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Fous de leurs idoles: bienvenue dans l’univers des rock-trotters

Ces passionnés parcourent des kilomètres et dépensent des dizaines de milliers de dollars pour voir leurs idoles

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​Certains achètent des billets de saison du Canadien, d’autres jouent au golf tous les jours. Eux préfèrent utiliser leurs économies pour suivre leurs idoles au Québec, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde. Ils peuvent voir le même concert des dizaines de fois et ils ne ratent jamais une occasion de se faire prendre en photo et de fraterniser avec leurs artistes favoris. Bienvenue dans l’univers des rock-trotters.

100, 200, et jusqu’à 468 fois. Quand le cœur d’un fan aime un artiste, il n’y a pas de limite. C’est ce que Le Journal a pu constater dans le cadre d’une série d’entretiens avec des admirateurs dont la dévotion envers leurs idoles sort de l’ordinaire.

Suzie Provost est un cas. Elle a vu Éric Lapointe en concert 468 fois! «Il faut vraiment que je l’aime», confie-t-elle.

Suzie Provost a suivi son idole Éric Lapointe jusqu’aux îles Turquoises, en 2012.
Photo courtoisie
Suzie Provost a suivi son idole Éric Lapointe jusqu’aux îles Turquoises, en 2012.

Et comment !

«J’ai noté tous les endroits où je suis allée et le nombre de shows pour chaque tournée. C’était fou, j’étais folle, j’étais une fan...», confesse pour sa part Michèle Garneau, qui a été témoin de 266 concerts d’Alain Morisod et Sweet People, au Québec et en Suisse.

La Française Christine Fois a consigné dans un fichier Excel les détails de ses 300 rencontres avec son idole Roch Voisine en Europe et au Québec. Avec la date, le lieu et les gens qui l’accompagnaient. Quand la dernière tournée a pris fin, elle avait vu ou rencontré le chanteur acadien 299 fois.

La Française Christine Fois a visité plusieurs fois le Québec pour y voir Roch Voisine. Ici, elle l’a retrouvé à Saguenay, à l’été 2018.
Photo courtoisie
La Française Christine Fois a visité plusieurs fois le Québec pour y voir Roch Voisine. Ici, elle l’a retrouvé à Saguenay, à l’été 2018.

«J’étais un peu contrariée, raconte-t-elle. Alors j’ai eu l’occasion d’entrer dans une répétition, un après-midi, avec une amie. Ça m’a fait mes 300 fois, en 30 ans.»

Suivre un artiste pas à pas permet de faire du tourisme. Le président du chapitre de Québec du fan-club de Metallica, Robert Côté, ira en Europe pour la première fois de sa vie pour voir ses favoris. Oubliez les destinations évidentes comme Paris ou Londres. Ce sera Moscou et l’Estonie.

Robert Côté a eu l’occasion de voir Metallica de près, comme ici, à Heavy Mtl, en 2014.
Photo courtoisie
Robert Côté a eu l’occasion de voir Metallica de près, comme ici, à Heavy Mtl, en 2014.

«Je suis content que ce soit quelque chose de fucké comme ça», dit celui qui ne voit pas ce qu’il y a de si fou dans sa passion. «Il y a des gens qui ont des billets de saison au hockey et vont voir 60 parties par saison», fait-il valoir.

Jamais deux concerts pareils

Vouer un tel culte à un artiste, on s’en doute, suscite de la curiosité, parfois même de l’incompréhension dans l’entourage de ces fans finis. La question qui revient le plus souvent: tu n’es pas tanné(e) de voir le même spectacle?

«Mais ce n’est jamais le même spectacle», répond Michel Drolet, un mordu de Marillion qui a vu le groupe dans huit pays. «En partant, ce n’est pas la même salle ni la même foule. Et puis, les gars de Marillion savent qu’il y a toujours plein de fans qui les suivent d’un endroit à l’autre, alors ils ne chantent pas toujours les mêmes chansons.»

Au fil du temps, Michel Drolet (à gauche) a gagné le respect de Steve Hogarth, du groupe Marillion, qu’il a notamment vu à Leeds, en 2008.
Photo courtoisie
Au fil du temps, Michel Drolet (à gauche) a gagné le respect de Steve Hogarth, du groupe Marillion, qu’il a notamment vu à Leeds, en 2008.

«C’est toujours différent. Ça peut arriver un soir qu’il y ait un fou rire, sinon c’est autre chose», opine Michèle Garneau.

N’allez pas croire que ces admirateurs se comportent comme des paparazzi et traquent leurs artistes préférés jusque à leurs résidences. La plupart d’entre eux nous ont confié savoir à quel moment se retirer pour ne pas importuner.

«Il faut savoir respecter ça quand l’artiste ne veut voir personne», signale Nathalie Thibault, une fan d’Iron Maiden.

Une passion qui coûte cher

Outre leur passion à la limite de l’obsession, tous les fanatiques à qui nous avons parlé ont en commun de n’avoir aucune idée des sommes qu’ils ont investies pour suivre leurs idoles et acheter des produits dérivés.

Ils estiment tous avoir déboursé des dizaines de milliers de dollars, si ce n’est au moins une centaine pour certains, sans être en mesure de déterminer un montant précis.

«Je n’ai jamais voulu compter ce que ça pouvait coûter», avoue Suzie Provost.

Priorité Maiden

Michel Nadeau, qui a vu Iron Maiden 132 fois en Amérique et en Europe, partage sa passion avec sa femme Nathalie Thibault et sa fille. En conséquence, le budget familial et les priorités sont établis en fonction de l’horaire de tournée du groupe britannique.

Michel Nadeau et sa fille Noémie en 
compagnie de Steve Harris (à gauche), d’Iron Maiden, à Paris, en 2018.
Photo courtoisie
Michel Nadeau et sa fille Noémie en compagnie de Steve Harris (à gauche), d’Iron Maiden, à Paris, en 2018.

«Ça demande beaucoup de planification pour avoir les meilleurs prix possible pour les billets. Nous sommes une famille de la classe moyenne alors on trouve des façons », indique Mme Thibault.

«Notre char a dix ans pis il est rouillé», enchaîne M. Nadeau.

Fou? Excessif? Sûrement, reconnaissent-ils tous. Mais c’est une passion comme une autre, insiste Mme Garneau.

«Certains dépensent pour un chalet, un bateau, moi c’est pour la musique», tranche-t-elle.

— Avec la collaboration de Sandra Godin

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