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Un ancien député poussé à la retraite a tout vendu pour prendre le large

L’ex-député François Ouimet, que Couillard a poussé vers la retraite de la politique, s’exile pendant un an pour se ressourcer

François Ouimet
Photo Chantal Poirier L’ex-député de Marquette, François Ouimet, qui a été poussé vers la sortie par Philippe Couillard afin de faire une place à l’ex-hockeyeur Enrico Ciccone, nous a rencontrés dans un bar du boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

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L’ex-député libéral François Ouimet a été poussé vers la sortie par Philippe Couillard après 24 années à l’Assemblée nationale. Pour faire son deuil de la politique, il a pris les grands moyens et a décidé de s’exiler pour un an.

Chassé de son comté par le chef libéral la veille de son investiture pour faire place à Enrico Ciccone, l’homme de 59 ans admet que la transition vers une vie citoyenne n’est pas simple.

« C’est difficile, car j’aurais aimé continuer, dit-il, j’étais passionné par ce que je faisais. [Quand ça se termine], tu te cherches, tu essayes de donner un sens à ta vie. Tu cherches à savoir c’est quoi la prochaine étape, comment est-ce que tu vas continuer d’être utile », confie-t-il à notre Bureau parlementaire.

Et c’est d’autant plus ardu lorsqu’on a été poussé vers la sortie. « C’est comme d’être arraché à quelque chose qu’on a beaucoup aimé, je ne veux pas dire de façon brutale, mais presque », illustre-t-il, attablé dans un bar du boulevard Saint-Laurent, à Montréal, où il nous avait donné rendez-vous.

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Besoin de prendre du recul

C’est que François Ouimet ne pouvait nous accueillir chez lui. L’ancien vice-président de l’Assemblée nationale s’apprête à prendre le large pour se ressourcer, prendre du recul par rapport à sa carrière politique et réfléchir à la prochaine étape de sa vie.

« J’ai vendu tous mes meubles, j’ai vendu ma voiture, j’ai cédé mon bail il y a quelques semaines et je pars pour l’étranger, pour une période d’un an, indique-t-il. Je n’ai rien devant moi. J’ai un hôtel pour la première semaine, c’est vraiment un saut dans le vide. »

Malgré tout, l’ancien député de Marquette assure qu’il n’entretient aucune amertume envers son ancien chef.

« Je ne lui en veux pas. Je suis convaincu qu’il a agi au meilleur de ses connaissances pour faire avancer la société québécoise. Je suis convaincu de ça, mais est-ce que j’aurais aimé qu’il agisse différemment avec moi ? Oui, bien sûr », dit-il.

Johnson, Charest et Couillard

Élu en 1994, François Ouimet a connu trois chefs du PLQ. D’abord Daniel Jonhson, qui l’avait recruté alors qu’il était jeune avocat et président de la Commission des écoles catholiques de Montréal.

Ensuite est venu Jean Charest, un homme politique qui avait « une proximité, une chaleur, un côté humain qui se démarquait par rapport à son prédécesseur et son successeur ».

Il estime que l’ex-premier ministre Couillard était accessible pour ses troupes. Mais plusieurs, comme lui, avaient vécu l’ère Charest, et la différence était palpable.

« Philippe Couillard, c’est un homme qui était peut-être beaucoup dans sa bulle à lui, et je ne veux pas que ce soit perçu négativement. Il a de belles qualités, Philippe Couillard : il est studieux, connaissait ses dossiers, pigeait rapidement les choses, mais comme personne, il était différent de ce qu’on avait connu », indique-t-il.

Même s’il n’était pas candidat, François Ouimet a suivi de près la dernière campagne électorale.

S’il refuse de jouer à la « belle-mère », il admet avoir été surpris du résultat de son ancienne formation politique le 1er octobre dernier.

« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi sévère comme correction », confie-t-il.

François Ouimet

  • Âge : 59 ans
  • Dernière fonction politique occupée : député de Marquette et vice-président de l’Assemblée nationale
  • Ce qu’il fait aujourd’hui : Avocat de formation, il part vivre à l’étranger pour un an

Vivre loin des siens

La conciliation travail-famille est ardue en politique, confie François Ouimet. « Je suis en processus de divorce, et c’est sûr que ça n’a pas été facile. Ça n’a pas été LE facteur, mais ça fait partie de la réalité. On part rempli de bonnes intentions, mais au fil du temps, à un moment donné, ça vient jouer dans ta vie », explique celui qui a siégé pendant 24 ans au Parlement. Comme vice-président, il faisait des tournées dans les écoles. Il se rappelle avec émotion une question d’un élève du Lac-Saint-Jean, qui cherchait à savoir si c’était difficile d’être souvent loin de ses enfants. Il raconte avoir alors « fondu en larmes » devant les 200 étudiants qui étaient réunis.

Hommage à Pauline Marois

À titre de porte-parole libéral en matière d’éducation de 1994 à 1998, François Ouimet fut le vis-à-vis de Pauline Marois. Il n’a que de bons mots pour elle. « Pauline Marois a été une très bonne ministre de l’Éducation, elle a bien géré le réseau, alors, pour moi, c’est une grande dame de la politique. Je pense qu’elle a fait avancer les choses de façon importante. »

Il salue notamment son exploit d’avoir fait « sauter le verrou constitutionnel » de 1867, qui empêchait la modification des commissions scolaires catholiques et protestantes par un régime plus laïque.

Difficiles compressions

Si le caucus libéral était solidaire de Philippe Couillard et ses restrictions budgétaires, les chaînes humaines autour des écoles pour dénoncer les coupes n’étaient pas faciles à vivre pour les députés. « Chaque fois qu’il y a eu des compressions, c’était dur à vivre pour tout le monde parce que, dans le bureau de comté, tu le sens, tu l’entends, les gens t’appellent. [...] Mais il y avait comme une atmosphère voulant que c’était le prix à payer, il y avait une période de privation pour, par la suite, avoir de bonnes années. Je pense que tout le monde se ralliait à ça. »