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L’expertise de l’Université Laval reconnue

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Photo Adobe Stock

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Les lecteurs du Journal qui suivent ma chronique savent que ma motivation première est d’amener directement la science de l’activité physique et de la prévention à la population qui, trop souvent, est martelée de messages qui n’ont pas toujours des bases scientifiques solides. Combien de soi-disant experts de l’obésité et de la nutrition vendent des régimes et des diètes miracles sans s’appuyer sur des données scientifiques ?

Ainsi, au Québec, même si nos équipes de chercheurs de l’Université Laval (principalement localisés à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec - Université Laval et à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels) ont montré, à la lumière de leurs travaux réalisés depuis plus de 30 ans, que le contrôle du poids corporel et l’atteinte du poids santé n’étaient plus des notions pertinentes, on en parle encore beaucoup trop comme étant les cibles nécessaires à la santé.

Pourtant, la science que nous avons collectivement générée à l’Université Laval est robuste et est reconnue partout dans le monde.

Quand allons-nous instaurer une campagne nationale de sensibilisation populaire sur l’importance de suivre son tour de taille (plutôt que son poids) et sa condition cardiorespiratoire (capacité à faire un effort physique), compte tenu de l’importance absolument déterminante de ces deux facteurs pour la santé de la population (incluant les enfants et les aînés) ?

À quand l’implantation d’une véritable médecine préventive au Québec ?

Le Québec en retard

Pour ma part, après 32 ans de travaux de recherche, je ne vous cacherai pas ma déception que ma propre province n’endosse toujours pas ces concepts, ce qui est bien différent ailleurs dans le monde.

Par exemple, le Japon a bien saisi les risques majeurs pour la santé associés à l’obésité viscérale, et ce pays a instauré un programme national de dépistage et de prise en charge de l’obésité abdominale centré sur la mesure du tour de taille afin de prévenir les maladies chroniques qui lui sont associées.

Par ailleurs, l’organisme scientifique qui chapeaute et finance la recherche en santé en France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), vient de publier un volumineux rapport qui fait le bilan de toute la science disponible sur le rôle de l’activité physique dans la prévention et le traitement des maladies chroniques.

Quelques perles que l’on retrouve dans leurs recommandations m’ont fait sursauter... de satisfaction !

Ainsi, dans la section où l’on parle de l’obésité, les experts soulignent que les activités d’endurance d’intensité modérée à élevée ont montré leur efficacité pour diminuer la masse grasse viscérale.

Vous vous rappelez, cette graisse interne localisée dans la cavité abdominale que nous avons commencé à étudier à l’Université Laval au milieu des années 1980 et au sujet de laquelle nous répétons depuis presque 30 ans qu’elle est un puissant facteur de risque pour le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires ? C’est une percée que j’attends depuis longtemps chez nous.

Ainsi, les experts français reconnaissent l’importance de l’activité physique et de l’exercice en endurance pour faire fondre cette graisse dangereuse.

Prioriser le tour de taille

Ces experts sont allés plus loin dans leur réflexion : si faire fondre la masse grasse viscérale est un objectif important dans la prise en charge de l’obésité et que cela peut s’obtenir par l’activité physique sans perte de poids, comment faire pour évaluer cette perte dans le temps ?

Ici encore, les experts français ont souscrit à ce que nous proposons à l’Université Laval depuis 25 ans en recommandant de « mettre l’accent sur la diminution du tour de taille comme paramètre de suivi plutôt que sur la perte de poids » puisque nous avons montré qu’une perte de masse grasse viscérale pouvait être obtenue même sans perte de poids.

Allons-nous y arriver un jour au Québec ? Tôt ou tard, si nous ne mettons pas d’approches préventives de l’avant, nous n’aurons plus les moyens de prendre soin de notre population.

Ce n’est pas le Québec que je souhaite laisser en héritage.

Mettons la science que nous avons produite au service de la population et montrons au monde entier que nous pouvons ensemble transformer le Québec et en faire une nation où la priorité est la santé, plutôt que la gestion des maladies.


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.