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Femmes en sciences svp

Hidden figures
Photo courtoisie Le film Les figures de l’ombre, sorti en 2016, a reçu deux nominations aux Oscars. Taraji P. Henson joue le rôle de Katherine Johnson.

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La science en prend plein la gueule ces jours-ci. Quand il ne s’agit pas de l’opposition irrationnelle à la vaccination, les demi-vérités auxquelles s’accrochent les climatosceptiques pour justifier de faire l’autruche devant l’évolution du climat repoussent les limites de la réelle connaissance au profit du profit.

Alors qu’elle connaît un âge d’or avec la recherche sur l’intelligence artificielle, la science n’intrigue plus les jeunes comme à l’époque des vols lunaires. À gauche, on accuse la science de s’être alliée aux forces capitalistes et à la mondialisation et de placer le bien de l’humanité en dernier.

À droite, tout cela est souvent vu comme un gros gaspillage.

Trou noir

Mais la semaine dernière, quelque chose d’extraordinaire a chatouillé la fibre scientifique de l’humain, partout sur le globe. Je parle de la première photo d’un trou noir supermassif, l’équivalent de 65 millions de soleils, situé à 55 millions d’années-lumière de nous, au cœur de notre Voie lactée.

Tout à coup, les sujets d’étude STEM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) pourraient redevenir sexy.

Et ils le deviennent encore plus quand nous apprenons que nous devons cette photo historique à une jeune informaticienne américaine de 29 ans, Katie Bouman, et à son équipe de scientifiques.

Après des études en ingénierie électrique et un doctorat du Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle se joint à l’équipe de Harvard qui travaille sur un projet d’imagerie d’un trou noir. Elle sera responsable de l’algorithme qui a permis de « voir » le trou noir.

Les femmes qui choisissent une carrière scientifique m’impressionnent au plus haut point, surtout quand il s’agit de mathématiques et d’informatique avancées. C’est notre place, mais peu l’ont prise. Mais ce n’est pas une question de talent.

N’oublions pas que Marie Curie est la seule personne à avoir reçu deux prix Nobel dans deux domaines scientifiques différents : la physique en 1903 et la chimie en 1911.

Si les femmes se tournent volontiers vers les sciences de la santé, les sciences dites « dures » en rebutent plus d’une. Les femmes demeurent minoritaires en technologies numériques, en ingénierie et en informatique.

L’ambiance dans certaines facultés d’informatique serait hostile aux femmes et l’enseignement des maths au secondaire serait déficient pour nombre d’étudiantes. Il existe encore des profs pour claironner que les filles sont bonnes en français, mais pas en maths. Un stéréotype qui n’a pas lieu d’être.

Maintenant c’est demain

La société du futur se construit maintenant. Si les femmes évitent les sciences, le pouvoir de demain ira aux hommes. Comme celui d’hier. Rien ne changera. Nous, esthéticiennes ou secrétaires à petits salaires. Les gars, des ingénieurs gras dur, respectés et responsables du monde.

Et pourtant, une Afro-Américaine, Katherine Johnson, calculait à la mitaine les trajectoires des vols habités de la NASA, y compris Apollo 11. John Glenn, premier Américain en orbite, avait insisté pour que Katherine Johnson vérifie les calculs déjà effectués par les ordinateurs. Sinon, il ne décollerait pas.

En plus de calculer la trajectoire de vaisseaux spatiaux de la NASA pendant 35 ans, Katherine Johnson a démontré aux ségrégationnistes qu’une femme noire peut faire – et parfois mieux – le travail d’un mathématicien blanc.

Go, les filles !