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Un pont, c’est facile

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Annoncer un nouveau pont, pour un gouvernement, c’est facile : tout le monde est de bonne humeur et ça fait de belles photos. Mais les véritables décisions importantes sont celles qui bien souvent ne plaisent pas.

Cette judicieuse réflexion est venue de Bernard Lord, de passage à Québec, hier, à l’invitation du Cercle d’affaires des bleuets de Québec. Il y a 20 ans, M. Lord devenait l’un des plus jeunes premiers ministres de l’histoire du Nouveau-Brunswick. Charismatique et très articulé, il a été courtisé au fédéral, mais a mis fin à sa carrière politique en 2006, après une défaite au provincial.

Appelé à parler de sa décision la plus difficile en politique, ce natif de Roberval dont la mère est Québécoise et le père Néo-Brunswickois a rappelé la fermeture de plusieurs hôpitaux en 2004. Il souhaitait alors réorganiser le réseau.

M. Lord a souligné l’importance d’expliquer de telles décisions à la population. « Lorsque les convictions sont claires, tout comme les raisons derrière une décision, et qu’on les a bien expliquées, ça devient plus facile. »

C’est différent avec l’annonce d’un pont, a-t-il souligné. « On ne le construit même pas, le pont, ce sont des ingénieurs qui le font, et on prend l’argent des contribuables, a-t-il exposé. Tout le monde aime ça [en politique]. Mais en vérité, les décisions parfois les plus importantes sont celles qui peuvent ne pas être plaisantes. »

Sans même qu’il l’ait évoqué, on peut aisément tracer un parallèle avec le contexte qui sous-tend le projet de troisième lien, promis par la CAQ en accéléré, sans même pouvoir se baser sur une seule étude de besoins. Le gouvernement Legault y a injecté 325 M$ dans son premier budget, afin de réaliser les plans et devis, toujours sans disposer d’étude.

Débat sur la laïcité

M. Lord n’a pas l’intention de critiquer les décisions du gouvernement du Québec, et ça vaut pour le débat entourant le projet de loi sur la laïcité, sur lequel il ne souhaite pas se prononcer. Il dira simplement que « les débats sont sains dans une société », mais à condition que les opinions puissent être réconciliables.

L’ex-premier ministre dirige, depuis trois ans, la société d’assurance en soins médicaux sans but lucratif Medavie (Croix Bleue). Il siège aussi à divers CA, dont celui de l’Ontario Power Generation. « Je n’ai aucun plan pour revenir en politique », a-t-il souligné lorsque questionné sur la tendance qui se dessine au pays, notamment avec l’élection d’un conservateur en Alberta.

« Est-ce que ça me motive ? Si je revenais en politique, ça ne serait aucunement à cause d’événements comme ça. Si je retournais, ce ne serait pas parce que j’y verrais une occasion, ce qui serait facile [...] Encore une fois, je n’ai aucun plan, mais il faudrait que ce soit une raison de politique publique qui me motive. »

Ça manque

Pas de doute, en cette ère où populisme et extrémisme ont la cote à l’échelle de la planète, la politique canadienne aurait besoin de plus de gens comme Bernard Lord. Un conservateur qui peut parler avec conviction d’environnement, de changements climatiques et de distribution de la richesse, tout en s’inquiétant pour le déficit, ça manque.

En fait, non seulement M. Lord n’a rien perdu de son charisme, mais il tient toujours un discours articulé et surtout nuancé, qualité qui, malheureusement, se perd dans le monde politique.