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Dans quoi tu t’embarques?

Pierre Fitzgibbon
Photo d'archives, PIerre-Paul Poulin Le ministre Pierre Fitzgibbon.

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Voilà la question normale de votre mère ou de vos amis d’enfance le jour où vous annoncez votre décision d’être candidat à une élection. Si vous avez un bon travail, une belle vie, si vous êtes riche, si vous avez pas mal de temps libre, les commentaires seront encore plus virulents. On pensera que vous êtes carrément tombé sur la tête.

S’il est une chose nécessaire pour réussir en politique, c’est bien de savoir exactement dans quoi on s’embarque. Histoire de ne pas être déboussolé, déçu, voire aigri après quelques mois. Les exemples de personnes de qualité qui n’auront été que des étoiles filantes dans l’univers politique sont nombreux.

Je me permettrai de partager trois éléments de réflexion concernant les gens qui se lancent en politique.

Sacrifices

1. Il faut vouloir accomplir et non vouloir plaire. Si vous souhaitez recevoir des doses d’amour, tournez-vous plutôt vers la chanson. Et encore... Ceux qui attendent d’être récompensés pour les sacrifices qu’exige la politique par l’amour du public risquent de demeurer déçus.

En partant, une partie de la population croit que tous les politiciens sont croches ou sont là pour leur propre poche. Une attitude ridicule, injuste, ignare sur les bords, mais avec laquelle il faut apprendre à composer. Un homme d’affaires à succès comme Pierre Fitzgibbon, qui fait un sacrifice personnel pour aller servir en politique, ne peut pas accepter que des gens pensent cela. Et pourtant, ils ont le droit de penser ce qu’ils veulent dans un pays libre.

Décider, c’est déplaire, prendre position, c’est déplaire, dire non, c’est déplaire. N’allez pas en politique pour plaire.

Convictions

2. La joute extrême de la politique représente un test de force et de convictions. La joute parlementaire, avec les accusations injustes et les exagérations de l’opposition, peut désarçonner un nouveau politicien. L’agressivité des journalistes, leur obsession à chercher des bibittes même lorsqu’il n’y en a pas, tout cela peut apparaître comme un emmerdement insurmontable.

Ces éléments exténuants et stressants doivent pourtant être regardés comme faisant partie de ce grand test que vous fait subir la politique. Êtes-vous vraiment convaincu de vos idées ? Avez-vous quelque chose dans le ventre ? En somme, le système est ainsi conçu qu’il vous dit : « Regarde, mon ami, tu veux provoquer des changements qui vont affecter la vie de millions de personnes ? Alors tu vas passer à travers une épreuve qui te fera plier si tu es trop fragile ou pas assez convaincu. » Pas si fou, au fond...

3. Être à l’aise avec le chef, l’équipe, le programme. Sans cette condition, un élu politique va vivre des tensions constantes. On ne va pas en politique pour se faire suer. Surtout que ça risque peu de donner des résultats heureux. J’ai vu trop de gens passer des années en politique en étant déçus et frustrés, parce que leur rôle n’est pas à la hauteur de ce que le chef du parti leur avait promis. Devenir le « Grincheux » de l’équipe ? Pas génial !