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Un autre psychodrame culturel

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Vous vous souvenez du psychodrame de Kanata ? Un homme blanc (Robert Lepage) était accusé d’appropriation culturelle parce qu’il racontait une histoire autochtone sans avoir recours à des comédiens autochtones.

Je trouvais ce concept d’appropriation culturelle complètement tiré par les cheveux : le propre de la culture, c’est de faire des emprunts, des échanges.

Mais le concept est encore plus tordu que je ne pensais. Croiriez-vous que des autochtones s’accusent entre eux d’appropriation culturelle ?

CHAMAILLAGE CULTUREL

Comme nous l’apprenait Radio-Canada le 1er avril (et ce n’était pas un poisson d’avril ), « Des artistes inuits ne participeront pas aux prix Indigenous Music Awards (IMA), estimant qu’une chanteuse crie, nommée dans la catégorie ‘‘meilleur album folk’’, s’approprie le chant de gorge de style inuit ».

Au moins, l’été dernier, les choses étaient à peu près claires : « Si tu es blanc, pas touche à la culture autochtone. Tu es le représentant d’une culture opprimante, un colonialiste et tu dois respecter la culture des premières nations, que tes ancêtres ont souillée ». Mais en quoi le fait qu’un artiste autochtone fasse des chants de gorge d’un autre groupe autochtone est un crime de lèse-majesté ? Elle est où l’oppression ?

Quand Robert Lepage touche à la culture autochtone, c’est très vilain... parce qu’il est blanc. Mais tu ne peux même pas toucher à la culture autochtone de ton voisin (inuit) si tu es autochtone (crie) mais pas de la même origine autochtone que ton voisin (inuit) ? Hmmm, c’est pas très « inclusif », cette attitude...

Toute cette histoire des Indigenous Music Awards est la preuve la plus éclatante que ce concept d’appropriation culturelle est une fumisterie, uniquement destinée à créer des bisbilles inutiles.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Vous connaissez l’expression : « Il vaut mieux bâtir des ponts que de construire des murs » ?

Si ça s’applique en politique, pourquoi pas aussi en arts ?

Il y a des centaines de situations graves qui touchent de plein fouet les communautés autochtones au Canada (santé, dépendance, violence, etc.). Me semble que c’est plus urgent comme dossier que de se plaindre d’une émission de télé intitulée Pow pow ou du fait qu’une autochtone chante une toune qui n’est pas propre à sa culture.

AS COMADRES

En voulez-vous une bonne ? Quel est le nom de la grande femme de théâtre française qui devait présenter la pièce Kanata de Robert Lepage, et qui s’est fait barouetter par les militants qui exigeaient que tous les rôles autochtones soient tenus pas des autochtones ? C’est la brillante Ariane Mnouchkine.

Et que fait-elle, ces jours-ci, Madame Mnouchkine ? Elle présente au Brésil une reprise du spectacle musical Les belles-sœurs, de Michel Tremblay, René-Richard Cyr et Daniel Bélanger.

Ben oui, les amis, Germaine Lauzon, Marie-Ange Brouillette et toute la trôlée de personnages bien de chez nous seront jouées par des Brésiliennes qui n’ont RIEN de québécois.

La voyez-vous, l’ironie ? Personne au Québec ne s’est plaint d’appropriation culturelle, personne n’a manifesté devant le théâtre parce que des actrices d’Amérique du Sud incarnaient des ménagères du Plateau Mont-Royal. C’est ça, la culture. Ça s’appelle échanger, s’amuser à se glisser dans la peau de l’autre.

Vous savez quoi ? C’est ça, le vivre-ensemble.