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Bibi, l’indévissable premier ministre israélien

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Photo AFP Des femmes israéliennes passaient devant une affiche électorale du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à Jérusalem, le 1er avril.

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Les Israéliens se votent un nouveau Parlement mardi. Il ne faut pas rater ça ! Israël est un tout petit pays avec une population pas très nombreuse, mais possédant une influence exceptionnelle à travers le monde. La paix au Moyen-Orient passe inévitablement par la Knesset, le Parlement israélien. Avec les idées qui circulent toutefois, on en est loin, très loin.

La démocratie israélienne, c’est une sorte de sport extrême où à peu près tout le monde est invité à monter dans l’arène. Selon la Commission électorale israélienne, les électeurs ont le choix entre plus de 40 partis ou candidats. Dès qu’un groupe passe la barre des 3,25 % des voix, il entre au Parlement.

Comme aucun mouvement ne parvient à obtenir 50 % du vote, les gouvernements israéliens sont immanquablement des coalitions hétéroclites, réunissant souvent des partenaires aux objectifs contradictoires. En d’autres mots, si voter est un sport extrême, gouverner est un combat de MMA où les participants en sortent constamment amochés.

QUAND ON SE COMPARE, ON SE CONSOLE

Aussi exaspérante que puisse parfois être la démocratie israélienne, elle reste la plus vibrante de la région. On vote partout autour, mais c’en est généralement risible. En mars 2018, Abdel Fattah el-Sisi a été réélu président d’Égypte avec... 97,08 % des voix.

En Jordanie, le roi nomme les sénateurs et peut suspendre la Chambre des députés quand il le veut. L’Arabie saoudite, pire encore, est une monarchie absolue. La Syrie est menée par un tyran qui a passé les huit dernières années à massacrer sa population, pendant qu’en Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan se comporte de plus en plus en autocrate.

Il reste le Liban, toujours un peu instable, qui a finalement tenu une élection générale en mai l’année dernière après des reports en 2013, 2014 et 2017. Pas tout à fait rassurant. Tout juste au sud, en Israël, les électeurs seront au rendez-vous encore une fois, mais à les entendre, ils se sont à coup sûr radicalisés.

À DROITE TOUTE !

Les analystes israéliens – notamment ceux de Haaretz, un quotidien critique à l’égard du gouvernement conservateur sortant – reconnaissent que l’échiquier politique s’est déplacé vers la droite. Ainsi, alors qu’en 2015, l’Union sioniste, à gauche, se présentait comme la principale alternative au Likoud, le grand parti de droite, cette fois-ci, l’opposition au Likoud vient de Kahol Lavan, une alliance de centre-droit dirigée par un ancien général, Benny Gantz.

La vie politique israélienne a aussi ses options bouleversantes. Zehut, par exemple, marque des points auprès d’un électorat plus jeune avec l’engagement de légaliser la marijuana. Son programme va toutefois beaucoup plus loin, proposant d’annexer la Cisjordanie, d’aider les Palestiniens à en partir et de faire d’Israël « non pas un pays pour tous ses citoyens, mais plutôt un pays pour une seule nation et un seul Dieu », bref un État purement et simplement juif. Le tout dernier sondage lui donne suffisamment de voix pour faire son entrée à la Knesset.

LE « ROI BIBI »

Dans ce brouhaha démocratique, Benjamin Netanyahou – premier ministre depuis 10 ans, en plus d’avoir occupé le poste de 1996 à 1999 – incarne la constance et l’obstination. La fatigue du pouvoir, couplée à de futures accusations de corruption, fraude et abus de confiance, devrait avoir normalement raison de lui. Pourtant, les sondages donnent l’avance à sa coalition, qui ne se contente plus d’être simplement de droite, mais flirte avec l’extrême-droite.

La campagne électorale n’a pas été facile, mais Bibi – c’est son surnom – accumule les cadeaux précieux. Le président Trump, en plus de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne, a confirmé, à l’encontre de la position américaine depuis plus de 50 ans, la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.

Et jeudi à Moscou, Vladimir Poutine a reconnu que la Russie avait participé aux efforts pour retrouver en Syrie la dépouille de Zachary Baumel, un sergent israélien tué en 1982. De cadeau en cadeau, les électeurs israéliens vont-ils, à leur tour, lui redonner le pouvoir ? À lire les sondages, ça en a tout l’air.

LA DÉMOCRATIE ISRAÉLIENNE À L’ŒUVRE

6,3 millions d’électeurs inscrits

120 députés à la Knesset, le Parlement

Plus de 30 partis, dont 3 grandes forces :

LIKOUD – DROITE

30 sièges, après les élections de 2015

28 sièges, selon les derniers sondages

Benjamin « Bibi » Netanyahou

  • 69 ans
  • Premier ministre depuis 2009

 

PARTI TRAVAILLISTE – CENTRE-GAUCHE

19 sièges, après les élections de 2015

11 sièges, selon les derniers sondages

Avraham « Avi » Gabbay

  • 52 ans
  • Ancien ministre de la Protection environnementale

 

KAHOL LAVAN (BLEU ET BLANC) – CENTRE

11 sièges, après les élections de 2015

28 sièges, selon les derniers sondages

Binyamin « Benny » Gantz

  • 59 ans
  • Ex-général, chef d’état-major de 2011 à 2015

 

ISRAËL, ÉTAT HÉBREU ET UN PEU PLUS...

8,4 millions d’habitants

  • 74,4% Juifs
  • 20,9% Arabes

TAUX DE CHÔMAGE

  • 3,7 %

ESPÉRANCE DE VIE

  • Femmes 84,7 ans
  • Hommes 80,8 ans

CISJORDANIE, TERRITOIRE PALESTINIEN OCCUPÉ DEPUIS 1967

  • 3 millions de Palestiniens, dont 208 000 à Jérusalem-Est
  • 750 000 Israéliens, dont 315 000 à Jérusalem-Est