/world/opinion/columnists
Navigation

Avortement, la bataille suprême

Coup d'oeil sur cet article

Aux États-Unis, c’est en principe réglé depuis 46 ans. Depuis qu’en 1973 la Cour suprême statuait que le droit des femmes à la vie privée leur assurait le droit à l’avortement. Ce droit, plusieurs États le grugent petit à petit, au point où – c’est immanquable – la cause finira par retourner devant le plus haut tribunal du pays. Et les juges conservateurs qui le dominent maintenant risquent de lancer le pays dans une tout autre direction. Pour un autre demi-siècle.

L’enjeu ne se retrouve nulle part sur le radar des Québécois. Tout le contraire de la réalité américaine où pas une semaine ne passe sans qu’un nouveau choc social et culturel ne vienne approfondir le gouffre entre les partisans des droits des femmes et les défenseurs de la vie... dès la conception. Jeudi, par exemple, le gouverneur de l’Ohio signait, à son tour, une loi dite « du battement de cœur ».

Tout avortement y est désormais interdit dès qu’un battement de cœur du fœtus devient perceptible, c’est-à-dire généralement six semaines après le début de la grossesse. Bien des femmes ne savent souvent pas, à six semaines, qu’elles sont enceintes. De telles initiatives étaient rares jusqu’à récemment.

Le Dakota du Nord (en 2013) et l’Iowa (en 2018) s’y étaient essayés. Dans les deux cas, les tribunaux avaient annulé les lois. Cette année toutefois, en quelques semaines, le Mississippi, le Kentucky, la Géorgie et l’Ohio se sont mis au rythme des « battements du cœur », et le Missouri, tout comme le Tennessee, y songe. En fait, vingt-huit États, au cours des trois premiers mois de l’année, ont mis de l’avant des projets de loi pour restreindre, d’une manière ou d’une autre, l’accès à l’avortement.

SANS PITIÉ

C’est tout comme si les opposants à l’avortement aux États-Unis s’étaient engagés dans un sprint, profitant d’un parcours favorable, avec un président prêt à tout signer pour se garder les faveurs de l’électorat religieux et une Cour suprême penchant plus fortement à droite qu’à tout autre moment au cours des dernières décennies.

Et du coup, ils poussent leur « luck », comme on dit ici, ne laissant aucune échappatoire aux femmes : la nouvelle loi en Ohio ne prévoit aucune exception pour les grossesses résultant d’un viol ou de l’inceste.

L’étape suivante, pour celles et ceux qui n’auraient pas compris, c’est la répression pure et dure. Le Texas, par exemple, étudie un projet de loi qui pourrait entraîner une accusation d’homicide envers une femme ayant subi un avortement ou un médecin l’ayant pratiqué, crime passible, au Texas, de la peine de mort. On tuerait pour empêcher de tuer...

À L’ŒUVRE AUSSI AU-DELÀ DES FRONTIÈRES

L’administration Trump veut se mêler le moins possible des affaires du monde. Elle a choisi, par exemple, de limiter au minimum son rôle en Syrie et prépare le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, peu importe l’insécurité qui y règne. Le Partenariat transpacifique – ce grand accord de libre-échange pour contrebalancer l’expansion commerciale de la Chine – ce n’était pas pour ce gouvernement. Pas plus que l’Accord de Paris sur le climat.

L’avortement, comme par hasard, fait exception. Cette Maison-Blanche qui se traîne habituellement les pieds déploie des efforts exceptionnels pour bâtir une coalition internationale de promotion des valeurs familiales traditionnelles.

En plus de la lutte contre l’avortement, elle encourage l’abstinence au détriment de la « santé sexuelle », perçue comme trop permissive. Elle insiste sur la valorisation de la contribution des femmes au foyer et privilégie des politiques centrées sur la famille. Et cela avec des partenaires – l’Arabie saoudite et la Russie, entre autres – traditionnellement méfiants à l’égard des valeurs de l’Occident. Ça fait réfléchir.

Le statut de l’avortement dans le monde

Source : Center of reproductive rights

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions