux qui ont tué, même s’ils sont encore libres, sont déjà dans la prison de l’étroitesse de leur cœur.»