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Bégin est tombé dans la potion

Il ne voulait rien savoir du rôle d’entraîneur

SPO-Matchs initiaux de la LJMQ Les Voltigeurs vs Les Mooseheads
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

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DRUMMONDVILLE | L’ancien du Canadien Steve Bégin, entraîneur adjoint avec les Voltigeurs de Drummondville, avait prévu de se donner cinq ans avant de se retremper dans le monde du hockey quand il a disputé son dernier match avec les Flames de Calgary, en 2013. Il voulait attendre que ses deux filles atteignent le secondaire.

Il était sûr d’une chose aussi. Le jour où il reviendrait dans le sport qui l’a fait vibrer, ce ne serait pas dans le rôle d’entraîneur.

Pour reprendre ses mots, il ne voulait rien savoir du coaching.

C’était barré sur la liste !

Une première expérience à Val-D’Or

Bégin s’était retiré de la compétition depuis environ huit mois lorsque les Foreurs de Val-D’Or, équipe avec laquelle il a joué tout son stage junior, l’ont appelé pour lui offrir un poste d’entraîneur adjoint à temps partiel.

C’était en janvier 2014.

Bégin a posé une condition. Il préférait occuper un poste d’observateur depuis la passerelle de presse plutôt que de travailler derrière le banc. Il parlait aux joueurs pendant les entractes et allait sur la glace pour les séances d’entraînement.

Lorsque les Foreurs se sont retrouvés en demi-finale, Bégin s’est dit ouvert à aller derrière le banc à condition que les joueurs le veuillent bien. Vous pensez bien que ces derniers ont accepté.

« J’ai tripé ! lance Bégin.

« Oui, c’était les séries, ajoute-t-il pour dire que c’est le meilleur moment de l’année.

« En plus, on s’est rendus au tournoi de la coupe Memorial. Cette expérience a vraiment changé ma perspective face au métier d’entraîneur. »

Première retraite difficile

Entendre un gars comme Bégin dire qu’il n’était pas attiré par le coaching n’est pas sans étonner.

Bégin mangeait, buvait et dormait hockey quand il jouait. Au contraire de ce qu’il croyait, il avait le profil pour devenir entraîneur.

« Je n’avais jamais touché à ça, donne-t-il comme explication.

« Quand tu accroches tes patins, tu dois être préparé pour autre chose. Je ne l’étais pas la première fois. »

Bégin n’était pas sur la touche de gaieté de cœur. Opéré à une hanche, il s’était fait dire qu’il aurait peu de chance de rejouer dans la Ligue nationale.

Après un an d’inactivité, il a reçu un appel de Bob Hartley, nouvellement nommé entraîneur des Flames de Calgary, qui lui a tendu une invitation à participer au camp d’entraînement de son équipe. Il a été en mesure de faire un dernier tour de piste avant de se retirer à ses conditions.

Amenez-en des défis !

Homme de défi, il est sorti des sentiers battus en fondant avec deux associés une entreprise de génie civil, Novesco, qui est spécialisée en construction et rénovation de ponts.

La compagnie roule bien. Elle a procuré du travail à environ 75 personnes l’an dernier et Bégin prévoit qu’elle pourrait offrir jusqu’à 80 emplois cette année.

Ses associés commencent toutefois à être nerveux à l’approche de l’ouverture des chantiers. Les Voltigeurs jouent en demi-finale contre les Mooseheads d’Halifax. Ils pourraient se rendre loin.

Venu pour apprendre

Mais Bégin est fait ainsi. La tête lui fourmille toujours de projets de toutes sortes.

« Moi, il faut que je bouge, dit-il.

« J’adore les défis. »

Il n’a pas investi dans une entreprise spécialisée en ingénierie civile par simple plaisir. Il s’implique, mais le hockey est un environnement naturel pour lui.

Un joueur de hockey apprend pratiquement à patiner en même temps qu’il apprend à marcher.

« J’adore ça avec les Voltigeurs, continue-t-il.

« On forme une belle gang, on a une bonne équipe, on a de bons joueurs, on connaît une belle année. Je suis venu ici pour apprendre. »

C’est ce qu’il a dit à Steve Hartley quand l’entraîneur en chef des Voltigeurs a communiqué avec lui, l’été dernier pour lui offrir un poste au sein de son personnel d’adjoints. Hartley lui a répondu que ses joueurs avaient besoin de son vécu comme joueur.

Bégin a réfléchi quelques semaines parce qu’il lui restait une condition au mandat qu’il s’était donné à la fin de sa carrière de joueur. Sa cadette avait encore un an à faire au primaire.

Il a finalement sauté à pieds joints dans l’aventure. Il fait quotidiennement le trajet entre son domicile de Candiac et Drummondville.

Le temps lui a appris qu’il ne faut jamais dire « jamais ».

Le fouet a fait place au dialogue

Le hockey n’échappe pas aux changements que l’on observe dans la société. Steve Bégin le constate dans son rôle d’entraîneur adjoint avec les Voltigeurs de Drummondville.

« Travailler avec les jeunes d’aujourd’hui fait partie du défi que j’ai à relever, dit-il.

Steve Bégin file le parfait bonheur au sein de l’organisation des Voltigeurs de Drummondville.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Steve Bégin file le parfait bonheur au sein de l’organisation des Voltigeurs de Drummondville.

« Ils ont une mentalité différente. Tu dois les crinquer beaucoup. Mentalement, ils sont peut-être un peu moins durs. »

L’auteur de ces lignes vous dira que Bégin n’est pas le premier ancien joueur à faire cette affirmation.

« Il faut mettre pratiquement des gants blancs, continue Bégin.

« Dans le temps, les coachs étaient durs avec les joueurs. Ils ne passaient pas par quatre chemins pour nous dire quelque chose. C’était intense, c’était une autre époque. »

Diplomatie avant tout

Lorsque Bégin a travaillé comme entraîneur pour la première fois avec les Foreurs de Val-D’Or, il a été invité à y aller mollo avec les joueurs.

« On m’a dit que je ne pourrais pas pousser les joueurs comme j’avais été poussé à mes années au niveau junior, raconte-t-il.

« On m’avait dit littéralement : « Tu ne peux pas leur donner — veuillez excuser l’expression — de la marde. Il te faudra être diplomate. »

Est-ce une raison de la diminution des joueurs québécois dans la Ligue nationale ?

« Peut-être, répond Bégin.

« C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Par contre, je peux dire que les joueurs actuels sont dotés de plus grandes habiletés. Ils sont vraiment bons.

« C’est incroyable comme ça a changé. Les joueurs actuels sont plus gros, plus grands, plus forts et plus habiles. Autrefois, un joueur de six pieds deux pouces n’était pas chic à voir patiner.

« Qu’ils soient différents mentalement, c’est correct. Il faut s’adapter. Un entraîneur doit être un bon communicateur. »

Bien dans sa peau

Ce n’est pas un problème avec Bégin.

« J’ai quand même une belle job ! continue-t-il, avec sa verve habituelle.

« C’est comme dans le film Bon Cop, Bad Cop. Ça prend un gars plus intense et un autre plus calme. Moi, je m’amuse avec les boys. Mais quand c’est le temps de leur dire les vraies choses, je le fais sans détour.

« Steve (Hartley) est plus réservé dans son rôle d’entraîneur en chef. Le boss, c’est lui. Il serre la vis quand il le faut. »

Bégin entrevoit-il la possibilité de devenir un entraîneur de carrière ?

« Tout le monde me pose la question, mais je ne sais pas, répond-il.

« Je ne suis pas prêt à être entraîneur en chef. Je veux apprendre. Je m’étais dit que je commencerais à la base. Je descendrai à un niveau inférieur si je deviens entraîneur en chef, peut-être dans la Ligue midget AAA.

« Cela dit, je ne sais pas où j’en serai à la fin de mon contrat avec les Voltigeurs (lequel est valide pour une autre année). L’entreprise que je possède avec mes partenaires d’affaires grossit. Serai-je obligé de faire un choix ? Le temps le dira. »