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Notre bêtise a rejoint la France

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Vous vous rappelez la fin abrupte de SLĀV ainsi que l’abandon subit de Kanata par le Conseil des Arts du Canada et le producteur américain Park Avenue Armoury ?

Ces authentiques actes de censure ont fait la manchette, l’été dernier. Des actes inspirés par de minables activistes de gauche ayant importé chez nous la thèse de l’appropriation culturelle, nouveau cheval de bataille de quelques facultés universitaires américaines et anglophones.

J’étais convaincu que ces gardes rouges bâillonnant la liberté d’expression au nom d’un prétendu néo-colonialisme n’arriveraient jamais à exporter leurs théories confuses en Europe, en particulier en France, pays de toutes les libertés.

J’avais tort. Des abrutis de la même espèce ont empêché, lundi de la semaine dernière, la présentation au théâtre de La Sorbonne de la tragédie Les suppliantes d’Eschyle, un dramaturge de la Grèce antique, né cinq siècles avant Jésus-Christ.

ENCORE UN SPECTACLE ANNULÉ

La pièce met en scène des Grecs (qu’on imagine blancs) et des Danaïdes venues d’Égypte. Eschyle les a décrites comme ayant la peau foncée. Le metteur en scène n’était pas Robert Lepage, mais Philippe Brunet, spécialiste du grec ancien et professeur à l’Université de Rouen. Il avait projeté de faire jouer les personnages grecs avec des masques dorés et les Danaïdes avec des masques noirs. Faute de budget, quelques Danaïdes devaient se contenter de grimage noir.

Il n’en fallait pas plus pour qu’une bande de gardes rouges surexcités accusent la troupe de « blackface » et bloquent l’accès à l’université. Comme pour SLĀV, ils ont été invités à voir la pièce avant de porter un jugement, mais ils ont refusé. Ils ont traité le metteur en scène de charognard et insulté violemment les comédiennes. La direction de la Sorbonne a dû annuler le spectacle.

COMME EN CHINE !

Comme l’avait fait, l’été dernier, le metteur en scène québécois, Philippe Brunet a rappelé que le théâtre est un lieu d’écoute, de partage et d’échange. Il a souligné que le théâtre moderne est l’héritier du théâtre antique qui utilisait le masque pour arracher le comédien à son identité et le faire basculer dans la vie du personnage qu’il interprète.

Ironie du sort, au moment où ces sombres événements se déroulaient en France, la police chinoise détruisait les 320 copies d’un jeu de rôle intitulé The Sassoon Files, créé par l’auteur Jesse Covner d’Eos Press, une maison d’édition de Seattle. Le jeu venait d’être imprimé par China Seven Color Group de Shenzhen.

Même si aucune copie ne devait être distribuée en Chine, le jeu contenait une photo de l’ancien premier ministre Chou En-lai et quelques critiques à son endroit. Le gouvernement chinois ne veut pas seulement censurer ce qui se passe sur son territoire, mais il souhaite, comme l’a déclaré un professeur de Taiwan, modeler la pensée et la culture des autres.

Les apôtres du politiquement correct, les gardes rouges de l’appropriation culturelle et les militants racialistes tentent aussi de modeler notre pensée. Comme le gouvernement chinois et sa police.