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«Je me sens chez moi au Québec» – Yama Laurent

Yama Laurent
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca et illustration Johanna Reynaud Yama Laurent

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Qualifier Yama Laurent de personne timide relève de l’euphémisme. Quiconque a déjà croisé sa route peut en attester. À l’aube de lancer son premier album, la jeune femme de 28 ans continue d’apprendre à naviguer dans la sphère publique où elle a été propulsée l’an dernier en remportant La Voix devant 2 millions de téléspectateurs. Et c’est loin d’être toujours évident.

« C’est une vie complètement différente que j’ai aujourd’hui, confie la chanteuse en entrevue au Journal. Je ne peux plus passer inaperçue ; je ne fais qu’aller au dépanneur ou marcher dans la rue et les madames me demandent de chanter pour elles (rires). Ça m’a pris du temps à m’habituer à tout ça. Mais ça va bien maintenant. Les Québécois sont super gentils. Je sens qu’ils veulent que je sois bien chez eux. Et je le suis. Je me sens chez moi au Québec. »

La musique représente le meilleur moyen de faire sortir Yama Laurent de sa coquille. En séance photo, c’est lorsqu’elle se met à pousser la note sur un frissonnant Feeling Good, livré a capella de surcroît, qu’elle émerge. On reconnaît alors celle qui a séduit le Québec, sa terre d’adoption, à La Voix l’an dernier.

Destinée à la médecine

Depuis cette victoire, le tourbillon a été étourdissant pour cette chanteuse d’origine haïtienne qui a vu s’ouvrir devant elle des avenues jadis insoupçonnées. Car la musique n’avait jamais été une option de carrière pour Yama Laurent. Jusqu’à tout récemment, elle se destinait à une carrière en médecine, dictée par l’effroyable séisme qui avait ravagé sa terre natale en 2010.

« Après le tremblement de terre en Haïti, il manquait tellement de soins pour les gens qui étaient blessés. C’était très difficile, il y a eu tellement de blessés et de morts. J’avais envie de faire quelque chose pour les aider. Je ne pouvais pas rester sans rien faire », explique-t-elle.

Ses études l’ont donc menée à l’université de Santiago, en République dominicaine. Et c’est là-bas, au cours de soirées entre amis, qu’elle a découvert pour la première fois sa signature vocale si singulière. D’abord en slamant, puis en chantant. Eh non ! Yama Laurent n’avait jamais chanté, ne serait-ce que dans l’intimité de son foyer, avant ce moment !

« J’écoutais tout le temps de la musique parce que mon père rapportait des disques à la maison. Mais je n’avais jamais essayé de reproduire ce que j’entendais. Jamais. À l’université, j’écrivais des poèmes et mes amis m’ont dit que je devrais essayer de les chanter. Et quand je l’ai fait pour la première fois, ils m’ont dit que c’était plutôt bien, alors j’ai continué », se souvient-elle en riant.

Depuis, son parcours musical – jonché de concours vocaux aux États-Unis, puis au Canada – a été couronné de succès. Seule ombre au tableau, un souci de visa est venu l’inquiéter l’hiver dernier. Sa demande d’asile ayant été refusée, la chanteuse a alors fait une demande d’asile humanitaire afin d’éviter l’expulsion vers son pays d’origine.

À ce sujet, Yama Laurent se veut rassurante.

« Tout va bien maintenant », soutient-elle.

Du côté de Musicor, la maison de disques avec laquelle la chanteuse est sous contrat, on nous précise que l’examen de son dossier suit son cours normal.

Le texte d’abord

Le rêve qu’elle réalise aujourd’hui en lançant un premier album en est un récent. Mais il n’est pas pour autant moins précieux pour Yama Laurent. La chanteuse a passé au peigne fin une large sélection de chansons avant de choisir les relectures qu’elle offrira finalement sur ce disque attendu dans les bacs le 3 mai.

Son choix s’est arrêté, entre autres, sur des morceaux empruntés aux répertoires de Céline Dion, Lara Fabian, Aretha Franklin, Patricia Kaas et Foreigner.

Hormis quelques exceptions, la grande majorité lui était jusque là inconnue (Yama Laurent a débarqué au Québec en 2017 avec une connaissance alors particulièrement rudimentaire de la culture locale). Elle a donc eu le loisir de jeter un regard neuf et de faire sa sélection sans a priori, jugeant chacune des chansons pour ce qu’elle est réellement.

« J’ai regardé le texte d’abord. De quoi il parle ? Est-ce que c’est une histoire que je peux partager avec les gens ? Il faut que le message me plaise et qu’il soit positif. La mélodie et tout, c’est important aussi. Mais ça vient après », indique-t-elle.

Deux pièces originales compléteront l’album, soit Un peu de nous, écrite pour elle par Garou l’an dernier, et Chanter est ma couleur, une création de Didier Golemanas (Johnny Hallyday, Isabelle Boulay) et Rick Allison (Lara Fabian).


♦ L’album de Yama Laurent sera sur le marché le vendredi 3 mai. La chanteuse offrira également une prestation à l’occasion de la finale de La Voix, deux jours plus tard.

 

Yama Laurent en 11 titres

1. Naître popularisée par Marie-Chantal Toupin

« Je vois d’abord un message de liberté dans cette chanson, la liberté de laisser vivre et laisser faire. Quand on me l’a proposée, je n’ai pas pris beaucoup de temps avant de l’accepter. C’est vraiment un beau texte. »

2. Le bonheur popularisée par Gaston Mandeville

« Encore un message de liberté, mais plus explicite. Le bonheur, pour moi, c’est être entouré de gens – des amis, des collègues, des gens dans n’importe quel milieu – avec qui c’est facile, qui ne me causent pas de frustration, pas de casse-tête, pas de problème. »

3. Un peu de nous en duo avec Garou (composition originale)

« Garou a écrit cette chanson pour la finale de La Voix, l’an dernier. Il a réussi à tracer l’histoire de notre parcours ensemble, comment on est devenus des amis. »

4. Humana popularisée par Lara Fabian

« C’est une chanson qui parle du courage de prendre ce qui est à nous, de prendre notre place. Il y a certaines choses que personne d’autre que nous-même peut faire, alors il ne faut pas avoir peur de le faire »

5. I Say a Little Prayer popularisée par Dionne Warwick

« Ça parle d’une femme qui essaie d’apprivoiser un homme en se montrant jolie, elle se maquille, elle se coiffe... Et moi, je ne suis pas comme ça, je ne suis pas une personne qui essaie de séduire (rires). Mais c’est une chanson vraiment rythmée et je voulais avoir ce genre de couleur sur mon album. »

6. Le prix à payer popularisée par Carole Fredericks

« Le prix à payer, c’est le doute, tout ce qui nous angoisse ou nous fait peur. Mais devant ça, il ne faut pas baisser les bras et continuer d’avancer. »

7. Ne partez pas sans moi popularisée par Céline Dion

« Au début, je pensais que Céline Dion parlait à un amoureux dans cette chanson. Mais finalement, elle parle de manière générale à des gens qui sont capables de l’aider ou de lui donner quelque chose dont elle a besoin. Elle ne veut pas les perdre, elle veut partir avec eux. »

8. I Want To Know What Love Is popularisée par Foreigner

« C’est une chanson d’amour, simplement. C’est une de mes chansons préférées depuis que je l’ai entendue pour la première fois il y a quelques années. Je l’ai tout de suite beaucoup aimée. »

9. Ceux qui n’ont rien popularisée par Patricia Kaas

« Les chansons que je chante ont toutes un appel. Soit on demande de l’amour, soit on demande du partage ou de la liberté... Dans celle-ci, Patricia Kaas veut quelque chose qu’elle ne pense pas avoir, mais qu’elle a peut-être déjà. »

10. Let It Be, en duo avec Nanette Workman popularisée par The Beatles

« Ça avait été tellement un beau moment avec Kelly Bado à La Voix. Au début, je ne pensais pas la mettre sur l’album, mais les gens n’arrêtaient pas de me la demander. Ça a été très facile de la refaire en studio avec Nanette Workman, c’est une grande chanteuse. »

11. Chanter est ma couleur, composition originale

« Cette chanson, c’est un peu une façon de me présenter à ceux qui vont m’écouter. Voilà ce que je suis, ce que j’ai. Tout ce que je peux donner, c’est chanter. C’est ce que je peux faire de mieux. »