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Québec permet les injections de vitamine C en CLSC

Ce traitement non reconnu contre les effets de la chimiothérapie suscite la controverse

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Même si elles ne sont pas approuvées par Santé Canada, Québec permet aux CLSC d’administrer des injections de vitamine C pour contrer les effets de la chimiothérapie chez les patients atteints d’un cancer.

« C’est aux établissements de décider si, oui ou non, ils veulent offrir ce service à des patients, par humanisme », affirme la ministre de la Santé, Danielle McCann, dans une déclaration écrite acheminée à notre Bureau parlementaire.

Mais, du même souffle, la ministre met le réseau en garde au sujet de cette mesure controversée.

« Je rappelle toutefois aux établissements de faire preuve d’une extrême prudence puisque la science ne soutient pas – à l’heure actuelle – l’injection de vitamine C pour alléger les symptômes de la chimiothérapie, affirme-t-elle. J’ai demandé à ce qu’on envoie un rappel en ce sens aux établissements les invitant à la prudence. »

Au moins deux CLSC du Québec administrent déjà des injections de vitamine C à haute dose dans le but d’atténuer les effets indésirables de la chimiothérapie chez les patients atteints de cancer.

Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue confirme que des « injections de vitamine C sont réalisées au CLSC d’Amos », mais refuse de commenter le dossier.

Cas d’exception

Le CLSC de Saint-Jérôme, lui, offre ce service à Nathalie Prud’homme, à l’origine d’une pétition déposée récemment à l’Assemblée nationale, qui réclamait que les coûts des injections soient « assumés par la Régie de l’assurance maladie du Québec ».

Le CISSS de Saint-Jérôme précise qu’il s’agit du seul cas et que le CLSC a agi ainsi « pour des raisons humanitaires ».

Nathalie Prud’homme affirme que les injections de vitamine C diminuent les effets secondaires de la chimiothérapie, lui redonnent de l’énergie et améliorent sa motricité. Toutefois, leur efficacité n’a pas été reconnue par la science.
Photo Martin Alarie
Nathalie Prud’homme affirme que les injections de vitamine C diminuent les effets secondaires de la chimiothérapie, lui redonnent de l’énergie et améliorent sa motricité. Toutefois, leur efficacité n’a pas été reconnue par la science.

Atteinte d’un cancer du sein avec métastases au foie et au péritoine, Nathalie Prud’homme a obtenu la permission de poursuivre ses injections au Québec, l’an dernier, après s’être d’abord rendue en Ontario pour en bénéficier dans une clinique privée.

Elle dit avoir trouvé un médecin de famille québécois « qui connaissait ça et qui était prêt à me faire des prescriptions ».

Un pharmacien de sa région a également accepté de lui fournir les pochettes de vitamine C, qu’elle paie elle-même. La perfusion est administrée au CLSC, ce qui prend « environ une heure et demie », explique-t-elle en entrevue avec notre Bureau parlementaire.

Effets non reconnus

Dans une note envoyée au réseau de la santé en juillet dernier, le directeur général de la Direction générale de cancérologie rappelle pourtant qu’il n’existe pas « de données probantes indiquant que la vitamine C en perfusion soit efficace et sécuritaire dans le traitement des personnes atteintes de cancer ».

Un médecin a toutefois la liberté de prescrire le traitement dans certains cas. Avant d’accepter de l’administrer, les CLSC doivent s’informer auprès des instances appropriées « au sujet de la pertinence clinique de cette intervention », poursuit la missive.

L’application de la directive varie toutefois d’une région à l’autre. Brigitte Guibord, atteinte d’un cancer du poumon avec métastases, s’est heurtée à un refus de la part des établissements de la Capitale-Nationale.

Elle s’est donc tournée vers le privé. « Pour moi, les injections font toute la différence », assure-t-elle.

 

Un traitement controversé

  • En mars dernier, une pétition signée par 119 875 personnes a été déposée à l’Assemblée nationale pour réclamer que les injections de vitamine C soient « assumées par la Régie de l’assurance maladie du Québec ».
  • Les élus de la Commission de la santé et des services sociaux ont refusé à l’unanimité d’étudier la pétition.
  • Les vertus de la vitamine C contre les effets de la chimiothérapie ne sont pas reconnues par la science.
  • Récemment, Olivier Bernard, mieux connu sous son pseudonyme « Pharmachien », dit avoir fait l’objet de menaces, notamment à son intégrité physique, après avoir affirmé qu’il n’existe aucune preuve de l’efficacité de ces injections pour alléger les effets de la chimiothérapie.