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Le ridicule ne tue pas

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Au prochain gala Artis, que diriez-vous si on arrêtait totalement de rendre des « hommages » ?

Pensez-y : dans le mot « hommage », il y a le mot... homme (que je prononce seulement à voix basse de peur de donner des nausées aux néo-féministes milléniales 2.0).

Et comme vous le savez, en 2019, ce mot sale est le plus « ark ! caca » de tout le dictionnaire.

En pleine ère féministe, paritaire, il faut réinventer la langue et la débarrasser de ses relents machos, oppressifs. À bas le patriarcat ! À bas les hommages. Vive les... « femmages » !

DU GRAND N’IMPORTE QUOI

Vous pensez que je divague complètement ? Que personne ne serait assez niaiseux, assez crinqué, pour trouver que le mot hommage est patriarcal ? Eh bien, en France, après le décès de la cinéaste Agnès Varda, deux groupes féministes ont demandé qu’on lui rende « femmage ».

Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon certaines féministes seraient déjà six pieds sous terre. Déjà, qu’on doive se taper l’horrible écriture inclusive (étudiant.e.s), que des illuminés de l’UQAM veulent qu’on utilise une écriture dégenrée (ille [s], iel [s], cellui, celleux ou ceuzes) et qu’on assiste à la naissance de mots horribles (autrices), voilà qu’on doit bannir tout ce qui est masculin, parce que c’est synonyme d’oppression ?

On se demande vraiment quel est l’intérêt de mener ces guéguerres linguistiques futiles au lieu de s’intéresser à des vraies inégalités.

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Comme le disait le linguiste Jean Szlamowicz dans une lettre ouverte au Figaro : « Le fait qu’un mot possède la racine “homme” ne constitue en l’espèce aucune injustice à corriger. [...] Ce pseudoféminisme invente du sexisme ».

Quand j’ai lu dans les médias français cette histoire de « femmage », je me suis dit que personne au Québec n’avait encore été assez militant pour utiliser ce mot horrible. Mais je suis tombée sur un texte du site féministe Sisyphe, datant de 2004, qui nous informe qu’à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

La directrice d’un Festival international de films de femmes et un réseau féministe mixte et international, en collaboration avec le bureau européen de la SODEC et la Délégation générale du Québec, « rendront un “femmage” public, solennel et festif à la productrice québécoise Monique Simard ».

Vous vous rappelez quand nos amis anarchogauchistes de Québec solidaire avaient décidé de rayer de leur programme le mot patrimoine, parce qu’il était trop masculin, viril et patriarcal ? On s’était bien amusé de ça. Comme si c’était macho d’utiliser ce mot tout à fait inoffensif !

LES QUESTIONS QUI TUENT

Si je veux dire mon admiration à une personne trans, dois-je lui rendre « transage » ? Et si elle est non-binaire, que faire ? Et si je salue le talent de Cœur de pirate, je lui rends « queerage » ?

Et si hommage est patriarcal, est-ce seulement quand c’est un homme qui est hommagé ? Une femme qui rend hommage à un homme doit-elle aussi dire un « femmage » ? Le femmage définit-il celui qui le donne ou celui qui le reçoit ?

Désolée, mais si un jour j’entends quelqu’un me parler de « celleux qui ont rendu “femmage” au matrimoine des autrices », j’aurai juste envie de répondre : « Femme ta... ».