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Meurtri par les attentats de Pâques, le Sri Lanka panse ses plaies

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COLOMBO | Le Sri Lanka pansait lundi ses plaies au lendemain d’un sanglant dimanche de Pâques au cours duquel des kamikazes ont tué 290 personnes et blessé 500 autres, suscitant une émotion mondiale. 

 En quelques heures, des bombes ont semé mort et désolation dans des hôtels de luxe et églises célébrant la messe de Pâques en plusieurs endroits de l’île d’Asie du Sud, qui n’avait pas connu un tel déchaînement de violence depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans. 

 Aucun groupe n’a pour l’heure revendiqué ces attaques coordonnées, en lien avec lesquelles les autorités ont arrêté 24 personnes. 

 Au petit matin à Negombo, ville à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale Colombo, le paroissien Dilip Fernando était revenu devant l’église Saint-Sébastien, où sa famille et lui ont échappé de peu au carnage provoqué par une attaque suicide. 

 « Si l’église avait été ouverte ce matin, je serais allé à l’intérieur. Nous n’avons pas peur. Nous ne laisserons pas les terroristes gagner. Jamais! Je continuerai à aller à l’église », a-t-il déclaré à l’AFP. 

 Suite à la levée du couvre-feu à 06H00 locales, la vie semblait reprendre un cours normal. Des gens se rendaient au bureau en voiture ou à moto, des tuk-tuk sillonnaient les rues. 

 Six explosions très rapprochées sont survenues dimanche dans la matinée, et deux plusieurs heures après, dans ce pays prisé des touristes pour ses plages idylliques et sa nature verdoyante. 

 Leur nombre exact d’étrangers tués « est difficile à déterminer. Autour de 37 sont morts, sur lesquels 11 ont été identifiés. Certains des corps sont mutilés et il est compliqué de les identifier », a déclaré à l’AFP un responsable des Affaires étrangères. 

 Des Indiens, Portugais, Turcs, Britanniques et Américains figurent notamment parmi les nationalités tuées. 

 Dimanche soir, une bombe artisanale a été découverte et désamorcée sur une route menant vers le principal terminal de l’aéroport de Colombo. L’aéroport reste ouvert sous haute sécurité. 

 Souvenirs traumatiques 

 À Colombo, trois hôtels de luxe en front de mer - le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury - ainsi que l’église Saint-Antoine ont été frappés par des attaques presque simultanées survenues à partir de 08H30-09H00 locales dimanche. 

 Des bombes ont aussi explosé dans l’église Saint-Sébastien à Negombo et dans une autre à Batticaloa, ville située de l’autre côté du Sri Lanka, sur la côte orientale. 

 Quelques heures plus tard, deux nouvelles déflagrations sont survenues. L’une dans un hôtel de Dehiwala, une banlieue sud de Colombo, l’autre à Orugodawatta, dans le nord de la ville, où un kamikaze s’est fait exploser lors d’une opération policière. 

 « C’était un torrent de sang », a témoigné N. A. Sumanapala, un commerçant voisin de l’église Saint-Antoine de Colombo, frappée dans la matinée. « Je me suis précipité à l’intérieur pour aider. Le curé est sorti, couvert de sang. » 

 Une vidéo prise dans l’une des églises touchées montrait de nombreux corps recroquevillés, le sol jonché de décombres et couvert de sang, les murs grêlés par les éclats. La violence de l’explosion a soufflé des parties du toit, laissant entrevoir le ciel. 

 Le pape François a exprimé sa tristesse en apprenant la nouvelle des graves attentats, qui précisément aujourd’hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka. L’archevêque de Colombo a, lui, appelé à “punir sans pitié” les responsables. 

 Du Vatican aux États-Unis en passant par l’Inde, les condamnations internationales ont été unanimes. 

 Pour Shantha Prasad, un chargé de la réception des ambulances à l’hôpital national de Colombo, les scènes de carnage de dimanche ont éveillé des souvenirs traumatique que le Sri Lanka espérait avoir abandonné derrière lui, meurtri par des décennies de guerre civile. 

 « J’ai transporté environ huit enfants blessés hier. Il y avait deux filles de six et huit ans, le même âge que mes filles. Leurs vêtements étaient déchirés et maculés de sang. C’est insupportable de voir à nouveau ce type de violence », a-t-il dit. 

 Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays de 21 millions d’habitants où les chrétiens représentent 7% de la population, majoritairement bouddhiste (70%). Le pays compte également 12% d’hindous et 10% de musulmans.