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[PHOTOS] Les sinistrés en Beauce ne sont pas au bout de leurs peines

La rivière Chaudière continue d’inonder plusieurs municipalités et la pluie risque de retarder le processus de réintégration

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SAINTE-MARIE | La réintégration des sinistrés dans leur domicile se fait au compte-gouttes, en Beauce, alors que la rivière Chaudière affiche toujours des niveaux élevés et que des averses pourraient venir brouiller les cartes cette semaine.

Lundi, une minorité des résidents évacués de Sainte-Marie ont pu retrouver leur domicile, dans un état parfois lamentable. Frappée par l’une des pires inondations du dernier siècle, la municipalité beauceronne a vu l’eau se retirer de plusieurs rues, mais pas au rythme espéré.

« L’eau diminue juste d’un pouce et demi aux trois heures. Je trouve que ce n’est pas vite. On aurait aimé que ça s’évacue plus vite, car on annonce de la pluie », constate le maire, Gaétan Vachon, se disant néanmoins certain que le pire est derrière ses citoyens.

Un premier système devrait en effet apporter entre 10 et 20 millimètres de pluie en Chaudière-Appalaches mardi soir et la nuit suivante. Les responsables de la sécurité civile ont aussi à l’œil une autre dépression qui pourrait apporter des quantités similaires vendredi.

L’armée au besoin

« Avec les prévisions, ce serait une décrue ralentie et peut-être une nouvelle hausse de niveau. Ça va dépendre des précipitations », indique le porte-parole de la sécurité civile Thomas Blanchet.

Lundi soir, la rivière Chaudière continuait aussi d’inonder certains territoires à Scott, Saint-Joseph et Vallée-Jonction, tandis qu’à Beauceville, la presque totalité des routes était maintenant accessible.

À Sainte-Marie, l’armée pourrait jouer un rôle dans le retour à la maison des sinistrés. Une petite équipe de militaires a été déployée, lundi, à la demande de la sécurité civile.

« Ils sont venus faire de la reconnaissance. Ils sont en mode analyse et ils sont connectés directement avec la SQ », explique le maire Gaétan Vachon.

L’inondation « de trop »

Les sinistrés ne sont pas au bout de leurs peines, car la crue a causé des dommages majeurs sur son passage.

M. Vachon s’attend d’ailleurs à ce que quelques propriétés soient déclarées pertes totales. Le retour à la normale risque de prendre du temps.

« On commence à être exténués. Au début, on ne s’inquiétait pas trop, mais on ne s’attendait jamais à ce que ça monte autant que ça », se désole Bernard Thibault, qui habite l’un des quelque 950 domiciles sinistrés à Sainte-Marie.

Du côté de Scott, Martin Gilbert envisage même de déménager. « C’est l’inondation de trop, lance-t-il. Le genre que tu ne penses pas vivre dans ta vie. »

L’homme évalue que la rivière lui a causé 50 000 $ en dommages. Encore lundi, son sous-sol était complètement inondé. « Tout est scrap. Il faut tout arracher. Je vais devoir rester ailleurs pendant deux ou trois mois », dit-il, affligé.

Des rencontres d’information seront tenues dans la plupart des municipalités sinistrées, la semaine prochaine, afin de renseigner les personnes touchées sur le processus d’indemnisation.

Ce qu’ils ont dit

Photo Pascal Huot

« Je demande aux gens d’être très patients. [...] On est chanceux parce qu’on est encadrés comme on ne l’a jamais été. » —Gaétan Vachon, maire de Sainte-Marie

« Je n’ai jamais vu ça. D’habitude, ça déborde. Mais jamais comme ça. Dimanche matin, on s’est fait réveiller par les sirènes comme si c’était une alerte nucléaire. » —Thomas Thibault, résident de Sainte-Marie

« La sécurité des citoyens est au cœur de la situation actuellement. Avec les débordements, certaines structures peuvent être plus fragiles que d’autres. Il faut s’assurer que chaque citoyen qui réintègre sa résidence soit dans un secteur sécurisé. » —Ann Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec

De belles preuves de solidarité dans la communauté

Dominique Lelièvre, Le Journal de Québec

Les inondations monstres ont provoqué un élan de solidarité à la hauteur du désastre, en Beauce, où l’on multiplie les petits et les grands gestes de générosité pour venir en aide aux près de 900 sinistrés.

À la lumière des événements, l’entreprise Meubles & Nous, basée à Saint-Georges, a par exemple spontanément offert de donner du mobilier à des familles sinistrées, samedi dernier.

Les besoins sont « très grands » et plusieurs dommages ne sont pas assurables, constate le copropriétaire, Michel Tardif.

« On avait lancé l’idée pour aider quelques familles, mais là, je vous dirais qu’on a plusieurs dizaines de sinistrés qui nous ont déjà contactés. La moitié, ce sont des gens qui ont tout perdu. Il y a plusieurs histoires tristes, des familles monoparentales avec un ou deux enfants, des femmes enceintes qui n’ont pas d’emploi présentement », énumère-t-il.

Meubles gratuits

Avec sa conjointe, M. Tardif espère pouvoir aider une vingtaine de ménages à qui il remettra du mobilier de salon, de cuisine et de chambre, des matelas ou, dans la mesure du possible, des électroménagers, le tout gratuitement.

« On a toujours bénéficié de l’appui de la clientèle en Beauce, alors on s’est dit que c’était le temps de redonner », explique M. Tardif.

Par ailleurs, sur Facebook, une page consacrée à l’aide aux sinistrés a été fondée dimanche. Déjà, quelque 760 membres échangent sur la meilleure façon de montrer sa solidarité. Des internautes, profondément touchés par la situation, offrent divers biens et vêtements, et même des génératrices.

Entraide

Sur le terrain aussi, les scènes d’entraide se multiplient dans les municipalités éprouvées. Plusieurs citoyens étaient tout simplement incapables de se tenir les bras croisés devant l’ampleur des inondations.

Charles Landry, un résident de Sainte-Marie de 38 ans épargné par la crue, a passé la fin de semaine à prêter main-forte à de purs inconnus, vidant des caves inondées. Il veut aussi faire don de quelques biens dont il ne se sert plus.

« Je n’ai pas beaucoup d’argent à donner, mais si je peux donner une table, quatre chaises, ou encore payer 50 $ pour réparer un vieux congélateur, ce sera ma contribution », dit le monteur d’acier qui envisage même de ne pas entrer au travail cette semaine pour continuer à donner de son temps.