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La majorité québécoise: un danger

bloc foule monde gens Crowd of people on the street.
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Depuis la Révolution tranquille, la majorité francophone, affranchie­­­ en quelque sorte de son complexe d’infériorité, est devenue menaçante aux yeux de nombre d’anglophones et d’allophones. Au Québec, comme au Canada.

D’abord, les « séparatisses », si bien nommés par Jean Chrétien et par Trudeau père, qui les qualifiait de « mangeurs de hot-dogs », ont été des repoussoirs au Canada anglais.

Le Canada a tremblé avant le référendum de 1995, car le gouvernement libéral de l’époque, dirigé par Jean Chrétien, a bien cru que le « oui » allait l’emporter au Québec grâce à l’appui de la majorité francophone­­­.

Déjà, l’adoption de la loi 101 en 1977 par le Parti québécois au pouvoir, bénéficiant du soutien des francophones, avait suscité des critiques aussi virulentes qu’obscènes de la part de la minorité anglophone du Québec et de l’ensemble du Canada.

Le Québec se mobilise

Avec la loi 21 sur la laïcité, la majorité francophone est de nouveau mobilisée, devenant la cible de toutes les épithètes. Nous sommes un peuple de « frileux », affirment plusieurs, alors que d’autres citent Victor­­­ Hugo, qui a écrit : « Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés. » Toutes les insultes s’abattent sur nous. C’est peu dire que nous avons le dos large.

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En fait, historiquement, la majorité francophone était d’une certaine manière agréée par le Canada anglais parce qu’elle était divisée. Nous étions des frères ennemis. Et l’apothéose — si l’on me permet l’expression — s’est produite lorsque René Lévesque est devenu premier ministre en 1976 et a dû affronter Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada.

Lévesque et Trudeau incarnaient jusqu’au déchirement notre guerre fratricide. Trudeau remportera la mise en reniant le nationalisme au profit du multiculturalisme, qu’il imposera avec sa charte des droits et le rapatriement unilatéral de la constitution en 1982.

Le projet de loi 21 permet encore une fois d’affirmer les droits de la majorité québécoise, ce qui inclut, même si les adversaires taisent cette réalité, l’appui de membres des minorités, dont une partie importante de musulmans.

Coalition organisée

Le débat actuel met bien en lumière le pouvoir que détient la majorité largement francophone. Et c’est cela qui fait peur à cette coalition faite de religieux, de racisés, de minorités ethniques et d’une gauche multiculturaliste.

Pour parler crûment, la majorité québécoise est tolérée au Canada lorsqu’elle n’a pas le pouvoir de s’imposer légalement. Or, grâce à la dérogation prévue dans la Charte canadienne, le premier ministre du Québec peut recourir — et il le fera — à la fameuse clause nonobstant, et ce, durant cinq ans.

Les générations ont subi l’humiliation collective d’avoir été un peuple de moutons, c’est-à-dire un peuple docile, apeuré et facilement culpabilisé.

La majorité qui applaudira lors du vote historique de la loi sur la laïcité, en juin, espère-t-on, comprendra qu’elle a remporté une victoire sur ses propres faiblesses. Le Québec est une société modérée, ouverte et tolérante, devenue indifférente aux esprits chagrins, qui ont trop tendance à se croire supérieurs en morale et en vertu.