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Un journal pas si intime

<b><i>L’entre-deux-mondes</i></b><br />
Dominique Lebel<br />
Éditions Boréal
Photo courtoisie L’entre-deux-mondes
Dominique Lebel
Éditions Boréal

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Je m’étais dit que je ne lirais pas ce journal de Dominique Lebel, même s’il avait été directeur de cabinet adjoint de l’ex-première ministre Pauline Marois. Rien de plus plate, me disais-je, que ce récit, au jour le jour, d’un quotidien qui ne relevait sûrement pas de l’extraordinaire.

Puis, je me suis laissé convaincre par son auteur lui-même, pour qui un journal, c’est « proposer une lecture encore chaude de l’histoire ». Et cette histoire m’intéressait, bien évidemment. Surtout que pour l’auteur de ce journal, l’idée d’indépendance n’est pas ringarde et « ça ne va pas contre le sens de l’histoire ». Cet argument a fini par me convaincre.

Ces deux années, du premier janvier 2016 au 31 décembre 2018, avaient vu l’élection de Donald Trump, d’Emmanuel Macron, de François Legault et de Valérie Plante. Il ne passait pas un jour sans que ces quatre mandataires ne fassent parler d’eux. Sans parler de l’improbable Brexit. Vaste programme.

Le Parti québécois connaîtra de nombreux soubresauts pendant ces deux années. Après la démission surprise de Pierre Karl Péladeau pour des raisons familiales, il y aura une course à la direction du Parti québécois, au terme de laquelle Jean-François Lisée sortira gagnant. Quant au parti du premier ministre Couillard, il sera emporté par la vague caquiste.

Lettres

Dominique Lebel est un mordu de politique, et il se nourrit de biographies et de mémoires d’hommes politiques, où François Mitterrand occupe une place à part.

C’est aussi un passionné de littérature et cet ancien étudiant en histoire à l’UQAM nous parle abondamment de ses auteurs préférés : d’Ormesson, Duras, Zweig, Semprún, Proust, Rushdie, Dos Passos, Tolstoï, Chateaubriand, Malraux, etc., sans oublier Victor-Lévy Beaulieu.

Ils sont intéressants les regards qu’il porte, de l’intérieur, sur certaines personnalités politiques.

Ainsi, lorsque Lisée se lance dans la course à la chefferie, tous se disaient qu’il avait peu de chance de gagner. « Lisée est un drôle d’animal politique. On se demande ce qui l’anime vraiment. Il évolue toujours un peu en marge. »

À propos de Paul St-Pierre Plamondon, il se demande comment on peut aspirer à devenir le chef d’un parti dont on n’a jamais été proche.

Le retrait de la vie politique de Bernard Drainville constitue une perte pour le PQ, selon Lebel. « Derrière l’image d’un homme confiant se cachait un politicien fragile, moins résistant aux critiques et aux coups qu’il le donnait à penser. »

Quant à Martine Ouellet, « comme toujours, elle a l’air de croire plus que les autres ce qu’elle dit, uniquement parce que c’est elle qui le dit ».

De Pierre Karl Péladeau, l’homme politique croisé à un lancement de livre, il « n’est pas particulièrement sympathique, mais il a une énergie qui agit comme un gigantesque tirant d’eau ».

Bling-bling

Bien sûr, on a droit à quelques mondanités bling-bling dont on aurait pu se passer, comme cette réception aux éditions Boréal. Lebel dresse le bilan de ses conversations avec le gratin du gratin, de Godbout à François Ricard, en passant par Alexandre Trudeau, le frère du PM actuel et non moins fils de l’ancien PM de triste mémoire.

Ou à ces rencontres privées entre gens bien nantis, où l’on nous informe que monsieur et madame vont partir « demain pour la pêche à Matane ». Ou à des platitudes, comme ce lunch avec son éditeur à L’Express, où tous deux boivent du bon vin, mangent bien tout en se désolant de l’état du monde de l’édition. Une petite gêne n’aurait pas nui, à moins que ce soit simplement sarcastique.

Ce journal aurait gagné à être resserré quelque peu autour des sujets politiques et littéraires, passages qui sont les plus intéressants du journal. Que l’auteur prenne un cappuccino, au coin des rues des Moulins et des Petits-Champs, à Paris, un 30 novembre, ou une Guinness dans un pub au coin de la 53e Rue et de la 1re Avenue à New York, un vendredi 2 décembre, ne jette pas un éclairage nouveau sur cet Entre-deux-mondes.