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Les irréductibles refusent de partir

Mieux préparés qu’en 2017, les résidents de l’île Mercier s’accrochent à leurs maisons entourées d’eau

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Photo Hugo Duchaine Dany Raymond s’était réveillé avec deux pieds d’eau dans le sous-sol en 2017, mais cette année, lui et sa mère Gina Veleno sont prêts.

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ÎLE BIZARD | Évacuée de chez elle par les pompiers en 2017, une résidente âgée de 90 ans de l’île Mercier refuse cette fois-ci de quitter sa maison malgré la crue des eaux.

« Je leur ai dit non [à la Sécurité publique]. Si ça monte encore, j’ai des pompes et ça va bien aller. S’il y a un problème, ils viendront me chercher en chaloupe », tranche Marcelle Brooks-Dutrisac.

Elle fait partie de ceux qu’on avait baptisés il y a deux ans « les irréductibles de l’île Mercier ». Ceux-ci s’accrochent à leurs maisons encerclées par la rivière des Prairies.

Ils sont coupés du monde depuis lundi, puisque le seul pont les reliant à L’Île-Bizard a été fermé.

FhierMais contrairement à il y a deux ans, où plusieurs ont dû être évacués de force ayant tout perdu face à la force des courants, cette fois, ils se disent prêts.

« Contrairement à 2017, où les trois premiers jours cruciaux, on se battait pour avoir ce dont on avait besoin, là ils ont su gérer nos demandes à l’avance », affirme Jean-François Avoine (celui qu’on apercevait sur notre page frontispice de mars 2017 ci-contre)

Sur sa chaloupe, il patrouille encore sur l’île, prêt à donner un coup de main à un voisin. De grandes quantités de sacs de sable et des pompes ont été acheminées sur l’île pour aider les résidents.

Pas question de partir, et les autorités ont compris qu’ils ont affaire à des « têtes de cochon » sur l’île Mercier, dit-il en riant. Il s’attend à ce que le pire de la crue soit atteint mercredi.

Un bunker

Au pire des inondations de mai 2017, il ne restait qu’environ une dizaine de résidents à résister tant bien que mal à la montée des eaux.

Mais ce printemps, M. Avoine s’attend à ce que les quelque 35 résidences restent au sec. Plus d’un mètre de sacs de sable entoure déjà toutes les maisons.

À quelques mètres de chez lui, Hélène Guilbeault avait tellement l’esprit tranquille qu’elle profitait du soleil pour se faire bronzer.

« [Ma maison] est un bunker. Les fondations sont un pied d’épais, en béton et en acier, tout est imperméabilisé », dit-elle. Rien à voir avec le stress d’il y a deux ans, quand son solage a fendu, la forçant à laisser derrière elle sa nouvelle maison, achetée quelques mois auparavant.

On peut voir un banc dans un parc de l’île qui est presque submergé.
Photo Hugo Duchaine
On peut voir un banc dans un parc de l’île qui est presque submergé.

Choc post-traumatique

Comme d’autres résidents de l’île Mercier, elle a tout rénové depuis 2017 et elle s’est assurée que sa maison puisse résister aux crues printanières. Cependant, environ six maisons ont été démolies et d’autres ont été abandonnées par des résidents épuisés.

« Nous sommes tous en choc post-traumatique [...] Le niveau de l’eau monte et ça fait remonter des choses, c’est difficile », souffle quant à lui Jean Ouellette.

Il lui avait fallu environ 20 tonnes de sable pour sauver sa maison il y a deux ans. Il est prêt à nouveau, mais le moral est moins au rendez-vous. Il s’est dit déçu par les commentaires du premier ministre François Legault parlant d’obliger des résidents en zones inondables de déménager.

Comme ses voisins, il assure avoir fait de nombreuses rénovations à sa maison pour résister à l’eau et, pour lui, partir est hors de question.

« Il y a beaucoup d’entraide sur l’île entre nous, c’est merveilleux à voir aller », se réjouit Mme Brooks-Dutrisac, qui peut compter sur ses voisins pour l’aider à rester chez elle.

Car la laisser sa maison derrière elle avait été « beaucoup plus stressant » en 2017, parce qu’elle ne savait rien et ne pouvait rien faire.