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Le dernier des Mohicans

Gilles Proulx refuse de baisser les bras et d’abdiquer.

gilles proulx
Photo MARTIN ALARIE

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La dernière fois que je l’ai vu, il y a quelques jours, dans le studio de QUB radio, il m’a dit qu’il était le Don Quichotte québécois.

Je ne lui ai pas dit, mais je ne suis absolument pas d’accord avec le surnom qu’il se donne.

Don Quichotte était un vieux sénile qui se battait contre des ennemis imaginaires.

Gilles, lui, a toute sa tête et combat des adversaires malheureusement bien réels.

L’oubli, la mollesse, l’indifférence.

« Le dernier des Mohicans » lui va mieux.

RÉSISTE, PROUVE QUE TU EXISTES

Oui, je sais, je fais de « l’appropriation culturelle » en utilisant le mot Mohican pour parler de Gilles Proulx, un Québécois blanc de souche (catholique, plus que quinquagénaire et hétérosexuel par-dessus le marché, comme si ses trois premiers crimes n’étaient pas suffisants).

Mais j’ai deux bonnes raisons de le faire.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Première raison, qui flatte la rectitude politique dans le sens du poil : c’est une façon de rendre hommage au courage, à l’opiniâtreté et à l’intrépidité de ce peuple des Premières Nations.

Deuxième raison, plus importante : je me fous du concept bidon « d’appropriation culturelle », que je trouve absurde.

Je vais continuer d’utiliser les expressions « file indienne », « pow-wow » et « été indien ». Et à dire que Robert De Niro porte un Mohawk à la fin de Taxi Driver.

Pour les plaintes, écrivez au Conseil de presse, où j’ai une dizaine de filières à mon nom.

De retour à Gilles, donc.

Alors que la plupart des Montréalais baissent les bras et haussent les épaules devant le recul du français à Montréal, trouvant que le « Bonjour Hi » est finalement pas si mal, plutôt cool et bien plus moderne que le vieux « Bonjour » unilingue et exclusif, Gilles Proulx, lui, continue de résister de toutes ses fibres et de tout son être devant la bilinguisation de la deuxième ville francophone du monde.

Pour lui, capituler, c’est trahir.

Trahir qui nous sommes et d’où nous venons.

ÉCLAIRER L’AVENIR

« Nous ne pouvons même pas dire que nous baissons pavillon, car nous n’avons plus de pavillon à baisser », m’a dit Gilles, l’autre jour, à mon émission de radio, où il était venu pourfendre le penchant multiculturaliste de la mairesse Valérie Plante.

Comme beaucoup de gens qui ont grandi à une époque où les mots « nation » et « identité » étaient non seulement respectables, mais revendiqués avec fierté par la gauche, Gilles Proulx ne se reconnaît plus dans le Québec d’aujourd’hui.

Alors, il résiste à sa façon. En défendant sa langue bec et ongles sur toutes les tribunes qui osent encore l’inviter et en écrivant des livres passionnants sur l’Histoire, NOTRE Histoire.

Après tout, comme le disait Tocqueville : « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres... »

Pourquoi ai-je choisi de parler de Gilles Proulx aujourd’hui ?

Parce que c’est Pâques. Jour où des millions de personnes célèbrent le miracle de la résurrection.

Et selon moi, le vieux concept de « nation », aujourd’hui conspué et haï, va reprendre des forces et renaître de ses cendres.

Grâce à des gens comme Gilles qui continuent d’y croire. Et de se battre.