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Les animaleries anticipent tout un casse-tête

La nouvelle politique de gestion animalière de la Ville les obligera à vendre des chats stérilisés

Propriétaire Animalerie Dyno Simon Rodrigue
Photo Jean-Luc Lavallée Propriétaire de sept animaleries Dyno sur le territoire de la ville de Québec, Simon Rodrigue a cessé de vendre des chiens en magasin depuis six mois, mais il continuera à vendre des chats, même s’ils se font de plus en plus rares dans ses succursales.

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Loin de s’opposer à l’obligation de stériliser les chats vendus dans leurs succursales, deux propriétaires d’animaleries à Québec anticipent toutefois un sérieux casse-tête et annoncent qu’ils refileront la facture à leurs clients. 

«On n’a pas été consultés par la Ville. Quand ils veulent notre aide, ils nous appellent vite, mais quand ils veulent nous imposer des règlements, ils ne nous parlent même pas», déplore en entrevue le propriétaire de sept animaleries Dyno à Québec, Simon Rodrigue, en réaction au dévoilement de la nouvelle politique de gestion animalière la semaine dernière. 

La politique confirme l’intention de rendre obligatoire la stérilisation afin de «contrôler» la population féline. «Les chats placés en adoption ou vendus dans un refuge ou un lieu commercial doivent être stérilisés et micropucés», peut-on lire, sans plus de détails. 

Cette nouvelle règle, qui était passée un peu sous le radar en raison des mesures controversées sur les «chiens à risque», devrait normalement entrer en vigueur le 1er janvier 2020. 

Le président de la SPA de Québec, Félix Tremblay, applaudit cette mesure «porteuse» qui, selon lui, va «fermer le robinet de la reproduction non contrôlée» et contribuer à réduire les colonies de chats errants. 

Un règlement injuste? 

Sur le fond, l’animalerie Dyno est d’accord avec l’obligation de stériliser les chats qu’elle vend et entend s’y conformer, mais le règlement est injuste à ses yeux puisqu’il vise les commerces et qu’il n’aura aucun effet sur les particuliers qui «vendent sur Kijiji». L’obligation de stérilisation entraînera aussi un surplus de travail et des conséquences financières qu’il faudra inévitablement refiler à la clientèle. 

Environ 180 $ par chat 

Stériliser un chat coûte environ 150 $, alors que le micropuçage (qui consiste à insérer une puce électronique de la taille d’un grain de riz sous la peau de l’animal pour l’identifier) coûte 30 $ à Québec. 

«On les fait déjà vacciner, on les vermifuge aussi, mais s’il faut les faire stériliser, c’est d’autres frais et les prix vont être plus élevés, évidemment. On ne peut pas stériliser non plus un chat de deux mois... Il faut attendre. Et après l’opération, il y a une période tampon pour les garder, le temps que les points [de suture] soient fondus et qu’il n’y ait pas d’infection. Je ne peux pas absorber les coûts de ça. C’est quand même une bonne gestion.» 

«À deux mois, qu’est-ce qu’on fait?» 

Paul Latendresse, de la Boutique Tropicale sur l’avenue Cartier, appuie la politique de la Ville, mais il anticipe la même «problématique» que son concurrent. «Si nous recevons des chatons à deux mois, qu’est-ce qu’on fait?», se demande-t-il. 

«Il faudrait que la Ville vienne nous parler pour qu’on trouve des solutions parce que la clinique vétérinaire avec qui on fait affaire juge bon de stériliser un mâle à partir de trois mois et une femelle à partir de quatre mois, et on est d’accord avec ça», a-t-il précisé. 

Il suggère de faire payer à l’avance le coût de la stérilisation pour inciter les clients à revenir chez le vétérinaire quelques semaines après la transaction. 

La chaîne d’animaleries Dyno renonce à la vente de chiens 

Échaudée par les commentaires négatifs sur les réseaux sociaux et la mauvaise presse, la chaîne d’animaleries Dyno a cessé de vendre des chiens à sa clientèle depuis plus de six mois. 

«On a écoulé tranquillement les animaux et, à partir du 1er novembre, on n’en avait plus dans nos magasins», confie le propriétaire de la chaîne, Simon Rodrigue, en entrevue. 

Conscient des critiques répandues sur le traitement des animaux, particulièrement au sujet des chiens, M. Rodrigue se désole des «fausses» perceptions du public et regrette qu’au fil du temps plusieurs personnes aient associé, à tort dit-il, les animaleries comme les siennes au phénomène des usines à chiots. 

Sa condamnation aux petites créances, l’an dernier, en raison de la vente d’un chiot porteur d’une maladie héréditaire, a été la goutte qui a fait déborder le vase. 

«Personne ne pouvait voir ça venir», se défend-il. «Je ne crois pas qu’on faisait une mauvaise job, on s’était améliorés beaucoup dans les dernières années sur les procédures et tout ce qui est fait avant que l’animal arrive chez nous», ajoute-t-il. Soucieux de redorer l’image de l’entreprise, il a fini par abdiquer, excédé par ses détracteurs. 

Une tendance mondiale 

«Les gens nous faisaient mal paraître. Les journalistes aussi, aussitôt qu’il y avait une petite affaire, c’est super populaire de taper sur les animaleries, alors on a fait comme un peu partout au pays et même dans le monde : les animaleries ne vendent plus de chiens.» 

«Pour les chats, on dirait que le problème n’est pas vraiment là. On fait affaire avec un refuge et on vend encore un peu de chats de race, mais pas beaucoup. Je ne peux pas prédire l’avenir... On verra dans cinq ou dix ans.»