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Ses œufs pour nourrir l’armée

Ce centenaire de l’Estrie a contribué à l’effort de guerre grâce à ses œufs qui alimentaient les soldats

Centenaire Sherbrooke
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin Paul-Émile Préfontaine à sa résidence pour personnes âgées à Sherbrooke montre fièrement des photos de son passé d’aviculteur. En mortaise, un livre de découpures et de souvenirs sur sa carrière.

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Ils ont atteint ou dépassé l’âge vénérable de 100 ans et ils charment par leur enthousiasme, leur aplomb et leurs histoires. Le Journal vous présente le portrait de quatre centenaires québécois qui nous révèlent le secret de leur longévité.


SHERBROOKE | Un homme de 104 ans de l’Estrie, qui affirme avoir été l’un des premiers aviculteurs à améliorer la génétique des poules, a aidé à nourrir secrètement les soldats canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale.

« L’armée me demandait d’aller porter mes commandes d’œufs à la gare, mais c’était la seule information que j’avais, se souvient Paul-Émile Préfontaine. Je savais que mes œufs allaient servir aux soldats, mais c’est tout. »

Il raconte que l’armée canadienne voulait s’assurer qu’il n’y aurait aucune fuite et que les provisions ne tomberaient pas entre les mains de l’ennemi.

Elle n’en disait pas plus à celui qui affirme avoir alimenté les soldats canadiens pendant une bonne partie de la guerre.

« Je suis content d’avoir aidé nos soldats canadiens », dit-il avec fierté.

Paul-Émile Préfontaine n’avait que 12 ans lorsqu’il a demandé à son père d’acheter 25 poulettes. Trois ans plus tard, soit en 1930, il totalisait 500 pondeuses et 1200 poussins.

Optimiser la génétique

À 25 ans, l’homme originaire de Saint-François-Xavier-de-Brompton, en Estrie, se souvient d’avoir suivi des cours par correspondance à Oka, qui portaient sur la génétique.

« J’avais toutes les races qui existaient et je faisais des mélanges entre elles », souligne le centenaire, toujours plutôt en forme même s’il se déplace en fauteuil roulant depuis un an.

« Mon père nous racontait qu’il prenait un coq qui avait une bonne génétique et le faisait s’accoupler avec une poule qui était une bonne pondeuse. Il répétait ce processus de génération en génération », a précisé sa fille Lise.

Aujourd’hui, ce processus peut sembler banal, mais c’était révolutionnaire dans les années 1930.

Selon lui, la qualité de ses œufs était constatée partout dans le pays, puisque le ministère de l’Agriculture avait reconnu que sa production d’œufs avait atteint un taux de pureté de 99 %.

L’homme derrière le succès de la Ferme avicole Préfontaine se souvient qu’il est parfois passé pour une personne étrange en raison de ses techniques, qui étaient jugées trop différentes de celles des autres aviculteurs.

Un livre de découpures et de souvenirs sur la carrière de Paul-Émile Préfontaine.
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin
Un livre de découpures et de souvenirs sur la carrière de Paul-Émile Préfontaine.

La chute

La belle histoire de M. Préfontaine a pris fin brusquement au milieu des années 1940 alors qu’il a épuisé toute sa marchandise afin de répondre aux nombreuses demandes.

« J’ai fini par détruire ma lignée et je me suis ruiné », dit-il avec remords.

Or, il est resté très impliqué dans le domaine de l’aviculture en occupant plusieurs postes au sein de fondations et de regroupements jusqu’en 1988.

Des secrets bien gardés

Plusieurs aliments, dont des produits laitiers et des œufs, étaient envoyés en Europe pour nourrir les soldats pendant la Seconde Guerre mondiale, confirme l’historien de la Défense nationale du Canada, Yves Tremblay.

« C’était le genre de produits que l’on recherchait », répond-il quand Le Journal lui demande si des œufs ont pu être envoyés de manière secrète afin de nourrir les soldats.

Par contre, ces œufs étaient transformés en poudre avant d’être envoyés de l’autre côté de l’océan Atlantique.

« La nourriture, comme l’armement, était gardée secrète lors de son transport afin de ne pas être bombardée par l’ennemi », a confirmé le chargé de cours en histoire à l’Université de Sherbrooke et à l’UQTR, André Poulin.