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Ingérence électorale: Ah les vilains Russes!

Ingérence électorale: Ah les vilains Russes!
Couverture Time Magazine 1996 - Philip Burke

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La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, croit «très probable» une ingérence étrangère dans les prochaines élections fédérales canadiennes. Et quand on parle de cybermenaces électorales, c’est à la Russie qu’on pense d’abord. Les vilains Russes se sont ingérés dans les élections présidentielles américaines de 2016 afin de faire battre Hillary Clinton. Quel épouvantable scandale, quelle violation révoltante des règles démocratiques et des normes internationales.  

Républicains et démocrates ont condamné à l’unisson – et à juste titre – les manigances russes. Il faut souligner que ces mêmes vierges offensées réclament constamment que Washington intervienne pour renverser des gouvernements qui ne leur plaisent pas. Normal. Les États-Unis ont le droit impérial de s’immiscer dans les affaires intérieures de tous les pays de la planète.  

Rappelez-vous la pathétique Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, oui, oui, celle qui dénonçait comme «sans précédent» l’ingérence russe dans les élections de 2016. Cette même Susan Rice, en 2014, a soutenu un putsch de la rue contre le président ukrainien élu, puis elle a conspiré pour que le favori des États-Unis soit nommé à sa place.  

Washington est aussi intervenu dans le processus électoral russe en 1996 pour assurer la réélection de Boris Eltsine. Le magazine Time y avait même consacré son article principal: Yankees à la rescousse: l'histoire secrète de la façon dont des conseillers américains ont aidé Eltsine à gagner.  

Les Américains n’acceptent pas d’être eux-mêmes victimes des manœuvres antidémocratiques dont ils sont les principaux utilisateurs à travers le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.  

Dans une étude publiée en septembre 2016, le politologue Dov Levin, de l'Université Carnegie-Mellon, a établi que les États-Unis entre 1946 et 2000 ont tenté 81 fois de s’ingérer et d’influencer les élections dans 45 pays de la planète. Durant la même période, Levin dénombre seulement 36 interventions de Moscou dans les élections d’autres pays. Près des deux tiers des interventions américaines ont été faites en secret, les électeurs n'ayant aucune idée qu’une puissance étrangère, les États-Unis, essayait activement de fausser les résultats du scrutin. Levin estime que dans 59% des cas, le camp pro-américain est arrivé au pouvoir.  

En Italie, Levin évalue que l'intervention américaine a probablement faussé le résultat de huit élections générales. Au Japon, tout au long des années 1950 et 1960, les États-Unis ont secrètement financé le parti libéral-démocrate au pouvoir afin d’empêcher la gauche d’être élue.  

Les chiffres de Levin ne concernent que les élections générales. Ils excluent les coups d'État militaires ou les opérations visant à renverser des régimes issus d’une élection démocratique que les États-Unis désapprouvent. Comme ce fut le cas pour le premier ministre Mohammad Mossadegh d’Iran, renversé avec l’aide de la CIA en 1953 après avoir été démocratiquement élu. Les Américains avec les Britanniques placèrent au pouvoir à Téhéran Mohammad Reza Pahlavi comme Shah d’Iran. Il fut éventuellement renversé par une révolution islamiste et l’Iran est devenu le principal adversaire des États-Unis au Moyen-Orient.  

Au Guatemala en 1954, la CIA a renversé le président Jacobo Arbenz dont les réformes en faveur des paysans pauvres avaient irrité la multinationale américaine de la banane, la United Fruit Company. La CIA a mené contre le gouvernement légitime du Guatemala une opération clandestine qui comprenait le financement des opposants, des manœuvres pour diviser l'armée, une action psychologique à grande échelle et des opérations paramilitaires.  

Selon les recherches de Levin, les pays où les États-Unis ont eu recours des manœuvres secrètes pour influencer le pouvoir comprennent: le Brésil, le Salvador, Haïti, le Panama, Israël, le Liban, la Grèce, Malte, la Slovaquie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Albanie, le Sri Lanka, les Philippines et le Sud Vietnam.  

Depuis 2000, les États-Unis sont intervenus dans le processus démocratique ou ont tenté par d’autres façons, généralement la force, de changer le régime de plusieurs pays. Les ingérences connues visaient l’Ukraine, l’Afghanistan, la Russie, l’Équateur, le Venezuela, l’Irak, Haïti, la Somalie, la Libye et la Syrie.  

Ce qu’ont fait les Russes en 2016, c’est écœurant!