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Dialogue et rapprochement

MOROCCO-VATICAN-POPE-RELIGION
Photo AFP Le pape François et le roi Mohammed VI du Maroc au Palais Royal de Rabat le 30 mars dernier.

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Le Maroc a accueilli le pape François, en visite officielle à Rabat, les 30 et 31 mars dernier.

Un événement rarissime qui témoigne de l’ouverture de ce pays où l’islam est religion d’État et le roi, commandeur des croyants.

L’exception marocaine

En cette période de profondes turbulences, où les religions sont instrumentalisées à des fins idéologiques et politiques, l’exception marocaine ne peut qu’être rassurante.

Le Maroc, terre des Amazigh – Premières Nations d’Afrique du Nord, également appelés Berbères – qui ont adopté, au fil des siècles, le judaïsme, le christianisme puis l’islam.

C’est de là que la dynastie berbère des Almohades (1195 à 1212), ayant Marrakech pour capitale, avait unifié l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) et l’Andalousie dans un vaste empire où juifs, chrétiens et musulmans avaient donné naissance à une civilisation de l’islam des Lumières.

C’est aussi là que sont venus se réfugier les Juifs sépharades et les musulmans andalous suite à l’inquisition espagnole, au 15e siècle.

Et lorsque le gouvernement de Vichy, au service de l’Allemagne nazie, avait voulu appliquer aux juifs des colonies un statut discriminatoire, le roi du Maroc, Mohamed V, les avait protégés.

Et quand les moines de Tibhirine avaient été décapités en Algérie, en 1996, c’est au Maroc que les deux survivants avaient été accueillis. Le pape François a d’ailleurs rencontré le dernier d’entre eux, Frère Jean-Pierre, à la cathédrale Saint-Pierre, à Rabat.

Ce n’est donc pas par hasard si la visite officielle du pape François en terre d’islam s’effectue au Maroc. Il y a 34 ans déjà, le roi Hassan II y avait convié le pape Jean-Paul II qui avait fait un discours devant 100 000 jeunes, à Casablanca, le 15 août 1985.

Pas étonnant non plus que le roi Mohamed VI soit l’un des premiers contributeurs à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il a aussi nommé, en août 2018, une femme, Raja Naji Mekkaoui, comme ambassadrice du Maroc au Vatican.

Cause commune

Un des temps forts de cette visite du pape est la signature conjointe, le 30 mars, de l’Appel sur Jérusalem/Al Qods (en arabe).

Patrimoine commun de l’humanité, les deux souverains ont insisté sur le fait qu’elle demeure accessible aux trois religions monothéistes comme « lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue. »

Conscient du sort réservé aux minorités chrétiennes au Moyen-Orient, en cette période de conflits interreligieux, le pape a appelé à faire cause commune contre les extrémismes religieux.

Il a estimé « indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre manière d’agir les valeurs qui nous sont communes »

Dans ce domaine, le Maroc est allé au-delà de la dénonciation. Partisan d’un islam d’ouverture, il a pris les moyens de contrecarrer les discours haineux des prédicateurs de l’apocalypse.

Un Institut de formation des imams a été créé par le roi Mohamed VI, à Rabat, pour offrir une formation qualifiante de deux ou trois ans à des guides religieux (hommes et femmes) venant du Maroc et d’une dizaine d’autres pays dont la France.

Lors de sa visite, le pape François s’est dit heureux de constater que ce centre fournit « une formation adéquate et saine contre toutes les formes d’extrémisme, qui conduisent souvent à la violence et au terrorisme ».

Dans un contexte d’équilibre fragile qui ne l’épargne pas, le Maroc ose au moins montrer la voie.