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Robert Poëti: sa carrière de ministre lui a coûté son mariage

Un «fort pourcentage» de sa rupture causé par la politique et il déplore l’inaccessibilité de Couillard

Robert Poeti
Photo Jean-François Desgagnes L’ex-ministre Robert Poëti s’est trouvé un nouvel emploi comme PDG de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec. Il nous a reçus dans son bureau, à Québec.

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 S’il est fier des six années qu’il a passées à l’Assemblée nationale, Robert Poëti admet que la politique lui a probablement coûté son mariage. L’ex-ministre libéral ne cache pas non plus qu’il regrette le « manque d’accessibilité » de son ancien chef, Philippe Couillard.  

 Dans son bureau de PDG de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, situé à un jet de pierre du parlement, Robert Poëti se remémore les bons moments, mais aussi les difficultés qui viennent avec la vie de politicien.     

 « J’ai eu une séparation à la suite de mes sept ans en politique. Je pense qu’il y a un très fort pourcentage de la décision de la séparation [qui] est en lien direct avec mon absence de ma vie quotidienne personnelle », confie-t-il sans détour, en entrevue avec notre Bureau parlementaire.     

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 « Si vous acceptez de faire ce travail à la hauteur de l’exigence qui le demande, il y a inévitablement un choix à faire. [...] Le choix à faire, c’est que vous n’allez pas être dans votre famille non seulement sur une base régulière, pas seulement sur une base occasionnelle, mais vous ne serez plus là. »       

 Très heureux néanmoins de son passage en politique, Robert Poëti encourage les jeunes et les moins jeunes à faire le saut. Selon lui, les élus contribuent réellement à changer les choses.     

 Il prévient toutefois les intéressés que la conciliation travail-famille n’est pas simple. La fonction de ministre commande une pleine disponibilité.     

 « Je disais à tout le monde, moi, dans ma vie, j’ai juste des lundis, relate-t-il. Sur mon iPhone, vous pouvez mettre une petite phrase quand [le réveil] sonne. Moi, c’était “bon lundi”, et tous les jours, c’était “bon lundi”, sept jours sur sept. »       

 Bonne relation avec Couillard  

 Les déceptions sont également monnaie courante. Dégommé de son poste en 2016, Robert Poëti reconnaît que ce fut un moment plus difficile pour lui, mais également pour ses proches.       

 Il affirme toutefois n’avoir jamais eu de mauvaises relations avec le premier ministre Philippe Couillard. Robert Poëti, qui a réintégré le cabinet un an et demi plus tard, convient que son ancien chef n’était pas une personne « extravertie », mais acceptait les opinions tranchées.       

 « Le problème, c’était son manque d’accessibilité. On n’avait pas la capacité de lui parler directement, dit-il. S’il y a une chose qui a été plus difficile pour moi, c’était l’accessibilité au chef. »       

 Le PM n'avait pas le temps  

  En raison de ce manque d’accès, les ministres devaient se tourner vers son chef de cabinet.    

J.-L. Dufresne. Ex-chef de cabinet de Couillard
Photo Agence QMI, Simon Clark
J.-L. Dufresne. Ex-chef de cabinet de Couillard

 Robert Poëti admet qu’avec Jean-Louis Dufresne, bras droit et ami personnel de Philippe Couillard, les échanges n’étaient pas faciles.     

 Pas de coup de poing sur la table, assure-t-il, mais de « profonds désaccords ».     

 Après avoir perdu son poste de ministre, Robert Poëti a acheminé une lettre à son successeur l’informant d’irrégularités au ministère des Transports. Il souhaitait également en remettre une copie à son chef.     

 L’ex-policier s’est rendu au bureau de M. Couillard, qui n’avait pas le temps de le voir. M. Poëti s’est donc rabattu sur son directeur de cabinet.     

 « [Dufresne] a dit : “j’ai pas le temps”. J’ai dit : “pas de problème, je vais t’attendre. J’ai mon iPad, j’ai de la batterie à 90 %, je vais rester ici” », relate-t-il.     

 Après quelques heures, l’ex-élu a pu remettre sa lettre au directeur de cabinet du PM. « J’aurais aimé ça le dire à M. Couillard et expliquer les choses, mais ça n’a pas été possible. »       

 Robert Poëti       

  •   Âge : 63 ans       
  •   Dernière fonction politique occupée : député de Marguerite-Bourgeoys et ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics et aux Ressources informationnelles       
  •   Ce qu’il fait aujourd’hui : PDG de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec         

 Merci aux gardes du corps     

 Robert Poëti tient à rendre hommage au travail méconnu des gardes du corps qui assurent la sécurité des ministres.     

 S’ils sont payés pour le faire, ils doivent souvent attendre de longues heures, être discrets, disponibles, et avoir une vivacité d’esprit constante pour assurer la protection des politiciens, insiste l’ancien policier. À ceux qui se demandent si c’est difficile de redevenir un citoyen ordinaire et devoir dire adieu à sa voiture de fonction de ministre, Robert Poëti rétorque qu’une Toyota Sienna ou une Taurus, ce n’est pas une « limousine », comme plusieurs se plaisent à le dire. « Moi, j’adore conduire ma voiture. J’ai été puni de ne pas conduire mon auto », lance-t-il.     

  Conseil à Catherine Dorion     

Robert Poeti
Photo Agence QMI, Simon Clark

 Résident du comté de Taschereau, Robert Poëti en avait long à dire sur sa députée, la solidaire Catherine Dorion. « Un élu de l’Assemblée nationale doit représenter l’ensemble des électeurs de sa circonscription, pas uniquement ceux qui ont voté pour lui, insiste l’ex-ministre libéral. Lorsque vous êtes public et que vous représentez un comté, vous représentez tous les gens du comté, dit-il. Vous devez minimalement, à mon avis, refléter l’ensemble de vos gens, pas juste ceux qui blasphèment à tous les trois mots. »