/news/currentevents
Navigation

Un Hells piégé dans sa maison

Le vétéran motard ne se doutait pas que la police avait installé un micro chez lui pour l’enregistrer à son insu

Coup d'oeil sur cet article

 Deux Hells Angels se seraient montrés trop bavards au sujet de leurs revenus illicites et des quantités de drogue vendues par leur réseau, ignorant qu'ils étaient enregistrés à leur insu par la police. 

 Ce n’est qu’après leur arrestation hier que Claude Gauthier, un vétéran des Hells du chapitre de Trois-Rivières depuis 21 ans, et Pascal Facchino, fraîchement promu membre du gang de motards l'hiver dernier, ont appris comment ils se sont fait piéger par l'Escouade nationale de répression contre le crime organisé (ENRCO). 

 Les policiers avaient secrètement installé un micro à l'intérieur de la résidence de Gauthier à Nicolet, selon des informations obtenues par Le Journal

 Gauthier et Facchino ont ainsi jasé de comptabilité et de « business » en pleine opération d'écoute électronique menée lors du projet d'enquête Orque, dont ils étaient deux des principales cibles depuis 2018. 

Photo le Journal de Montréal, Martin Alarie

 Les présumées têtes dirigeantes du réseau frappé hier se seraient notamment targuées de la vente d’environ 10 kilos de cocaïne par mois — l'équivalent de 150 000 doses — dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu et la MRC de Roussillon qui s'étend de Châteauguay à La Prairie. 

 Les Hells auraient chiffré leurs redevances mensuelles — aussi appelées « taxes » — à 50 000 $, soit 10 % des recettes de ventes que doivent verser tous les trafiquants faisant affaire sur les territoires contrôlés par les Hells. 

 Violence et intimidation 

 Les motards auraient « imposé » leur mainmise sur ces marchés de la Montérégie « en ayant recours à la violence et à l'intimidation », a fait valoir l'inspecteur-chef Guy Lapointe, porte-parole de l'escouade regroupant la Sûreté du Québec et les services de police de Montréal, Laval, Québec et Lévis. 

 Steven Lepage-Savard, 24 ans, considéré comme un « gestionnaire » du réseau, a lui aussi été volubile pendant que les policiers l’épiaient. 

Même s’il n’avait pas été accusé, Biron s’était fait confisquer ses « patchs » lors d’une perquisition menée le 7 décembre dernier au nouveau local des Hells trifluviens, à Saint-Cuthbert.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Même s’il n’avait pas été accusé, Biron s’était fait confisquer ses « patchs » lors d’une perquisition menée le 7 décembre dernier au nouveau local des Hells trifluviens, à Saint-Cuthbert.

 « J’m’en vas au “pen”... » 

 Le 24 octobre 2018, l’ENRCO a effectué une perquisition au domicile de ce jeune Montréalais, dans l'arrondissement Lachine, où il habite avec sa copine, sa mère et son beau-père, qui ont tous été accusés hier. 

 Lepage-Savard n'était pas chez lui lors de la visite des policiers, mais lors d'une conversation téléphonique avec son beau-père, il a sommé ce dernier de « flusher » les stupéfiants cachés là avant que la police les trouve. 

 Trois jours plus tard, le jeune accusé savait déjà ce qui l’attendait. 

Claude Gauthier, l’un des seuls Hells Angels que les policiers n’avaient pas réussi à arrêter dans l’opération SharQc en 2009, s’est fait passer les menottes vers 6 h, hier matin, à son domicile de Nicolet.
Photo Martin Alarie
Claude Gauthier, l’un des seuls Hells Angels que les policiers n’avaient pas réussi à arrêter dans l’opération SharQc en 2009, s’est fait passer les menottes vers 6 h, hier matin, à son domicile de Nicolet.

 « Fuck, t'as pas vu les nouvelles ? J'm'en vas au “pen”. Y ont saisi toute. Y vont m'arrêter », disait-il à un client sans savoir que la police l’écoutait. 

 Les 33 trafiquants allégués du réseau ont comparu hier aux palais de justice de Montréal et de Saint-Jean-sur-Richelieu. 

 « Très peu d'accusés ont pu être libérés. Ceux qui sont restés détenus reviendront en cour lundi pour fixer les dates de leur enquête sur remise en liberté », selon l'un des avocats de la défense, Tom Pentefountas. 

Photo le Journal de Montréal, Martin Alarie

 Le Journal a aussi appris que l'ENRCO a eu recours à des agents d'infiltration pour effectuer plusieurs achats de stupéfiants auprès du réseau, également présent en Mauricie, en Estrie et en Outaouais. 

 Cette organisation vendait aussi de la méthamphétamine et du crack, d’après l'enquête à laquelle ont participé l'Escouade régionale mixte de la Montérégie et la police de Saint-Jean-sur-Richelieu. 

 Les trafiquants utilisaient des noms de code pour identifier leurs produits : du « mou » pour la cocaïne, du « dur » pour le crack et des « pinottes » pour les comprimés de méthamphétamine. 

 – Avec Michaël Nguyen et Félix Séguin, Bureau d’enquête 

 Qui est Claude Gauthier 

Gauthier et Alain Biron, que l’on voit ensemble sur cette photo non datée (à droite), se sont tous deux fait saisir leurs vestes à l’effigie des Hells durant le projet d’enquête Orque.
Photo d’archives
Gauthier et Alain Biron, que l’on voit ensemble sur cette photo non datée (à droite), se sont tous deux fait saisir leurs vestes à l’effigie des Hells durant le projet d’enquête Orque.
  •  Membre des Hells du chapitre de Trois-Rivières depuis le 5 décembre 1997. 
  •  En 2003, il est condamné à 30 mois de pénitencier après l’opération antidrogue Osmose qui a mené à la dissolution du club-école des Hells qu’il parrainait, les Jokers de Saint-Jean. 
  •  Le 29 août 2007, il invite un policier du SPVM qui voulait lui donner une contravention à se battre sur la rue Sainte-Catherine. « Vous êtes ben forts en gang mais tout seul, j’aimerais ben te voir. Viens-t’en, j’vais m’occuper de toé », avait-il lancé au policier en exhibant son pendentif à l’effigie des Hells. Il s’en est tiré avec 50 $ d’amende. 
  •  Il fut l’un des 10 criminels les plus recherchés au Québec après s’être esquivé des policiers lors de l’opération SharQc de 2009. Sa cavale a pris fin en 2016 après l’abandon des 29 chefs d’accusation pour meurtres, complot, trafic de drogue et gangstérisme qui pesaient sur lui.  

 L’opération Orque en chiffres  

  •  33 arrestations 
  •  2 kg de cocaïne 
  •  27 100 comprimés de méthamphétamine 
  •  6 vestes aux couleurs des Hells 
  •  4 armes à feu 
  •  120 000 $ en argent comptant 
  •  23 véhicules considérés comme des biens infractionnels