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Toutes les sortes de diversité

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La diversité s’illustre de toutes sortes de façons. Culturelle, ethnique, dont on parle beaucoup depuis un certain temps, mais aussi physique et intellectuelle. Tous méritent de se voir sur nos ondes. C’est ce qui fait la beauté de la race humaine. Cette saison, nous avons pu voir quelques acteurs ayant une déficience intellectuelle jouer des rôles à la télé. De petits pas vers une inclusion nécessaire.

L’année dernière, j’avais écrit un article sur les personnages vivant avec un spectre de l’autisme dans la série The Good Doctor qui connaît beaucoup de succès et dont le rôle principal est Asperger. La fiction a le pouvoir de briser des tabous, d’illustrer une réalité qui diffère de la nôtre et de donner une voix à des personnages portant des émotions. Dans la dernière année, c’est avec ravissement qu’on a pu voir ça et là des personnages évoquant la neuro-diversité­­­.

Manon «Boule de quille» dans <i>Unité 9</i>
Capture d'écran
Manon «Boule de quille» dans Unité 9

Julie (Geneviève Morin-Dupont), fille de Normand Despins dans Unité 9, nous permettait de découvrir le côté plus humain de l’intransigeant directeur. Même chose pour Manon « Boule de quille » qui, dans la même série, a retrouvé le sourire et un contact humain en étant accueillie en reine dans un centre pour personnes atteintes de déficience intellectuelle. C’est en voyant Léo jouer au hockey avec de jeunes handicapés que Cindy est tombée sous son charme dans Léo. Et Ludger (Jean-François Hupé), fait partie de la grande famille d’Anémone dans Une autre histoire.

Ludger (Jean-François Hupé), dans <i>Une autre histoire</i>.
Photo courtoisie, Yan Turcotte
Ludger (Jean-François Hupé), dans Une autre histoire.

Pour l’auteure Chantal Cadieux, cette présence allait de soi dans sa nouvelle série. « Dans Providence, j’avais un personnage d’une jeune fille trisomique il y a quelques années. J’ai toujours trouvé important de montrer différents visages, différents types de personnages. Pour moi, c’était crédible que Lise qui a enfanté dans la quarantaine ait eu un enfant trisomique. Je voulais aussi montrer que Ludger pouvait être autonome et intégré dans la vie de la famille d’Anémone. Ludger, c’est une petite fleur à une de mes amies, dont le cousin, que je connais, est trisomique et porte ce joli prénom. »

Faire tomber les préjugés

<i>Ça ne se demande pas</i>, avec Gabriel et Sandrine Sioui-Marceau
Photo courtoisie, Pixcom
Ça ne se demande pas, avec Gabriel et Sandrine Sioui-Marceau
<i>Ça ne se demande pas</i>, avec Arnaud Lemay et Roselyne Chevrette
Photo courtoisie, Pixcom
Ça ne se demande pas, avec Arnaud Lemay et Roselyne Chevrette

Puis, récemment, la chaîne AMI-télé présentait une fort sympathique série : Ça ne se demande pas, adaptation d’un format australien donnant la parole à des gens vivant avec un handicap. Une série infiniment touchante, montrant des individus lucides qui répondent à des questions soumises par le commun des mortels. Tout pour faire tomber les préjugés. « On s’est rendu compte qu’une partie de la population était pratiquement invisible sur nos ondes, note Sylvie-Anne Martel, productrice déléguée et au contenu chez Pixcom. C’est comme s’ils vivaient en marge. Mais il y a la vraie vie, les partys, les amours. Ils connaissent leur limitation, savent que c’est un état, mais ne veulent pas parler d’eux en termes d’intégration, mais plutôt comme tout le monde. Il y a une réelle nécessité d’une prise de parole. » Cette série, dont des segments circulent sur le web, atteint son but. Gabriel de Villers-Matte participe à l’épisode sur la trisomie.

<i>Ça ne se demande pas</i>, avec Camille Langlois et Amélie Beaudet
Photo courtoisie, Pixcom
Ça ne se demande pas, avec Camille Langlois et Amélie Beaudet

Embrasser la spécificité

Gabriel, dans un sketch de <i>Gang de malades</i> avec Pierre Hébert
Capture d'écran
Gabriel, dans un sketch de Gang de malades avec Pierre Hébert

C’est tout sourire qu’il m’accueille chez lui. Ce jeune homme de 24 ans a su déjouer bien des gens quand il participait à l’émission Gang de Malades animée par Pierre Hébert à Ztélé. « J’avais une oreillette pendant les tournages et Dominic Anctil (producteur au contenu) me dirigeait. Mais j’aimais parfois en ajouter un peu plus et ça faisait rire tout le monde ! » Gabriel est atteint de trisomie. Dès son jeune âge, sa pédiatre a rapidement détecté des aptitudes pour le langage. Ses parents, Johanne et Marco, ont ainsi donné toutes les chances à leur fils pour qu’il grandisse le plus normalement possible tout en cultivant son unicité.

Gabriel a toujours été intégré dans les classes ordinaires. Il a longtemps suivi des cours de théâtre et de danse.

« Jeune, je voulais être une star ! » Verbomoteur et autonome, il aime le karaté, la lecture et le cinéma. Sa plus grande passion : l’histoire. Il est, depuis plusieurs années, ambassadeur du Fonds Émilie-Bordeleau, donne des formations pour ALTEREGO, un OSBL qui travaille sur l’accessibilité avec les entreprises et étudie à l’Université. « On est en 2019, on veut être perçus pour qui nous sommes, me dit-il fièrement. » Récemment, on a pu le voir au Club Mel à Canal vie et dans des documentaires où on fait appel à sa particularité.

Gabriel au <i>Mel Club</i>
Photo courtoisie, Elisabeth Cloutier
Gabriel au Mel Club

C’est au studio Bizz que je rencontre Jean-François Hupé alors qu’il y suit un cours de danse. Jean-François est un bon vivant. Il a une longue feuille de route sur laquelle on retrouve de la figuration dans Annie et ses hommes, mais aussi les films Gabrielle et Café de Flore. Il a été pas mal occupé cette saison. On l’a vu dans Unité 9, Léo et Une autre histoire où il incarne Ludger­­­. Âgé de 42 ans, il a lui aussi suivi ses études avant de se joindre aux Muses Centre des arts de la scène, une école qui offre une formation professionnelle en danse, chant et théâtre à des artistes atteints de déficience intellectuelle ou physique. Grâce aux Muses et à leurs partenaires, il se retrouve souvent sur scène. Jean-François est un acteur physique. C’est un grand sportif qui a des aptitudes pour la danse. « J’aimerais faire de l’humour, j’écris. Ce qui serait mon genre aussi : jouer dans une série ou un film d’action ou d’horreur. » Jean-François et Gabriel font partie de cette diversité qui s’exprime peut-être moins fort, mais qui mérite sa place.

Jean François lors d’un spectacle de clown
Photo courtoisie, Sandra Lynn Bélanger
Jean François lors d’un spectacle de clown

Développer le talent

Depuis la sortie du film Gabrielle, les demandes d’inscription se sont multipliées aux Muses, une école unique en son genre.

Le film <i>Gabrielle</i>
Photo courtoisie, Productions Microscope
Le film Gabrielle

« Le processus des auditions dure de 3 à 6 mois pour s’adapter aux besoins des non-neurotypiques, et la formation s’échelonne sur 5 ans, explique Geneviève Bouchard, coordonnatrice aux projets artistiques et au financement. Puis nos finissants continuent à recevoir de la formation afin qu’ils ne perdent pas leurs acquis. »

Le centre peine d’ailleurs à répondre aux demandes grandissantes. Les Muses font aussi office d’agent de talents pour leurs artistes. Un professionnel coache chacun d’entre eux pour une audition, l’accompagne sur un tournage, modère les niveaux de jeu, explique les subtilités du personnage­­­.

« Les conditions de tournage sont de plus en plus rapides, mais comme on connaît bien nos artistes, on sait exactement comment les encadrer pour assurer une belle expérience. Leur présence nous fait avancer comme société. C’est important de les inclure, conclut-elle. »

Quelques cas à l’échelle internationale

Photo AFP

Jamie Brewer : Elle est connue pour les différents rôles qu’elle a tenus dans quatre saisons de la série American Horror Story.


Photo courtoisie, Fayes Vision

Lauren Potter : On l’a découverte dans la populaire série Glee de 2009 à 2015. Depuis, on l’a aussi vue dans Veep et Chicago Med.


Photo courtoisie, Wikimédia

Sarah Gordy : Elle a joué notamment dans les séries Call the Midlife et Upstairs, Downstairs. Elle a été décorée de l’Ordre de l’Empire britannique en 2018.


Photo courtoisie, Wikimédia

Chris Burke : Il a été un des premiers acteurs atteint du syndrome de Down à hériter du rôle principal d’une série, celui de Corky dans Life Goes On. On l’a aussi vu dans Touched by an Angel et ER.


Les producteurs du téléroman français quotidien Plus belle la vie (diffusé sur France 3) ont annoncé il y a deux semaines qu’un acteur trisomique hériterait d’un rôle important dans la prochaine saison.


Photo courtoisie, Benefit

La marque de cosmétiques Benefit a recruté récemment Kate Grant, une trisomique de 20 ans, pour être sa nouvelle égérie.


Photo courtoisie, A&E Network

La chaîne américaine A&E a présenté jusqu’à récemment la série documentaire Born this Way. On y a suivi pendant 4 saisons le quotidien de sept adultes atteints du syndrome de Down.


En décembre dernier, Rahma Khaled Hussein, jeune trisomique de 20 ans qui anime une émission sur Facebook, a coanimé l’émission du matin sur la chaîne Al-Arabyia en Égypte. Depuis, elle est présente à l’émission une fois par semaine.