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Le fisc est aux trousses d’un ancien chef des Hells

Salvatore Cazzetta refuse depuis plus de 20 ans de payer 393 000 $ à Revenu Québec

Salvatore Cazzetta était parmi les invités, en décembre, au mariage du Hells Martin Robert à la salle de bal du Windsor.
Photo Agence QMI, Joël Lemay Salvatore Cazzetta était parmi les invités, en décembre, au mariage du Hells Martin Robert à la salle de bal du Windsor.

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Le fisc doit trimer dur pour récupérer près de 400 000 $ d’un ancien leader des Hells Angels, en impôts sur des revenus illicites qu’il a omis de déclarer il y a plus de 20 ans.

Salvatore Cazzetta, qui a dirigé les Hells entre 2011 et 2015, et les avocats de l’Agence du revenu du Québec auront rendez-vous devant le plus haut tribunal de la province pour tenter de régler ce litige, a ordonné la Cour d’appel vendredi dernier.

Revenu Québec réclame 393 000 $ en impôts éludés sur des revenus non déclarés par l’influent Hells Angel entre les années 1989 et 1996, ainsi qu’en pénalités pour ses retards.

À cette époque, Cazzetta faisait encore partie des Rock Machine, l’ancienne bande ennemie des Hells qu’il a fondée avec son frère Giovanni, en 1989.

Le motard originaire du quartier Saint-Henri — qui n’avait produit aucune déclaration d’impôt pour les huit années en cause — aurait empoché des revenus annuels de plus de 105 000 $ durant cette période, selon des calculs du fisc basés sur une enquête antidrogue menée par la défunte escouade Carcajou aux dépens des Rock Machine.

Salvatore Cazzetta conteste cependant le bien-fondé de cette cotisation. Il plaide notamment qu’en 1994, il a commencé à purger une longue peine de pénitencier aux États-Unis — pour avoir comploté l’importation de 200 kg de cocaïne — et qu’il n’a donc pu retirer aucun revenu à partir de sa cellule.

Prêt à payer la moitié

Celui qu’on surnomme « La Barbe » se dit quand même prêt à négocier un règlement pour s’acquitter de sa dette en versant une somme maximale de 200 000 $ dans les coffres de l’État, soit la moitié de la réclamation fiscale en litige.

Cazzetta a justement entamé des pourparlers avec Revenu Québec en 2017 après avoir récupéré une somme de 250 000 $ que les policiers du SPVM lui avaient saisie lors d’une autre enquête policière menée en 2009 contre un réseau de contrebandiers de tabac.

Cet argent, que la police considérait comme un produit de la criminalité, avait dû être restitué au motard quand ce dernier a été libéré de toute accusation après avoir présenté avec succès une requête de type Jordan dénonçant les délais déraisonnables du système judiciaire à son endroit.

Pas d’accord verbal

Revenu Québec croyait d’ailleurs avoir conclu une entente à l’amiable avec l’avocat fiscaliste qui représentait Cazzetta à l’automne 2017.

Mais le vétéran Hells Angel a renié cet accord verbal, qu’il n’a d’ailleurs jamais ratifié, désavouant du même coup l’avocat en question.

En janvier, le motard de 64 ans a convaincu un juge de la Cour supérieure que cet accord n’était pas valide.


Salvatore Cazzetta fait partie d’un groupe de 23 membres ou associés des Hells Angels qui ont intenté depuis un an des poursuites judiciaires totalisant plus de 91 millions $ contre l’État, en alléguant avoir été injustement accusés et détenus dans certaines enquêtes policières, dont l’opération SharQc.

Qui est Salvatore Cazzetta

  • Membre des SS de Pointe-aux-Trembles en même temps que l’ex-chef des Hells Maurice Boucher, dans les années 1980
  • Fonde les Rock Machine avec son frère Giovanni, en 1989
  • Incarcéré aux États-Unis pendant toute la durée de la guerre meurtrière entre les Hells et les Rock Machine, de 1994 à 2000
  • Devient membre des Hells après sa sortie de prison en 2005
  • Chef allégué des Hells entre 2011 et 2015
  • Obtient l’arrêt des procédures trois fois, entre 2011 et 2017, en étant libéré des accusations portées contre lui dans autant d’opérations policières