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Mosquée de Québec: la tuerie à travers les yeux d’un policier

Le premier agent intervenu se raconte dans un livre

Jonathan Filteau
Photo Jean-Francois Desgagnés Le sergent Jonathan Filteau (au centre) a été décoré en novembre 2017 pour son travail lors de la tuerie de la mosquée de Québec.

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Le premier policier à être intervenu à la Mosquée de Québec le soir de la tuerie du 29 janvier 2017 se raconte dans un livre à paraître qui dévoile une perspective différente du terrible drame, soit l’intervention des forces de l’ordre.

Jonathan Filteau avait une journée des plus tranquilles le 29 janvier 2017. Paperasse, petits dossiers, rien ne laissait présager ce qui l’attendait. «Comme toutes les personnes touchées par ce qui s’est passé ce soir-là, il y a eu pour moi un avant et un après 29 janvier», confie le policier.

Deux ans plus tard, l’écriture de son livre lui a permis de raconter ce qu’il a vécu après qu’Alexandre Bissonnette, qu’il ne nomme jamais dans l’ouvrage, ait fait irruption dans la mosquée de Québec pour y tuer six personnes.

«Je voulais partager une autre vision. On avait eu la vision médiatique, externe de l’événement, mais pas ce qui se passait à l’intérieur, de mes yeux à moi, sans chercher le sensationnel. Je voulais que l’on puisse comprendre comment en l’espace de 60 secondes, tu peux plonger dans un univers inimaginable», explique Jonathan Filteau.

Boucler la boucle

Sa démarche lui a notamment permis de reprendre contact avec Mohamed Belkhadir, l’homme initialement arrêté comme étant un suspect potentiel, mais qui n’était qu’une victime parmi tant d’autres ce soir-là. Il raconte dans le livre, qui sera en librairie le 10 avril, «leur première rencontre».

«Ça s’est fait avec mon arme à feu braquée sur lui», se rappelle le policier.

«Je suis allé prendre un café avec lui et de pouvoir discuter de la façon qu’il avait vécu les événements et de comprendre les deux perspectives, ça nous a permis à tout les deux de faire en quelque sorte une boucle».

L’auteur espère que son livre puisse avoir le même effet sur d’autres personnes qui ont vécu de près ou de loin la tragédie. Parce que deux ans plus tard, la boucle est encore loin d’être bouclée.

«Je veux dire que c’est possible de vivre avec ça et de construire là-dessus, pour devenir quelqu’un de plus fort. [...] 100% des êtres humains vivent des événements traumatisants dans leur vie, comme la perte d’un proche, donc si quelqu’un se reconnaît dans ce que je raconte, tant mieux», souligne M. Filteau, qui prendra sa retraite du SPVQ en octobre prochain.

Un passé formateur

Une grande part d’Au cœur du chaos sert aussi à raconter le passé de policier en zone de conflit de Jonathan Filteau. Ce dernier voit à travers ces missions, notamment en Haiti, en Jordanie, au Kosovo et dans divers pays d’Afrique, autant de moments qui l’ont préparé aux événements de la mosquée.

«C’est définitivement ce qui m’a permis d’intervenir comme je l’ai fait ce soir-là», assure le policier, rappelant les sacrifices que lui et sa famille ont faits pour lui permettre de devenir le policier qui a pris les commandes le 29 janvier 2017.

«En écrivant le livre, j’ai compris que malgré tous les impacts familiaux de ces missions-là à travers le monde, on ne l’avait pas fait en vain», confie le policier, qui parle de l’attentat de la mosquée comme du «moment le plus marquant de sa carrière». «Ça a donné un sens à tout ce que j’avais fait avant.»