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Dans la peau d’un dramaturge misogyne

Strindberg
Photo courtoisie Strindberg

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La présentation de Strindberg sera l’occasion de découvrir le dramaturge suédois August Strindberg, un homme misogyne et antiféministe qui militait contre l’émancipation des femmes. On le retrouvera, campé par Jean-François Casabonne, dans cette création où la parole est donnée à ses ex-épouses à travers les mots d’un collectif d’auteurs composé de dix femmes et des écrits de Strindberg lui-même.

Jean-François Casabonne enchaîne les rôles sur nos diverses scènes théâtrales depuis plusieurs mois. Après avoir joué dans Oslo chez Duceppe en début de saison, puis sur la scène du TNM dans Coriolan, voilà qu’on le retrouve au Théâtre Denise-Pelletier dans la pièce La société des poètes disparus. C’est sans reprendre son souffle qu’il personnifiera le grand dramaturge suédois, August Strindberg, dans le rôle-titre. « J’ai joué 100 fois en 120 jours », fait remarquer l’acteur qui partira ensuite en tournée avec la pièce Docile, une création du Petit Théâtre du Nord.

Dans cette création, qui conclut le cycle scandinave du théâtre de l’Opsis, amorcé il y a quelques années, on retrouvera une part de fiction ainsi qu’un volet biographique. Ainsi, la personnalité de Strindberg, qui a vécu de 1849 à 1912, sera respectée. « C’était un homme fragile qui n’avait pas une grande estime de lui-même », confie le comédien Jean-François Casabonne, qui considère que la misogynie de son personnage pouvait s’expliquer.

« On passait du 19e au 20e siècle et la femme prenait alors de plus en plus de place, et cet homme croyait qu’il valait mieux ne pas aller trop vite afin d’éviter une certaine dérive, car à travers ses écrits, on constate qu’il saisissait parfaitement bien l’âme féminine», explique-t-il. À un certain moment dans la pièce, Strindberg dira même: «Libérons les hommes de leurs préjugés et les femmes seront du même coup libérées».

Plusieurs femmes

Avec plaisir, Jean-François Casa­bonne entrera dans la peau d’un homme qui a eu plusieurs femmes. Celles-ci seront personnifiées sur les planches par Isabelle Blais, Marie-Pier Labrecque et Lauriane S. Thibodeau.

« Strindberg était un homme très séduisant et très charmant, qui avait besoin des femmes, mais qui aimait avoir le contrôle », souligne le ­comédien. Si dans certains écrits dramaturgiques, il laissait transparaître que la femme méritait de prendre sa juste place au bon moment, son propos était ­paradoxal, car pour lui, l’homme devait dominer. « Sans être une sale brute, son attitude au quotidien faisait en sorte que ses ­mariages se terminaient par des ruptures », précise-t-il.

Avant sa mort

Tandis que Strindberg pressent sa mort, il convoquera ses trois ex-femmes, se questionnant aussi bien sur ses relations amoureuses que sur l’œuvre qu’il s’apprête à laisser derrière lui. « Nous sommes en 1912 à la veille de sa mort, annonce le comédien. Mais Strindberg n’est pas à l’agonie. » Le dramaturge est rongé par l’angoisse et la peur, et se trouve même souvent au bord de la paranoïa. La joute verbale entre ses femmes et lui risque d’être fort intéressante, lui qui les comparait à rien de mieux qu’un nid d’oiseau pour les œufs de l’homme.

Strindberg

♦ Collectif d’auteurs : Anaïs ­Barbeau-Lavalette, Rachel Graton, Véronique Grenier, Emmanuelle Jimenez, Suzanne Lebeau, Catherine Léger, Marie Louise B. Mumbu, Anne-Marie Olivier, Jennifer Tremblay, Ingmar Bergman et les références d’August Strindberg (1849-1912)

♦ Mise en scène : Luce Pelletier

♦ Distribution : Christophe Baril, Isabelle Blais, Jean-François Casabonne, Marie-Pier Labrecque et Lauriane S. Thibodeau

♦ Du 23 avril au 12 mai

♦ Au Théâtre Espace Go