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[VIDÉO] Des milliers d’usagers ne payent pas pour prendre le métro

Une moyenne de 15 personnes à l'heure sautent les tourniquets dans certaines stations

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Ils contournent les tourniquets, ils les enjambent... Chaque jour, des milliers de personnes fraudent le réseau de métro.  

 Plusieurs employés de la Société de transport de Montréal (STM) m’ont confié se sentir impuissants face aux fraudeurs qui sont partout dans le réseau.  

« Ils nous passent dans la face, ils savent qu’on ne peut rien faire », me raconte un chauffeur d’autobus sous le couvert de l’anonymat.  

« C’est tout le monde, je vous le dis... autant des jeunes, des personnes âgées que des hommes en veston-cravate », relate une agente de station de métro.  

Afin de mesurer l’ampleur du phénomène, j’ai passé 15 heures dans le métro avec une caméra cachée. Je suis allée dans plusieurs stations, à divers moments, la semaine et le week-end. 

Notre journaliste a passé 15 heures dans le réseau de métro avec une caméra cachée pour tenter de mesurer l’ampleur du phénomène de fraude.
Captures d’écran et photo d’archives
Notre journaliste a passé 15 heures dans le réseau de métro avec une caméra cachée pour tenter de mesurer l’ampleur du phénomène de fraude.

Argent perdu  

J’ai noté une moyenne de 15 fraudeurs à l’heure. Avec ce petit calcul non scientifique, on arrive à plusieurs milliers de fraudeurs pour l’ensemble de la journée et des 68 stations. C’est beaucoup d’argent qui file entre les doigts de la STM.  

Même si la société a refusé de dévoiler les chiffres qu’elle possède à l’interne, plusieurs sources m’ont indiqué que les pertes seraient de 20 à 25 M$ par année. À Toronto, à titre d’exemple, une récente étude a montré que plus de 60 M$ sont perdus chaque année à cause de la fraude, un chiffre qui avait été sous-estimé par les autorités.  

« Que l’impact soit direct ou non, ceux qui payent ce manque à gagner sont clairement les usagers honnêtes, qui subissent des hausses de coûts chaque année », fait valoir François Pépin, employé retraité de la STM en 2013 et aujourd’hui président de Trajectoire Québec.  

Pas peur de se faire pincer  

La tâche d’intercepter les fraudeurs revient en ce moment aux 160 inspecteurs de la STM. Gare à ceux qui prennent le risque de sauter les tourniquets. L’amende est de 223 $.  

« Quand les gens déjouent le système, c’est parce qu’ils estiment avoir peu de chance de se faire pincer. Il faut rendre la menace plus visible », fait valoir Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme de l’Université de Montréal.  

Le nombre d’inspecteurs pour les 68 stations de métro et 221 lignes d’autobus n’a pas changé depuis 2009. Toutefois, le nombre d’usagers ne cesse d’augmenter. La hausse était de 5 % seulement l’an dernier. Plus de 1,4 million de personnes se déplacent chaque jour dans le réseau.  

« C’est certain que ça pourrait aider d’être plus nombreux », fait valoir Pierre-Yves Bélanger, vice-président de la Fraternité des constables et inspecteur à la STM, ajoutant du même souffle que l’interception des fraudeurs représente 30 % de leur temps, le reste étant divisé entre la gestion des foules et le service à la clientèle.  

► Daphnée était au micro de QUB radio pour discuter de son reportage:

 


AMENDE SALÉE

  • 223 $ | Si on n’acquitte pas son droit de passage 
Source : STM

MOYENNE DE CONSTATS ÉMIS PAR LES INSPECTEURS STM

  • 9500 par année   
  • 26 par jour pour un total de 1,4 M$
Ces chiffres ne concernent que les constats émis pour ne pas détenir de titre de transport valide et la moyenne se base sur les deux dernières années.

PERTES ENGENDRÉES PAR LA FRAUDE  

  • 25 M$
Estimation basée sur des documents et des statistiques provenant de sources confidentielles.

Tarif social : solution à la fraude ?  

Pour contrer la fraude, des sociétés de transport, comme celle de Berlin, optent pour un système de paiement basé sur l’honneur. Il n’y a aucun tourniquet et les ressources financières sont concentrées dans un plus grand nombre de contrôleurs.  

D’autres transporteurs investissent dans un système de portillons plus difficile à déjouer, comme c’est le cas à Paris et à New York. Des experts font plutôt valoir que la solution réside dans un tarif de transport en commun basé sur le revenu.  

« Tous les jours, nous faisons face à des enjeux de pauvreté, des gens qui ont des besoins de déplacement, mais pour qui le prix est juste trop cher », relate Pierre-Yves Bélanger, du Syndicat des inspecteurs.  

La tarification sociale n’est peut-être pas l’unique solution à la fraude, mais c’est une piste intéressante, qui est d’ailleurs étudiée par le gouvernement actuellement.  

70 illégaux en seulement une heure !  

À la sortie ouest de la station de métro De l’Église, un portillon en plastique était cassé lorsque j’y suis allée avec ma caméra cachée. En une heure, j’ai vu 70 personnes utiliser cette entrée illégale.  

Évidemment, plusieurs usagers qui ont détourné les tourniquets devaient tout de même avoir un titre de transport valide en main, mais ça reste un nombre impressionnant.  

Pourquoi est-ce ainsi ? En 2014, la STM a procédé à l’abolition de près de 50 postes d’agents de station dans le métro, en justifiant un manque à gagner de 20 M$ dans le budget annuel. Ces secteurs sont clairement invitants pour les fraudeurs.  

« Si on a coupé des postes pour sauver de l’argent, mais qu’on perd plus de revenus à cause de la fraude, ça veut dire qu’il faut remettre les employés », affirme François Pépin, président de Trajectoire Québec et retraité de la STM depuis 2013.  

Opus a-t-elle vraiment diminué la fraude ?  

La Société de transport de Montréal affirme que l’arrivée de la carte Opus a permis de faire chuter de moitié la fraude dans le réseau de métro et d’autobus. Mais est-ce vraiment le cas ?  

Grâce à ce nouveau système de validation du titre de transport, les inspecteurs peuvent dorénavant contrôler les usagers une fois passés les tourniquets. « Le système Opus nous permet de pincer plus de gens, mais je ne pense pas que le ratio de personnes qui fraudent a changé pour autant », fait valoir le VP de la Fraternité des constables et inspecteur à la STM, Pierre-Yves Bélanger.  

Malgré mes demandes répétées à la STM (et les demandes d’accès à l’information du conseiller municipal Marvin Rotrand), on a refusé de dévoiler les données internes sur la fraude, en justifiant que ce sont des chiffres « non scientifiquement valables » qui se basent sur le nombre de personnes interceptées lors des opérations de contrôle.

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