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[PHOTOS] Inondations à Beauceville: son restaurant est une «perte totale»

Inondation à Beauceville : Son restaurant est une «perte tota
Dominique Lelièvre

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Alors que les résidents de Beauceville craignent un deuxième coup d'eau, un commerçant, pour sa part, n’a plus rien à perdre: son restaurant et son bar du boulevard Renault sont selon lui une «perte totale».  

«Ma bâtisse est scrap, que veux-tu qu’il arrive de plus?» lance, résigné, Marquis Fortin, propriétaire du restaurant Normandie, ouvert depuis près de 80 ans, et du Bar l’Entracte. 

Inondation à Beauceville : Son restaurant est une «perte tota
Photo Dominique Lelièvre

En l’espace de quelques minutes, mardi, l’eau a envahi le sous-sol et les salles à manger. Les sacs de sable installés près des entrées n’ont été d’aucune utilité. 

Bruits sourds

Soudain, M. Fortin, qui était à l’intérieur, a entendu deux bruits sourds. L’un d’eux provenait sans doute du système de son qui a lâché. L’autre ressemblait à «une explosion ou à une implosion», raconte M. Fortin. Puis une fuite de gaz s’est déclarée. 

«Il y avait comme une pression ou une contre-pression, je ne sais pas comment l’expliquer. Les feuilles se promenaient partout», dit Marquis Fortin. Comme si l’air, au sous-sol, poussé par l’eau, tentait de s’échapper. 

Inondation à Beauceville : Son restaurant est une «perte tota
Dominique Lelièvre

Aujourd'hui, les employés étaient sur place pour constater les dégâts. Une fondation de l’immeuble s’est effondrée sur plusieurs mètres et un trou béant laisse la lumière du jour pénétrer au sous-sol.  

L’étage du bar est condamné. La structure même de l'immeuble a été endommagée. «Le plancher descend d’un pied, deux pieds. On ne peut pas marcher dedans, ça peut écraser.»  

Il veut rouvrir

L’homme de 54 ans, dans la restauration depuis la vingtaine, n’est pas propriétaire de l’immeuble, mais, au fil des ans, il a investi plus de 600 000 $ de sa poche dans ses commerces. 

Inondation à Beauceville : Son restaurant est une «perte tota
Dominique Lelièvre

M. Marquis ignore encore s’il faudra reconstruire ou si une partie des lieux est récupérable. Il ne sait pas si son assureur pourra l’aider, mais il regarde déjà en avant. 

«Il y a des commerces qui ne rouvriront pas. Certains ont baissé les bras. Moi, je ne veux pas baisser les bras. Mais je ne peux pas réinvestir 300 000, 400 000 $ ici à mon âge», dit-il. 

Inondation à Beauceville : Son restaurant est une «perte tota
Dominique Lelièvre

L’embâcle toujours à Beauceville

À Beauceville, 100 % des 230 résidences et des 70 commerces inondés mardi sont de nouveau accessibles à leurs propriétaires. Ces derniers doivent obtenir l’autorisation de réintégrer les bâtiments en se présentant à l’un des deux postes de contrôle. 

La municipalité tourne au ralenti, puisque nombre de commerces, dépanneurs et restaurants ayant subi l'inondation sont toujours fermés. Même le IGA, le seul supermarché de Beauceville, n’a pas ouvert ses portes jeudi. Selon nos informations, une importante quantité de denrées a dû être jetée pour se conformer aux normes gouvernementales.

«L’embâcle a progressé un peu au nord et se dirige tranquillement vers la municipalité de Saint-Joseph. Cependant, il est toujours intact. On parle d’un embâcle de 3 à 4 kilomètres. Il n’a pas quitté notre territoire et il n’est pas parti en eau libre», a indiqué ce matin le coordonnateur des mesures d'urgence de Beauceville, Félix Nunez. 

Le risque d’une autre inondation est bien réel, puisqu’on attend 25 à 50 millimètres de pluie jusqu’à samedi et que le débit en amont de la rivière Chaudière pourrait atteindre 1400 mètres cubes samedi. 

«C’est énorme. Pour vous donner une idée, entre lundi et mardi, on a eu un maximum de 600 mètres cubes. Combiné à la fonte des neiges, il va falloir être prudent», dit M. Nunez. 

Un tel débit pourrait avoir pour effet de débloquer l’embâcle qui se trouve actuellement à la hauteur de la route du Golf, mais il pourrait aussi entraîner un important débordement si les glaces ne cèdent pas. 

Les résidents craignent une deuxième inondation. «On dit que la rivière revient toujours chercher ses petits», lance avec une pointe d'inquiétude Réjean Gagné, faisant allusion aux immenses morceaux de glace que la rivière a envoyés mardi sur le terrain des résidences de l’avenue Lambert. 

Hôtel de ville endommagé

À cela s’ajoute un autre problème pour la municipalité: l’hôtel de ville a subi des dégâts de «plusieurs centaines de milliers de dollars», selon Félix Nunez, qui est aussi directeur général de la ville. 

«Le premier étage a eu trois pieds d’eau. Tous les bureaux du premier étage sont finis, car contaminés.» Il faudra donc reloger les services municipaux pour une durée indéterminée. 

Beauceville ajoute que le déploiement des mesures d’urgence et le nettoyage des rues lui ont occasionné des frais importants qui, cependant, n'ont pas encore été évalués. L'administration envisage de demander l'aide de Québec et d'Ottawa. 

«Soyez assurés que ces deux paliers de gouvernement vont être sollicités dès la semaine prochaine», indique M. Nunez.

Embâcle toujours présent

Par ailleurs, l’embâcle est toujours présent à la sortie nord de la ville. Une cinquantaine de clients sont aussi toujours privés d’électricité. Devant la possibilité d’une autre crue, la municipalité recommande fortement d’évacuer dès maintenant les biens situés au sous-sol.

Avec la collaboration de Jean-François Racine