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Tourner la page, vraiment ?

Tourner la page, vraiment ?
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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Le message du premier ministre François Legault est clair. Avec son projet de loi 21 sur la laïcité, il dit vouloir « tourner la page », enfin. L’intention est louable, mais la réalité est tout autre. Au lieu de tourner la page, il vient plutôt d’en ouvrir un énième chapitre.

Remercions néanmoins les intégristes religieux d’Adil Charkaoui et les hauts cris francophobes du maire Bill Steinberg comparant le projet de loi à du « nettoyage ethnique ». Leurs attaques hystériques auront servi de leçon à ceux et celles qui, pour ou contre le projet de loi, seraient tentés de verser dans le même délire complotiste.

Saluons ainsi la déclaration commune présentée hier par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et le chef de l’opposition, Lionel Perez. À quelques bémols près, leur appel à préserver la diversité montréalaise des effets possiblement délétères de l’interdiction des signes religieux jusqu’aux enseignants, était mesuré et réfléchi.

Idem pour les textes éclairants d’opinion qui, pour ou contre le projet de loi, se multiplient dans les médias. De nombreux intellectuels sortent aussi de leurs terres pour prendre part au débat. Comme quoi, il n’y a pas que du fanatisme dans l’air. Il n’en reste pas moins un os de taille. L’interdiction proposée de signes religieux ne repose sur aucune étude documentée prouvant qu’ils posent problème dans nos écoles.

Passage clé

Certains lanceront tout de même que la déclaration de l’hôtel de ville de Montréal pour une « laïcité ouverte » est un appel à la partition politique et à la désobéissance civile. Or, il n’en est rien. Ce plaidoyer montréalais s’inscrit plutôt dans le débat qui s’amorce en vue de la commission parlementaire sur le projet de loi 21. Car débat il y a. Et débat il y aura.

Le passage clé est ici : « La Ville de Montréal réaffirme le caractère inaliénable du principe de laïcité ouverte afin de construire un espace public qui soit à l’image du Montréal et du Québec du XXIe siècle et de rassembler les Montréalaises et Montréalais de toutes convictions et de toutes origines. »

Et vous savez quoi ? Cette « différence » montréalaise ne se joue pas contre les régions. Elle ne plaide pas non plus pour une quelconque « supériorité » en matière d’inclusion. La population montréalaise est d’ailleurs sûrement plus divisée sur le sujet qu’on ne le pense.

Compromis

Comme toutes les grandes villes, la diversité montréalaise est tout simplement un fait objectif. Elle l’est sur le plan démographique, culturel, social, religieux et ethnique. D’où la vraie question à poser en termes de politiques publiques. Que l’on soit pour ou contre le projet de loi 21, l’interdiction ciblée de signes religieux fera-t-elle plus de tort ou plus de bien au tissu social montréalais et, ce faisant, à la société québécoise dans son ensemble ?

Au-delà des grands énoncés de principes s’accumulant de part et d’autre de la clôture, c’est à cette question essentielle que nous devons tous réfléchir, ensemble. Le premier ministre Legault s’est dit « ouvert » à des compromis. Ça tombe bien. Il en faudra.