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«Eeeuuuhhh», dixit Justin Trudeau

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J’écoutais Jagmeet Singh, le chef du NPD, promouvoir, en français, son autobiographie Love & Courage (Simon & Schuster), dont la traduction sera bientôt disponible, quand j’ai eu une révélation.

Singh, né en Ontario de parents du Pendjab en Inde et qui a vécu à Terre-Neuve, parle, toutes proportions gardées, un meilleur français que Justin Trudeau.

Même quand il raconte avec émotion l’agression sexuelle dont il a été victime à 10 ans, il ne perd pas ses moyens linguistiques.

Le français du premier ministre canadien est un sujet tabou. Difficile d’expliquer pourquoi le rejeton de Pierre Elliott Trudeau et son français de haute voltige, qui a fait son secondaire au Collège Brébeuf comme son paternel, peut être aussi gauche et hésitant dans la langue de Molière.

Des linguistes disent qu’il parle le français des francophones minoritaires, mais le pourquoi de cette faille m’importe moins que de comprendre pourquoi il n’utilise pas les nombreux moyens à sa disposition pour corriger son problème.

Long chemin

Jagmeet Singh partait de plus loin que Justin Trudeau quand il s’est mis à l’apprentissage du français. Qui plus est, ne vivant pas au Québec, il n’a pu profiter de la loi 101 comme Sugar Sammy.

Doué, Singh a appris en écoutant des CD de Roch Voisine.

De plus, les gens ignorent ce qu’est le sikhisme, cette religion qui a proclamé l’égalité hommes-femmes en 1499, préférant s’arrêter au turban. Or, avec ses longs cheveux libérés de leur « emballage », Singh a plus l’air d’une rockstar sexy que d’un croyant.

Et contrairement au chef conservateur Andrew Scheer, Singh est proavortement et promariage gai. Et il reconnaît le droit au Québec de légiférer sur la laïcité, et ne ponctue pas ses discours en français de « eeeuuuhhh ».

Il m’arrive de penser que la langue et l’accent teintent notre perception de l’Autre plus que l’ethnicité.