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Éloge à la famille, même éclatée

WE 0420 Boileau
Photo courtoisie Deux semaines encore
Marielle Giguère
L’instant même, 150 pages

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La famille de ce récit est à la fois disloquée et tricotée serrée, et ça se lit comme un hommage.

Avec Deux semaines encore, son premier roman, Marielle Giguère met en scène l’éclatement classique des familles modernes. Et pourtant, il n’y a guère de séparation ici. Les ex-conjoints sont devenus indissociables alors que leurs enfants, deux frères, ne se ressemblent plus, mais ne se lâchent pas.

S’ajoute une grand-mère partie en Grèce en promettant à son mari, paralysé, de revenir dans deux semaines. Mais de deux semaines en deux semaines, la promesse se répète sans que jamais grand-maman ne réapparaisse. Grand-papa, lui, continue d’y croire.

Pour nous raconter cette famille singulière, l’auteure recourt à une approche qui l’est aussi. Chaque chapitre s’ouvre sur une scène de théâtre, puis enchaîne avec la narration du fils aîné, Arnaud – un mélange que l’auteure maîtrise, elle qui enseigne la littérature et le théâtre au collégial.

Autre particularité : Marielle Giguère concentre l’action dans un milieu négligé par la fiction, celui des marchés aux puces et des ventes de garage. Depuis sa séparation, le père d’Arnaud en est friand. Fouillant pendant des heures dans les lots offerts, il en oublie même ses deux gars dans l’auto ! Il faut dire qu’il n’a jamais été attentif, ni jasant.

Néanmoins, Arnaud attrape la piqûre à son tour. « Ça me plaît la lenteur qu’il y a dans les vieilleries », dit-il. Les amateurs sont souvent des gens « blessés par le présent et qui s’en sont détournés pour embrasser le passé ». Pas d’internet, pas de taxes, pas de cartes de crédit ou débit : juste des objets, des odeurs et du temps.

Pour distraire son grand-père, Arnaud l’invite donc à tenir kiosque avec lui dans un marché aux puces. Hervé, le frère cadet, préfère pour sa part gagner sa vie comme danseur nu : pas mal plus payant, surtout pour un étudiant qui fait une maîtrise en philosophie !

Par les yeux d’Arnaud, on voit donc chacun tenter de se débrouiller avec la vie, et surtout avec l’amour.

Sa mère, par exemple, oublie son infinie tristesse en aimant avec passion les amants et amantes que la vie lui apporte. Elle continue pourtant de fréquenter avec tendresse le père d’Arnaud et Hervé, qu’elle a autrefois quitté.

Largués

Le père, lui, est désormais avec Mathilde avec qui il a eu Emma, aujourd’hui ado. Sauf qu’un beau jour, Mathilde part à son tour. Encore largué le papa, comme l’est le grand-père – comme l’a aussi été Arnaud, amoureux fou d’une fille parfaite que le confort de la vie à deux a fini par lasser.

Faut-il dès lors imiter Henri et papillonner de l’une à l’autre ? Arnaud écrit plutôt : « Je veux une amoureuse-arbre comme moi, qui s’enracine et se dépose pour toujours. » Hélas, les femmes qui l’emballent ne sont pas de cette essence...

Mais enracinement il y aura, en une finale aussi originale que touchante.