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J’aime mon taxi

La décision unilatérale et irréfléchie du gouvernement a des conséquences qu’on n’ose même pas imaginer.

J’aime mon taxi
Le Journal de Québec

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Depuis le dépôt du projet de loi 17, projet de loi qui vient mettre la hache dans l’industrie du taxi telle qu’on la connaît, je réfléchis à un texte sur le sujet. Parce que c’est bien beau écrire sur un coin de table, mais on y pense pas mal avant de se mettre devant le clavier. 

Déjà, j’avais commencé à parler de l’angle que je voulais aborder, mais les événements dramatiques de vendredi dernier m’ont fait changer d’idée. 

Une industrie malaimée 

Elle a le dos large, l’industrie du taxi. Les préjugés envers les taxis sont nombreux. Pourtant, elle est révolue depuis longtemps l’époque des voitures sales, l’époque des chauffeurs avec la moitié des condiments de leur hamburger sur le devant de leur t-shirt, l’époque des « chars qui sentent les oignon rings ». 

Depuis plusieurs années, l’industrie du taxi est réglementée, régie et organisée. Les chauffeurs sont fiers d’offrir un transport rapide et courtois. Ils sont des mines d’information à propos des villes où ils travaillent. Plusieurs d’entre eux sont des travailleurs autonomes, fiers d’offrir un service de qualité pour se distinguer d’Uber, la compétition déloyale... 

Bon nombre des détracteurs du taxi n’utilisent presque jamais ce mode de transport. Pour ma part, j’en profite régulièrement. En fait, j’ai rencontré des centaines de chauffeurs de taxi au fil du temps. J’ai souvent discuté avec eux.  

On a un point en commun, on aime le taxi. Le truc, c’est que j’ai commencé ma carrière comme fonctionnaire au Forum des intervenants de l’industrie du taxi, une industrie complexe, mais fascinante. 

Alors, je discute avec mes chauffeurs de leur réalité, des horaires impossibles qu’ils font, de leurs rêves pour leur famille, de leur musique préférée, de leurs origines, je leur demande s’ils sont propriétaires ou locataires de leur véhicule, bref, j’apprends à les connaître. 

Les chauffeurs de taxi m’ont souvent menée à bon port alors que des copains n’étaient pas en état de me ramener en sécurité. Ils ont jasé avec moi du dernier spectacle du Festival d’été, ils m’ont amenée au resto, ramenée à la maison, déposée à une rencontre importante. Toujours, j’étais en sécurité, en confiance.  

Pour ça, je les remercie. 

Une crise orchestrée par le gouvernement 

La crise que vivent les chauffeurs de taxi, je la vois venir depuis le dépôt du projet de loi. La décision unilatérale et irréfléchie du gouvernement a des conséquences qu’on n’ose même pas imaginer. 

Le drame que vivent en ce moment les propriétaires de permis de taxi est à la fois épouvantable et évitable. Le gouvernement avait à sa disposition de nombreuses autres options, mais il a choisi de déréglementer immédiatement, d’employer l’arme nucléaire en premier. 

À ceux qui plaident qu’acheter un permis de taxi, c’est de la spéculation, je réponds : c’est pas si simple que ça. La valeur des permis de taxi est d’abord et avant tout influencée par leur rareté. Rareté créée par le gouvernement qui les délivre. 

Quand le gouvernement change la donne unilatéralement et sauvagement, il change les règles du jeu en pleine partie sans que les joueurs ne puissent faire quoi que ce soit. Ce faisant, le gouvernement déclare que la joute est terminée, que le parc d’attractions est fermé, et ce même si plusieurs viennent à peine de payer leur billet plein prix, sans rien obtenir en retour.  

Quel que soit le plan qu’avait le gouvernement la semaine dernière, il ne peut plus faire semblant d’ignorer l’impact de son projet de loi sur la vie des propriétaires et des chauffeurs de taxi. 

Les propriétaires croulent sous les dettes. Plusieurs vont perdre les actifs qu’ils ont donnés en garantie en plus de perdre leur gagne-pain. Le geste de désespoir dont on a été témoin vendredi dernier n’est malheureusement que la représentation de la détresse que vivent les hommes et les femmes de taxi au Québec. 

Le texte que je n’ai pas publié la semaine dernière devait s’intituler : Attendrez-vous qu’il y ait mort d’homme ? 

S’il vous plait, monsieur le ministre, n’attendez pas. Négociez. 

  

Si vous avez besoin d’aide, appelez sans hésiter au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Pour le site web de l’Association québécoise de prévention du suicide, cliquez ici.