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Une rencontre Poutine-Kim vue d'un bon oeil

Une rencontre Poutine-Kim vue d'un bon oeil
AFP

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VLADIVOSTOK | «S'il se passe quelque chose, ça nous tombera dessus!»: à Vladivostok, en Extrême-Orient russe, les habitants perçoivent plutôt positivement la possibilité d'accueillir la première rencontre entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un, dans une ville aux portes de la péninsule coréenne.

Après des mois de rumeurs, le Kremlin a annoncé jeudi qu'un sommet entre le président russe et le sulfureux dirigeant nord-coréen devait se tenir en Russie avant la fin avril, sans donner plus de détails pour des «raisons de sécurité».

Perçu par les spécialistes comme un moyen pour Moscou d'avoir son mot à dire dans ce dossier brûlant de la politique internationale, ce sommet devrait avoir lieu à Vladivostok, avancent plusieurs médias russes, évoquant le fait que Poutine sera en route pour un forum économique en Chine.

La proximité de cette ville portuaire de 600 000 habitants --à seulement 130 kilomètres de la frontière nord-coréenne-- conviendrait au dirigeant nord-coréen de 35 ans, qui se déplace le plus souvent dans son train blindé.

«Ce serait très intéressant qu'il vienne chez nous. Cela aurait une dimension vraiment mondiale et ce serait un nouveau coup de pouce pour le développement de notre ville», se réjouit Nadejda, une institutrice native de Vladivostok.

Cette annonce intervient alors que les négociations entre Pyongyang et Washington sur le programme nucléaire nord-coréen sont à nouveau dans l'impasse.

Après le fiasco de la deuxième rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un, en février au Vietnam, un nouveau round de négociations avec Washington s'est soldé par un échec, Pyongyang annonçant dans la foulée avoir testé un nouveau missile.

Disposant d'une frontière terrestre d'une vingtaine de kilomètres avec Pyongyang, en plus des presque 300 km de frontière maritime, la Russie est directement concernée par les tensions dans la péninsule coréenne, même si elle n'a jamais joué un rôle de premier plan dans ces négociations.

«Ce n'est bien sûr pas très rassurant de savoir qu'il fait des espèces d'expériences (nucléaires, ndlr) à proximité immédiate de chez nous. Et ceux qui paniquent le plus à cause de la Corée du Nord vivent confortablement de l'autre côté d'un océan», commente Anna en faisant référence aux Américains.

«Et s'il se passe quelque chose, ça nous tombera dessus !», lance la jeune femme.

Danil, un étudiant de l'université d'Extrême-Orient, est lui aussi favorable au principe d'une rencontre, «que ce soit avec un ennemi ou un ami». Il assure ne pas avoir peur, car «c'est seulement en dialoguant, en échangeant, qu'on peut prendre des décisions.»

Principal port russe du Pacifique, Vladivostok a peu l'habitude des grandes rencontres internationales. Le Kremlin y organise néanmoins depuis 2015 un forum économique qui se veut le pendant oriental de celui de Saint-Pétersbourg (nord-ouest).

Moscou maintient de bonnes relations avec Pyongyang, même si elles sont loin des sommets atteints pendant l'époque soviétique. L'an passé, M. Poutine avait exprimé tacitement son soutien au régime en déclarant «qu'il semble contre-productif de tout demander aux Nord-Coréens et qu'ils ne reçoivent rien en échange».

La dernière rencontre entre des chefs d'Etat russe et nord-coréen remonte à 2011. A l'époque, le père de Kim Jong Un, Kim Jong Il, s'était rendu en Sibérie pour rencontrer Dmitri Medvedev, l'actuel Premier ministre russe qui était alors président.

L'institutrice Nadejda affirme ne pas craindre le programme nucléaire nord-coréen et espère plutôt avoir un jour la possibilité de visiter ce pays très fermé, si proche mais si éloigné.

«J'aimerais beaucoup partir là-bas, à Pyongyang, voir comment c'est. Ce sera probablement une visite sous surveillance, comme on dit, mais ça ne me fait pas peur».