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Pâques laïques

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Certains ont profité de l’émotion générée par l’incendie de Notre-Dame pour laisser couler un peu de venin et prétendre que la volonté de neutralité religieuse de la très laïque France et de l’anticlérical Québec était hypocrite. La douleur de voir les flammes menacer ce chef-d’œuvre architectural et personnage familier de la littérature ne pourrait s’expliquer que par une ferveur religieuse subconsciente.

Ça semble difficile pour certains de distinguer ce qui constitue un témoignage de foi de ce qui est plutôt un élément d’une culture. Comme si on arrêtait d’admirer la basilique Sainte-Sophie dès lors qu’on sait qu’elle fut une mosquée.

Nos habitudes

C’est un bon jour pour en parler, en ce dimanche particulier. Je devine bien que peu de lecteurs auront « fait leurs Pâques ».

Pourtant, beaucoup auront profité du long congé pour se retrouver en famille. Les brunchs se multiplient, on offre du chocolat aux enfants. Certains se contenteront de se reposer et de se mettre à jour dans leurs séries télé ou encore travailler sur le terrain si la fonte des neiges est assez avancée, quand ce ne sont pas les inondations qui menacent...

Bref, au Québec, nous conservons cette pratique de mettre un jour férié dans le calendrier suivant la première pleine lune du printemps. Et nous le faisons même s’il y a de moins en moins de gens qui croient que Jésus-Christ est mort sur la croix et qu’il est ressuscité le troisième jour. Parce que ça fait partie de nos habitudes, que c’est légitime pour un groupe d’en avoir et que toutes les cultures soulignent le printemps depuis la nuit des temps.

Foi envers l’humain

Il en est ainsi pour les lieux de culte de toutes les confessions. Ce sont des endroits familiers qui, s’ils appellent encore au recueillement, n’évoquent plus tant un Dieu qu’un référent partagé.

Et il en va de même pour Notre-Dame. Pleurer devant sa destruction, oui, c’est un témoignage de foi. Pas envers la vierge. Envers 800 ans d’histoire, de travail, de tradition et de création. Envers l’humain, en fait.

Il n’y a rien de plus laïc que ça. Lorsqu’une pratique religieuse passe dans la culture sans qu’on ait besoin de croire.