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Maladies infectieuses : Québec doit agir maintenant

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Le reportage de la journaliste Héloïse Archambault sur les maladies infectieuses et les superbactéries a souligné à grands traits un enjeu critique qui concerne tous les citoyens et sur lequel le gouvernement devra agir.

Les maladies infectieuses demeurent la première cause de décès à l’échelle mondiale. Elles affectent toutes les strates d’âge, les hommes comme les femmes et voyagent allègrement dans notre village planétaire, sans frontières ni barrières.

Heureusement, les antibiotiques ont littéralement modifié le visage de la médecine moderne. Sans ces molécules, il serait quasiment impossible d’administrer de la chimiothérapie, de faire des transplantations d’organes, des chirurgies complexes, d’insérer des prothèses, des valves dans le corps humain et tant d’autres choses.

Une résistance de plus en plus importante

Or, depuis maintenant une vingtaine d’années, la résistance à ces antibiotiques a pris une importance grandissante et menace la santé humaine telle qu’on la conçoit aujourd’hui. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Centers for disease control and prevention (CDC) aux États-Unis et l’Agence européenne des maladies infectieuses, entre autres ont tiré sur la sonnette d’alarme de façon plus intensive récemment pour mettre en place des politiques à l’échelle mondiale afin de contrôler cette émergence de résistance qui fait feu de tout bois.

Des causes multiples

Pour ce qui est des causes de cette résistance, elles sont multiples : utilisation des agents anti-infectieux dans le monde agricole et en aquaculture, utilisation humaine anarchique dans des pays qui sont des colosses démographiques, contrefaçon de la fabrication de ces agents dans plusieurs pays et prescription exagérée pour des conditions virales où ils ne jouent aucun rôle bénéfique.

Et le Québec dans tout ça ?

Le Québec a connu de nombreux défis dans le monde des maladies infectieuses au cours des 20 dernières années; rappelons-nous le Clostridium difficile, l’influenza H1N1, la menace Ébola mais surtout des germes résistants aux acronymes mystérieux (SARM, ERV,BGNMR). La crise du Clostridium difficile a permis à tous les acteurs de travailler ensemble pour accélérer le rôle et l’importance d’une structure clé au bien être de tous les patients du Québec: le comité des infections nosocomiales du Québec (CINQ).

L’Association des médecins microbiologiste-infectiologue (AMMIQ) appuyée par nos collègues des autres spécialités a milité pendant de nombreuses années auprès des gouvernements successifs pour un investissement massif en prévention et contrôle des infections. Aujourd’hui, le Québec peut se targuer d’avoir une politique globale de premier ordre dans ce secteur. Mais il ne faut surtout pas s’en arrêter là.

L’AMMIQ, avec l’appui de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, a également et depuis de nombreuses années essayé de faire avancer sur le même modèle la mise en place d’une structure au sein de laquelle les partenaires multiples et concernés peuvent évaluer, suivre, répertorier et analyser les tendances sur la résistance aux antibiotiques et intervenir si nécessaire. En plus, nous avons de très bonnes relations avec nos collègues de médecine vétérinaire pour essayer de mettre en commun nos connaissances et de collaborer pour le bien-être de la population québécoise dans son ensemble.

Pour une politique globale

Toutefois et malgré ces avancées, l’écueil principal reste la fragmentation de la politique globale de lutte contre l’antibiorésistance au Québec. Un document de l’Institut National de Santé Publique du Québec (INSPQ) a été publié sous la direction d’une de nos collègues en août 2014 et peu de suite a été donné à ses recommandations.

Il y a urgence à doter le Québec d’une structure globale cohérente et fonctionnelle. Bien sûr, cela nécessitera un certain investissement technologique mais devant les coûts et surtout les implications humaines associés à l’antibiorésistance, le retour d’investissement sera considérable.

Il faut maintenir et surtout amplifier toutes ces bonnes pratiques qui ont déjà été mises en place et rendues possibles par la collaboration de nos médecins microbiologistes infectiologues et du MSSS.

À l’instar d’autres pays

Le Québec doit aller de l’avant et mettre en œuvre ce que plusieurs pays ont déjà fait, notamment avec le dossier médical électronique qui est implanté tant dans les cabinets que les hôpitaux. Les pharmacies d’officine doivent également être impliquées comme le sont actuellement les pharmaciens d’établissement.

Ces investissements dans la technologie sont importants mais deviennent raisonnables si on les compare aux possibles complications faisant suite à une mauvaise utilisation des antibiotiques. Et une bonne utilisation des technologies permettra de financer l’implantation et le développement d’outils d’aide à la prescription, d’algorithmes décisionnels ainsi que la surveillance de leur application dans la DME par le dossier médical électronique.

Il faudra aussi composer avec l’intégration et la diffusion à tous les professionnels de la santé des données informatique sur la résistance bactérienne dans le contexte de la réorganisation des laboratoires dans le projet Optilab.

Quel défi stimulant pour nos équipes de chercheurs en intelligence artificielle. Il est prouvé que tous ces investissements peuvent faire une réelle différence. Et nous sommes prêts à poursuivre notre étroite collaboration d’abord et avant tout pour la sécurité et le bien être de tous nos concitoyens.

Karl Weiss, MD, MSc, FRCPC
Président de l'Association des Médecins Microbiologistes Infectiologues du Québec (AMMIQ)
 
Diane Francœur, M.D., FRCSC, MHCM 
Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)
 
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